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part et portion, à ce qu’il conviendra pour cette affaire en temps et lieu, à peine de tous dépens, dommages et intérêts, et à quoi se submettront en ratifiant et acceptant par eux le présent accord et mêmement ainsi à eux fait par ledit sieur de Montz, lequel lesdits sieurs de Montz, de Bellois et Georges pour lui et ledit Macain ont respectivement promis tenir et entretenir de point en point jouxte sa forme et teneur, pour les clauses portées par iceluy, sans y contrevenir en aucune manière que ce soit, sur l'obligation l’un de l’autre de tous leurs biens, meubles et héritages. »
Signé : Pierre Dugua, de Bellois, Georges et les notaires Moisson et Ferment, ainsi que les témoins Lepicard et Chevallet,
Afin d’assurer l'exécution complète de cet accord, avant de s’embarquer pour le Canada, de Montz donna à Samuel Georges une procuration générale pour les affaires de la Rochelle; il devait y recruter des associés et faire tout ce qu'il trouverait utile à l'intérêt de tous et au succès de l’entreprise (1).
Arrivé en Acadie, de Montz y trouva Champlain et François Gravé, sieur Dupont; ce dernier qui se trouvait à Rouen, en même temps que de Montz, en était parti au commencement de mars, sur le navire /a Bonne Renommée, capitaine Morel. L'année suivante, Pont Gravé revint encore à Rouen et en repartit sur le même navire, toujours dans le mois de mars. A chacun de ces voyages il emprunta 300 livres, remboursables par 375, qui, disait-il, lui étaient nécessaires « pour faire
(1) Tabellionnage. Procuration du 10 février 1604.
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voyage à la Myne en la côte du Canada pour tratiquer avec les sauvages » (1).
Cependant, dès l’année 1606, la discorde régnait au camp des associés : on sait que le Roi avait accordé au Sr de Montz et à ses associés, tant de Rouen que de St-Malo et de la Rochelle, le privilége de la traite des pelleteries avec les sauvages du Canada. Aux termes des traités particuliers signés à la Rochelle et à St-Malo, les opérations devaient se faire en commun et les bénéfices être partagés dans des proportions indiquées aux contrats. Nul ne devait se livrer à des opérations privées ni s’attribuer des bénéfices en dehors de la Société. Aussi, de Montz, en sa qualité de lieutenant-général pour le Roi en l’Acadie, exerçait-il une grande surveillance sur tous les navires qui abordaient aux lieux soumis à son gouvernement ; Françcois Gravé $' Dupont, dit de Pont-Gravé, originaire de St-Malo, agissait sous ses ordres avec le titre de lieutenant ; il était en même temps l’agent ou le gérant de l'association. Mais il paraît que les conventions ne s’exécutaient pas avec une entière bonne foi et, si l'on en croit certains actes qui sont aux archives du tabellionnage de Rouen, de Montz lui-même, de Bellois et ses consorts, aussi bien que de Pont Gravé, essayaient d'y faire fraude. En septembre 1606 de Montz, Daniel Boyer et Corneille De Bellois avaient armé, pour leur compte personnel, le navire nommé l'Espoir-en-Dieu, du port de 86 tonneaux, et l'avaient envoyé d'Honfleur au Canada, sous la conduite de Guillaume Chevalier et de Henri Couillard, tous deux capitaines du port de
(1) Tabellionnage 20 février 1604 et 12" mars 1605.
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Honfleur, Ce navire avait pris sa charge de pelleteries et partait sans bruit de Tadoussac, lorsque Gravé, venant de la Rochelle, sur l’un des navires de la Compagnie, armé en guerre, tomba sur l’Espoir.en-Dieu, le dépréda, prit les pelleteries et s’empara violemment des papiers du bord parmi lesquels se trouvaient le congé de l'amiral de France et une procuration délivrée par De Bellois au capitaine Couillard. Puis, arrivé à la Rochelle, et d'accord avec de Montz, il fit assigner De Bellois, Royer et les autres associés de Rouen devant le conseil privé du Roi. Ce procès fut long ; il amena à Rouen Gravé et de Montz et se termina par le partage des pelleteries saisies qui firent retour à la Société. De Montz et De Bellois désavouèrent Pont Gravé, mais c'était pour la forme ; ce dernier ayant, en définitive, agi dans l'intérêt commun (1). Cet exemple n’est d’ailleurs pas le seul; bien d’autres fraudes étaient faites au pacte social, et les nombreux procès qui se trouverent engagés, tant à Rouen qu’à Paris, entre les associés n’eurent pas d'autre cause.
Ces procès n’avancçaient pas la colonisation ; elle en était toujours restée au même point, et pourtant depuis 1540 le Gouvernement français avait toujours recommandé, comme moyen d'assurer la conservation et la colonisation du Canada, d’y construire des forts, des maisons et des églises; mais rien de tout cela n'avait encore été fait, et Champlain, qui avait rêvé de convertir les sauvages au catholicisme, se trouva toutà-coup privé du concours sur lequel il avait compté,
(1) Archives du Tabellionna,;e de Rouen, 18 novembre 1606, 8, 16, 19 janvier, 24 avril 1607.
car de Montz qui, malgré sa qualité de calviniste, s'était engagé à Gtablir la religion catholique parmi les Canadiens, s'étant trouvé en butte aux attaques d’un grand nombre de négociants, et ayant perdu son titre de Vice-Roi, se mit à la tête d’une nouvelle socitté de commerce dont les siéges principaux furent établis à Québec et Tadoussac.
La mort du roi laissa pendant longtemps l’Acadie et le Canada presque livrés à eux-mêmes et aux spéculations des commerçants qui, de Rouen, d'Honfleur, de Saint-Mälo et de la Rochelle, y envoyaient leurs navires. Ce ne fut qu’en 1612, après que l’ébranlement causé par la mort d'Henri IV se trouva un peu apaisé, que le gouvernement, sollicité, d’un côté par les nombreux inttrêts qui se trouvaient engagés à la Nouvelle-France, et, de l’autre, par les convoitises des agents anglais, dont les agissements commencaient à se révéler, se décida à donner un nouveau gouverneur au Canada. Le 8 octobre 1612, le comte de Soissons, grand-maître de France, fut nommé lieutenant-général du roy « pour peupler et habiter les terres ès pays de « la nouvelle France, » mais, comme Aymar de Chastes, il décéda presque aussitôt, et n’eut même pas, autant que lui, la satisfaction de prendre possession de son gouvernement. Ce fut alors que le prince de Condé entra en scène ; cette fois, les pouvoirs du prince étaient beaucoup plus étendus que ne l'avaient été ceux de ses prédécesseurs : ils le chargeaient du soin de « fortifier le pays de façon à ce que les colons pussent « le hanter en sécurité, y habiter, trafiquer avec les « sauvages ; amener ceux-ci à la connaissance de Dieu, « les policer et instruire en la foi et religion catho-
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be: « lique, apostolique et romaine , et, par ce In OoYyen, d'les « étendre l'autorité du nom français et y établir le d'un « commerce. » Ces lettres-patentes, données à Paris titre & le 13 novembre 1612, et enregistrées à Rouen le 4 mars té de 1613, appelaient spécialement l'attention du prince de lis à | Condé « sur Québec, situé au pays de la nouvelle « France, par la hauteur de 47 degrés de latitude et ie et 1 « 125 lieues de longitude dans la grande rivière de )Écu- | | « Canada, autrement dit fleuve Saint-Laurent, et à leur, € 39 lieues de Tadoussac, qui est dans ledit fleuve ès leurs ! « tant et si avant au-dessous d’icelui lieu de Québec, nle- | « dedans les terres et rivières qui se déchargent dans peu « ledit fleuve Saint-Laurent. » Et comme on avait été $ par f averti que ceux qui allaient trafiquer en ces pays y à la portaient, des armes à feu, «comme arquebuses, mouss des | « quets, escopettes et pistolets, qu'ils vendaient et ent à f « échangeaient avec les sauvages, qui pourraient s’en neur d « servir à notre grand préjudice, » défenses expresses sons, étaient faites, sous peine de dix mille livres d'amende ! néral de porter aucune art aux indigènes.
s de l D'autres lettres du même jour, adressées directement r de J au prince de Condé, étaient plus explicites encore ; en > pas, reproduisant tout ce qui est dit dans celles qui vienssion | nent d’être analysées, elles insistaient sur la nécessité e de de former un grand établissement à Québec, d’où l’on rince pourrait « découvrir et chercher le chemin le plus facile ceux « pour aller au pays de la Chine par dedans les dites n de 4 « terres et rivières.,.... faire rechercher soigneusessent à « ment toute sorte de mine d'or, d'argent, cuivre et c les Ë «autres inétaux et minéraux ; les faire fouiller, tirer, Dieu, 1 « forger et afliner, pour être convertis en usage, nous
itho- À « réservant seulement, y est-il dit, le 16e denier de
« ce qui en proviendra d’or et d'argent. Voulant que « 1ussiez bâtir un ou plusieurs forts, places, villes, « maisons, habitations, ports, havres et logements « utiles et nécessaire.. ... et avec le conseil de gens « prudents prescrire lois, statuts, ordonnances, faire « et passer des traités de commerce, de paix ou de & guerre..... (1) »
Enfin, pour permettre au prince de Condé de tirer avantage des frais considérables qu’un pareil établissement allait nécessiter, un privilége de douze années lui était accordé, avec autorisation de déléguer ses pouvoirs, en tout ou en partie, à qui bon lui semblerait ; mais il lui était expressément recommandé « de dé- « fendre à tous marchands, mariniers, matelots, capi- « taines de navires et autres sujets français, d’équiper « aucuns vaisseaux, eten iceux aller ou envoyer traiter « ou négocier, passer et communiquer. durant les « dites douze années, depuis Québec dans le fleuve « Saint-Laurent, même de s'associer avec des étran- « gers, leur donner aucun avis, adresse ni assistance, « Sans sa permission, et ce sous peine de confiscation « des navires et marchandises, et de 3,000 fr. d’a- « mende au profit du dit prince de Condé. »
En conformité de son privilége, le prince de Condé s'empressa de concéder aux nombreuses compagnies qui se disputaient le commerce des pelleteries, le droit de trafiquer avec les sauvages, et ce, à des conditions qui vont être indiquées.
Mais, pour donner une idée exacte de l'importance
(1) Archivesdu Palais-.-Justice. Registres du Parlement, 4 mars et 14 décembre 1613.
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des aflaires qui se traitaient déjà à la Nouvelle-France, il peut être utile de citer quelques-unes des compagnies qui y prirent la plus large part. On sait que, dès l’année 1600, du Tontuit s'était associé plusieurs négociants d'Honfleur, de Rouen et de Saint-Malo. Aymar de Chastes, qui lui succéda, avait continué cette association et l'avait fortifiée, en appelant à y participer un plus grand nombre de personnes, ct, surtout, en s’assurant le concours de Pont-Gravé. En 1604, Pierre du Guast, sieur de Montz, vint, par son autorité et son intelligence, donner un plus rapide essor aux opérations commerciales, et, en 1605, il fonda une nouvelle société avec plusieurs négociants de La Rochelle, parmi lesquels on remarque surtout Samuel Georges et Jehan Macain, tous deux protestants. Une autre société se forma encore à la même époque, sous la direction d’un nommé Ezéchiel Decaen, habitant de Dieppe. Ce Decaen, peu connu, mérite néanmoins une mention particulière. Nous y reviendrons.
Ce qu’il faut signaler avant tout, c’est la grande part qu'à cette époque la ville de Rouen prenait au développement du commerce avec la Nouvelle-France. Ainsi, c’estàa Rouen que, depuis l’année 1597, les principaux membres des diverses sociétés, trafiquant avec le Canada, viennent débattre leurs intérêts, affrôter des navires, régler les bénéfices ou les pertes. En 1609, le navire le Chasseur, de cent-vingt tonneaux, com mandé par le capitaine Ismael Bailleul, ayant essuyé une grande tempête en revenant du Canada et touché sur un banc, est ramené à Rouen à l’état de débris ; Guillaume Sauter, marchand à Roüen, frête le navire le Royal, équipé de quatorze hommes et armé de quatre
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canons et deux pierriers, pour porter en l’une des îles du Canada un plein chargement de marchandises ; puis à la fin de cette même année, Thomas Chauvin, Ezéchiel Decaen et autres marchands de Rouen sont en instance pour le règlement des avaries éprouvées durant le voyage par le navire le Cerf-Volant (i). En 1612 et 1613, au moment où le prince de Condé est investi du gouvernement du Canada, le mouvement commercial à Rouen s'accroît encore; les membres des cinq sociétés qui existaient alors semblent, pour ainsi dire, y avoir établi leurs comptoirs. C’est, d’abord, Mathieu Georges, marchand à La Rochelle, qui, tant en son nom qu’en celui de Jehan Macain et de Samuel Georges, vient sommer Corneille de Belloys, négociant Rouennais, de reconnaître un reçu par lui donné à de Montz en 1607 pour une somme de 381 livres, et de rendre tous les papiers concernant l'association d’entre ce dernier, Pierre Roberton, sieur de la Chanvelinière, Etienne Poret, sieur du Tertre-Barré, Luc Serré, sieur de la Pasquerie, Francois Martin, sieur de la Vigne, Gilles Duraud, sieur du Colombier, Jehan Carrel, sieur de Premot, et lesdits de Belloys et Macain, parce que ces pièces sont nécessaires pour la poursuite d’une instance qui est pendante devant les maîtres des requêtes, à Paris. Cette instance était, paraît-il, relative à une opération commerciale dont les comptes n’avaient point été épurés depuis 1607, et à l’occasion de laquelle tous les intéressés firent, en 1612, un voyage à Paris.
Après la nomination du prince de Condé, de nou-
(1) Tabellionnage, 9 avril, 4 et 11 décembre 1609.