‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 14 sur 132 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Gozzi, qui avait un esprit pénétrant, un sentiment (l'honneur fort délicat , un tempérament irascible , un caractère résolu et quelquefois tttaible. Élevé par une luëre tendre, qui lui apprit , dès son bas âge, k Miivre tous ses caprices , sa bonne éducation raccoutuint tout (le suite k se ruiner en chevaux , chiens, équipages de chasse, festins splendides , etc. Il se maria inconsidérément, toujours pour obéir k ses inclinatious.Son patrimoine lui aurait permis de fair« bonne figure dans le monde; mais il la voulut faire par trop sublime. Ma mère, Angela Tiepolo, était d'une famille patricienne et célèbre de Venise, laquelle s'éteignit en la personne de mon oncle César Tiepolo, qui mourut sénateur illustre vers l'année 1749.

Les avantages de la naissance ne sont que des jeux du hasard ; pour moi , je ne regarde point d'oii je vieoB, mais je regarde où je^ vais. Je ne sais si de mauvaises actions attristeraient les morts, mais elles me feraient rougir moi-même. Mon nom est Charles, et je sortis le sixième du sein de ma mère pour jouir de la lumière, ou, si vous l'aimez mieux , des ténèbres de ce monde. Voulez-vous des chiffres? je vous dirai que je roiuineuœ cet écrit le trentième jour d'avril 1780, nmii Aye dépassani de beaucoup la cinquantaine sans alkindre U soixûiiIe; ans. Je n'en sai^ pas plus, en \éviU\ tU \p îï*irai jkîs importuner les sacristains pour demander mon extrait de baptême , étant sûr qu'on m'a baptisé , et n'ayant pas la prétention de faire le damoiseau. Je ne crains pas qu'on s'y trompe ; ma façon de me vêtir et de me coiffer y mettrait bon ordre. Ne tenons pas trop compte des

nnnées , et ne jugeons personne par Tàge. Â tout âge on peut mourir. J'ai vu des honunes qui ressemblaient fort k des enfants , des jeunes gens remarquables ])ar leur loaturité, des vieillards pleins de feu, d'autres qu'on aurait^ dû mettre au maillot.

Noiîs n'étions pas moins de onze frères et sœurs, quatre garçons et sept filles, tous d'un bon naturel et sans reproche, tous atteints de l'épidémie littéraire, et mes sœurs elles-mêmes seraient capables d'écrire leurs mémoires si la démangeaison l^ur eu venait. Les soins de notre éducation furent confiés successivement à plusieurs abbés , qui par leurs sottises et leurs amourettes avec les servantes de la maison , se firent chasser l'un après l'autre. Dès mon enfance mes penchants se rêvélèrent; j'étais un petit drôle taciturne, observateur, imperturbable, d'humeur douce et fort appliqué à mes études. Mes frères, profitant de mon caractère pacifique et mii^et , m'accusaient de toutes les fautes qu'ils commettaient , et sans daigner m'excuser, je soufirais des punitions injustes avec une constance héroïque. Chose incroyable pour un enfant , je supportai avec 'màiSérevce l'effroyable punition du pain sec. Il est donc é>ideDt que j'étais un écolier stupide ou un pliilosophe précoce.

Mes deux frères aînés, François et Gaspard, eurent le bonheur d'entrer au collège et d'y achever régulièrement leurs études; mais, hélas! le désordre de notre maison , le défaut d'économie de mon père, et l'augmentation rapide de la famille, vinrent entraver les progrès de mon éducation. Je fus mis entre les mains d'un curé de campagne , et puis ensuite d'un prêtre vénitien de

Page 1