‹ Nouvelles glanes historiques normandes puisées exclusivement dans des documents inédits [microforme]Chapitre 5 sur 23 · EE · texte numérisé non relu

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car la colonisation, la civilisation, l'établissement de la foi, ne le préoccupaient nullement; la seule chose qu'ileût en vue, c'était l'exploitation de la nouvelle France, à son proti!, le reste ne le regardait pas. Quant à Pont-Gravé, sans dédaigner complètement les avantages commerciaux que le privilége assurait aux associés, son but principal était de concourir de tout son pouvoir à l’amélioration morale des habitants du Canada; malheureusement ses bonnes dispositions se trouvèrent paralysées par l’âpreté mercantile de son collègue. Celui-ci, en effet, n’était occupé qu’à se procurer chez les indigènes assez de fourrures pour charger ses navires le Don-de-Dieu et l'Espérance, qui se

-succédaient régulièrement entre Honfleur et les côtes

de la nouvelle France ; le commerce des pelleteries ne suffisant pas toujours, il faisait en même temps de grandes opérations avec les pêcheurs. En l’année 1602, s'étant engagé envers Jean Bulteau, Pierre Caulier et Thomas Chauvin, de Rouen, à leur rapporter 100,000 poissons secs et n'ayant pu en livrer que 84,000 et 6,000 poissons frais, qui furent amenés au Havre, dans le navire du capitaine Dosne, du port de Dieppe, il dut payer à ses acheteurs une indemnité pour inexécution de ses engagements. Déjà l’année précédente, son navire le Don-de-Dieu avait été saisi à Honfleur, à la requête d’un nommé Jourdain, pour garantie de paiement de la moitié des bénéfices d’un voyage qu'ils avaient fait en société au Canada et dont Chauvin ne voulait rendre aucun compte.

Tel était l’homme qui durant près de deux années se trouva associé aux vues généreuses de Pont-Gravé. Est-il besoin de dire que, pendant cette période, la co-

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lonisation ne fit aucun progrès ; mais le seigneur du j Tontuit touchait au terme de sa carrière commerciale ; à atteint, vers la fin de 1602, d'une maladie mortelle, il | fut contraint d'abandonner les affaires et de rentrer en ñ France, où la mort le saisit dans le courant de l’année À suivante. Cette mort jeta tout d’abord une grande 4 perturbation parmi tous ceux qui s'étaient attachés à ; la fortune de Chauvin du Tontuit, etdurant de longues ñ années les procès auxquels elle donna lieu occupèrent | le Parlement de Rouen. ll

“ependant, depuis l'expiration des pouvoirs du mar- ki quis de la Roche, le gouvernement du Canada était demeuré vacant; Pont-Gravé et Chauvin du Tontuit n'avaient été pourvus que du titre de lieutenant duroi, qui ne comportait pas, à beaucoup près, un pou- | voir aussi étendu. |

Après la mort du sieur du Tontuit, le roi confia le gouvernemont de la nouvelle France au sieur Aymar de Chastes, gentilhomme auvergnat, fort dévoué à Henry IV, etqui, depuis longues années, était gouverneur de la ville de Dieppe ; mais il eut à peine le temps de prendre possession de son gouvernement, car, nommé à la fin de l’année 1602, il mourut au commence. ment de 1603. Comme ses autres prédécesseurs, de Chaste avait vu, dans sa mission, une affaire de commerce plutôt qu'une œuvre de propagande chrétienne. Cela résulte de l’association qu'il contracta avec piusieurs négociants, parmi lesquels se trouvait encore Pont-Gravé. A ce moment, Champlain, arrivant des Antilles, se rencontra avec de Chastes, qui lui proposa la direction d’un armement pour le Canada, proposition que Champlain accepta, mais à laquelle le dé-

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Cette mort fut très funeste à la colonie, car, l’entreprise, mieux combinée que les précédentes, promettait de meilleurs résultats.

A ce moment, Henri IV, dont l'intention était bien arrêtée sur la nécessité de pousser énergiquement la colonisation de l’Acadie, chercha, pour remplacer de Chastes, un homme dont la valeur fut généralement reconnue ; son choix s'arrêta sur le sieur de Montz. Mais le sieur de Montz était de la religion prétendue réformée, et quand, le 13 janvier 1604, Jean de la Faye, lieutenant-général de l’amirauté, présenta au Parlement les lettres-patentes qui nommaient de Monts lieutenant pour le roi en Acadie, la cour refusa de les enregistrer ; elle ordonna que des remontrances seraient faites au roi sur la conséquence de cette nomination, et elle chargea l'avocat général Duviquet de les porter immédiatement à Paris.

Duviquet partit aussitôt; mais, pendant que lecoche l’'entrainait vers la capitale, un courrier s’arrêtait dans la cour du Palais-de-Justice et présentait au Parlement de Rouen une lettre d'Henri IV ainsi conçue :

« Nos amez et feaulx, nous avons esté adverty des « oppositions formées à l'exécution du pouvoir que « nous avons donné au sieur de Monts pour le peuple- « ment et l'habitation de la terre de l'Acadye et autres « terres et provinces circonvoisines, selon qu'elles sont « prescrites par ledit pouvoir et sceu que vous vous « arrêtez principalement sur la religion prétendue « réformée, dont ledict sieur de Montz faict profession « comme aussy sur l'interdiction que nous avons faicte

à nos courts du Parlement de ce faict, des circons tances et dépendances et autres actions qui se pourroient mouvoir pour raison des ordonnances que nous avons faictes pour ce subject, ou, ce que l’on prétend de préjudice et intérêts en la liberté du commerce. Sur quoi afin que vous soyez assurez de notre vouloir et intention, nous vous dirons que nous avons donné ordre que quelques gens d'Eglise de bonne vie, doctrine et édification se transportent ès dits pays et provinces avec le dict sieur de Montz pour prévenir ce que l’on pourroit y semer et introduire de contraire profession.

« Quant aux interdictions, comme les motifs et occasions de ladite entreprise concernent le seul bien etavancement de notre puissance, autorité et service, ce que l’on y voudrait apporter de nuisance, trouble ou retardement nous regarde et importe principalement et n’estimons pas que aultres que nous où notre conseil en puissent juger avec Lant de considération qu'il est requis pour notre service. Outre qne nous savons assez que leseul moyen d'interrompre ce dessein et d’empêcher ledit sieur de Montz de le poursuivre et mettre à fin, est de lui former plusieurs procès, instances et actions à quelque prix que ce soit, valables ou non, en diverses juridictions et par diverses personnes, auxquelles ni ses moyens, ni son assidue et continuelle occupation ne pourraient suffire, s’il était permis de le traiter ainsi confusément et diversement. « Pour le regard de la liberté du commerce, ayant été permis, il y a ja longtemps à nos subjects de s'associer avec lui en ladicte entreprise, il a été en leur option d’entrer en ladite association, et ne

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voyons apparence quelconque de rompre l'effet d’un si louable dessein sous l'apparence d’une confusion de trafic que l’on tâche d’assurer à l'avenir pour le rendre commun et facile à l'avenir au général de nos subjects et pour leur seule utilité, accès et liberté; sachant donc maintenant qu’elle est sur ce notre volonté, nous vous enjoignons très expressément de vous y conformer et toutes oppositions et empêchements cessants, permettre le dit sieur de Montz poursuivre l’entreprise et exécution de son dit desseing sans lui faire ne souffrir lui être fait, donné et apporté aucun arrêt. préjudice ou retardement. Q Et à ce ne faites faute, car tel est notre plaisir. « Donné a Paris, le XVIIe jour de janvier 1604. « HENRY.

« Contre-signé, POTIER. »

À la lecture de cette lettre si formelle, le Parlement

se trouva fort perplexe. Comme il espérait que ses remontrances pourraient amener le roi à révoquer la nomination du sieur de Montz, il remit à en délibérer jusqu’au retour de l’avocat général Duviquet. Celui-ci

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riva de Paris le 31 janvier, mais la réponse qu’il ap-

portait ne permettait plus de temporiser ; elle se terminait ainsi :« Nous avons particulièrement donné charge

ausieur Duviquet de vousfaireentendrenotre volonté sur les difficultés et oppositions formées a l'exécution et registrement du pouvoir du sieur de Montz, pour l'habitation des terres de l’Acadie et trafic du Canada, sur quoi vous Île croirez outre ce que nous vous en avons ja mandé tant par nos lettres-patentes du 17° jour de ce mois, que sur celles que nous vous envoyons maintenant avec la présente, et ferez tout

« debvoir de vous y conformer et satisfaire sans qu'il « y ait faulte, car tel est notre plaisir.

« Donné a Paris, le 25° jour de Janvier 1604. « Signé HENRY.

« Contre-signé POTIER. »

Tandis que le Parlement refusait d'enregistrer la commission de de Montz et ne s’y décidait que devant l’injonction formelle du Roi, de Montz, quiétait venu à Rouen exprès, employait utilement son temps à préparer les premiers voyages au Canada et à trouver les associés et les capitaux indispensables pour une pareille entreprise. Il mit à combiner, à organiser et à réglementer l’association par lui projetée, une activité, une énergie et une habileté qu'aucun de ses devanciers n'avait eues et qui devaient en assurer le succès. En dix jours il arrêta son plan, et le dix février, 1604, il signa, devant les notaires de Rouen, un acte de société sicomplet etsiclair à la fois, que nous croyons indispensable de le transcrireen entier; c'est, d'ailleurs, un document inédit qui doit répandre sur l'histoire du Canada et sur la part que de Montz prit à sa colonisation, une lumière tout-à-fait nouvelle.

Voici cet acte :

« Du mardi dixième jour de février 4604.

« ut présent Pierre Dugua, escuier, sieur de Montz, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy et son lieutenant général au pays, territoire, costes et confins de la terre de la Cadie, lequel, suivant les articles à lui accordés par le Roy, en date des 8 novembre et 18 décembre 1603, et en vertu de la commission pour cet effet à luy octroyée par Sa Majesté pour dis années datée dudit 8 novembre dernier, le tout 1605, lesquels

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articles et commission sont enregistrés au greffe de l’admirauté de France du Palais à Rouen, pour y avoir recours, de son bon gré, confesse avoir fait les promesses et déclarations qui en suivent aux marchands tant de cette ville de Rouen, Saint-Malo, la Rochelle et Saint-Jean-de-Lux, qui sont entrés et pourront entrer ci-après en l’entreprise qu’il a faite, lesquelles promesses et déclarations ont été acceptées par le sieur Samuel Georges, bourgeois marchand de la ville de la Rochelle à ce présent et acceptant, tant pour lui que pour le sieur Jean Macain, son beaufrère, l’un des Pairs de ladite ville de la Rochelle, pour lequel ledit Georges, en son propre et privé nom, se fait fort par promesse de lui faire ratifier ce présent toutes fois et quantes, cest assavoir : Que tous lesdits associés présents et futurs, jouiront avec lui chacun pour les parts et portions qu'ils seront associés et au sol la livre des deniers et choses que lui eteux auront fourni en la couche qui sera employée par chacun an pour équiper et mettre hors les navires qu'il conviendra par chacun voyage et qui proviendra de tous les endroits de létendue de ladite commission et où lui ou ses dits associés yront ès environs tant du profit des iners et fruits de ladite terre de la Cadie que du trafic des pelleteries qui se fait avec les sauvages, pécherie de baleines et moullues que généralement de tout ce qui en dépend sans aucune réservation et pour en tenir compte général comme il appartiendra, à ce que chacun desdits associés ÿ envoient leurs comptes parti culiers, il a nommé le sieur Corneille de Bellois, marchand demeurant en cette ville de Rouen, à ce présent

et ce acceptant, entre Îes mains duquel ledit sieur de

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Montz a fourni la somme de dix mille livres ainsi que ledit de Bellois a reconnu et confessé, et du tout il s’est tenu comptant, laquelle somme sera par ledit de Bellois employée comme les autres deniers qu’il recevra pour les assosciés dudit sieur de Montz, à payer ce qui lui sera ordonné pour l'équipage, vivres et munitions des deux navires que ledit sieur de Montz met sus en cette côte de Normandie pour le voyage de ladite terre de la Cadie, et laquelle somme de dix mille livres ledit sieur de Montz aura de couche pour chacun voyage, et au retour ledit de Bellois recevra le nrovenu pour ledit sieur de Montz, au nom duquel sieur il remplacera la méme somme au voyage suivant selon la charge que lui en à présentement donnée et l’ordre qu'il promet lui laisser avant son portement, et laquelle dite somme de dix mille livres fera partie du tiers que lui et ceux de cette ville de Rouen, qu’il entend associer, auront en la compagnie de ladite entreprise de Canada, duquel tiers ledit sieur de Montz demeure chargé envers ses autres associés tant de Saint-Malo, la Rochelle que de Saint-Jan-de-Lux, qui font les deux autres tiers de ladite compagnie et de faire tomber et fournir pour icelui tiers ce qu’il faudra de plus que lesdits 10,000 livres ès mains dudit de Bellois, ce qui pourra être d'environ huit mille livres, selon l’état général fait par ledit sieur de Montz avec ledit Georges, aujourd’hui, par lequel appert qu'il faudra et conviendra outre les dits dix huit mille Bvres ou environ, la somme de dix mille livres ou environ pour mettre hors lesdits deux navires pour la terre de la Cadie ès quels ledit sieur de Montz fera son embarquement, laquelle somme de

dx mille Livres, ledit Georges tant pour lui que ledit

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