‹ Nouvelles guêpesChapitre 4 sur 4 · II · texte numérisé non relu

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voix détruite, — pendant lesquels cinq ans il obstrue le théâtre avec férocité, — et garde les rôles qu'il ne chante plus pour que d'autres ne les chantent pas.

Autrefois, les départements et l'Europe venaient entendre nos chanteurs et nos acteurs célèbres à Paris; — on les entendait sur leurs planches accoutumées, au milieu des splendeurs de la mise en scène, et formant un ensemble complet avec d'autres artistes de talent; — aujourd'hui, ils vont euxmêmes courir les chefs-lieux et les capitales, — jouer et chanter avec les premiers venus, sans entourage, sans ensemble .

Il me semble que les théâtres subventionnés devraient être poussés ou aidés par l'autorité que cela regarde, — je n'en sais rien pour ma part, — dans la révolte contre cette absurde tyrannie. — Que les théâtres payent leurs premiers sujets raisonnablement, mais qu'ils en aient le monopole; — qu'ils cessent de ne nous offrir que les épluchurcs des fruits qu'ils achètent et qu'ils revendent; — que les congés cessent de faire partie des appointements; — (pi'un acteur engagé à un théâtre ajjpar-

'."cnnc exclusivement à ce théâtre pendant toute la durée de son engagement ; — qu'il n'ait à attendre d'argent et d'applaudissements que sur ce théâtre,

— comme on fait pour les musiciens de l'orchestre, par exemple. — Un ténor et un tragédien ne gagneront peut-être qu'une soixantaine de mille francs par an ; — mais vous éviterez ce qui est : n'avoir que des chanteurs et des acteurs fatigués et usés en trois ans. — Vous éviterez ce qui arrivera demain, qu'aucun acteur, chanteur ou acrobate de quelque réputation ne voudra prendre d'engagement avec un théâtre, certain d'user plus fructueusement ses trois ans de voix et ses sept ans de talent sans voix, en courant de ville en ville, et de contrée en contrée. — Je dis ce qui arrivera demain, je me trompe, c'est arrivé hier pour l'Opéra.

— On a pujjlié une liste de chanteurs qui ne consentent pas à chanter à moins d'un patrimoine, — et qui veulent gagner par soirée autant qu'un président de cour royale ou un général de division en un an ; — une liste de chanteurs qu'un directeur ne peut engager sans déposer d'avance son bilan, en le signant avec ce qui restera d'encre à la plume dont il se sera servi pour signer l'engagement.

Les auteurs ne sont pas moins intéressés que les ndministrations et le pubhc à la suppression ou du

moins à la réglementation des congés. — Combien de fois airive-t-il que le succès d'une pièce nouvelle est interrompu par le départ en congé du principal acteur? Si encore, prétextant son congé, il n'avait pas accepté le rôle, il n'y aurait que demi-mal ; mais non, il a fallu le faire réussir et prôner à Paris, pour qu'on en fasse un attrait des représentations de province; il a fallu aussi ne pas trop l'user, pour que la pièce soit encore nouvelle. — Pour cela, on n'a rien négligé : lenteur à apprenére le rôle, paresse aux répétitions, indispositions, maladies, etc., jusqu'à ce que, les dimensions bien prises, le moment du congé arrive au bout d'un petit nombre de représentations.

Trahit sua quemque voluptas, — chacun prend son plaisir où il le trouve.

Un savant écrit à un journal :

« Monsieur,

« C'est sous le coup d'une profonde, — mais bien « douce émotion, — (fue je viens crayonner quel- « ques mots à votre adresse. »

Nous ne chicanerons pas ce savant sur ce « coup

donné par une chose profonde, » ce qui non? paraît physiquement impossible, ni sur « une chose qui est à la fois douce et profonde, » ce qui ne s'exphque pas mieux. Nous voulons seulement constater ce qui peut produire sur certaines personnes une si douce, une si profonde, une si ravissante impression. — Nous voulons communiquer une nouvelle recette de bonheur à Tusage de ceux qui aiment la variété et qui sont fatigués de leur bonheur quotidien.

L'auteur de la lettre en question, M. Gaston Lacaze, de Pagès-Béost, n'en garde pas le secret pour lui-même; il publie l'énumération des objets dont la réunion a causé cette impression douce et profonde sous le coup de laquelle il crayonne sa lettre . 1° Deux fragments de deux têtes différentes avec Tocciput, atlas ou axis, sept ou huit défenses;

2° Une partie d'os maxillaire avec une défense, une molaire et une dent carnassière ou canine ;

5'' Un bout de nez, deux défenses avec les alvéoles de six à huit dents incisives;

4" Une corne ou défense d'un rhinocéros ; 5° Douze à quinze vertèbres de différentes formes avec le trou du canal de la moelle épinière. Plusieurs ont les quatre trous de conjugaison;

6° Une apophyse épineuse ; les apophyses transversales sont presque toutes bien conservées ;

T Deux os iliaques ;

8" Sept ou huit os de cuisse et de jambe, dont trois fémurs, deux tibias ;

9° Phisieurs pbalanges et rotules.

Outre ces différents gros ossements, on y trouve encore l'un des côtés d'une mâchoire inférieure d'un animal plus petit ; il devait avoir la grandeur d'une chèvre,' mais la forme des dents dénonce un animal Carnivore ; il a de six à huit dents carnassières.

Sunt quos curriculo pulverem olympicuin Collegisse juvat.

Il est des gens qui aiment î\ se couvrir de la porssière du cirque, — dit Horace.

V en est qui aiment à renfermer la pensée dans le rhythme et la rime.

D'autres aiment les armes brillantes et les jeux de Mars, comme on disait autrefois. — J'aime mieux la définition de 31. Giiizot : — les jeux iniques de la force et du hasard.

il en est qui aiment à dessécher des fleurs dans les herbiers et à écrire au-dessous des épitaphes eu grec barbare et en latin de cuisine.

D'autres préfèrent les voir vivantes, étalant au soleil leurs corolles de saphir, de topaze ou de rubis.

NOUVELLES GUÉI'ES. 93

Quelques-uns mettent leur joie à poursuivre dans les montagnes des civets rapides et récalcitrants.

Ou à exciter perfidement les passions des habitants des eaux, passions qui doivent mener ces derniers tout droit dans l'enfer de la poêle à frire.

J'en sais qui ne vivent que pour l'amour, — d'autres qui ne rêvent que l'argent.

D'autres qui consacrent leur vie à obtenir des distinctions et des honneurs.

D'autres qui préfèrent le salmis de bécasses.

Voici M. Gaston Lacaze, de Pagès-Béost, — qui demande ses plus douces émotions aux os iliaques, aux fémurs, aux apophyses transversales, à des fragments d'occiput et à des bouts de nez.

Et la plus odieuse et la plus insupportable des tyrannies serait de vouloir astreindre tous les hommes au même bonheur.

Forcer les pinsons et les mésanges de se noumr de chair crue avec les lions et les tigres, — et ceuxci de faire leur diner avec du millet et du chènevis.

Il est juste et utile que les médiocres soient aux grandeurs, aux honneurs, etc. — S'ils n'étaient pas à la tête des choses, les hommes capables, qui alors

y seraient, se donneraient bien garde de les employer, — tandis qu'eux, les médiocres, sont bien forcés, dans les moments difliciles, d'avoir recours aux capables et aux habiles.

Si les femmes écoutaient les reproches et les conseils qu'on leur prodigue, si elles devenaient modestes, simples, ennemies de la coquetterie, etc., — il serait curieux de compter combien d'industries seraient détruites, combien de gens ruinés, combien de boutitpies fermées, — y comprises celles des donneurs de conseils et des prédicateurs.

Quand on vante votre bonté, ce n'est pas pour dire du bien de vous, — c'est pour humilier ceux que vous avez obligés.

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