CHAPITRE II
INSTINCTS CONIQUES, DEPART POUR LA DALMATIE , LiMLONADE POETIQUE.
L'instinct de la comédie éclata singulièrement dans ma famille , et nous vint a tous en même temps que la parole. Outre les pièces que nous apprenions par cœur avec une extrême facilité, nous représentions avec succès des farces improvisées. Ma sœur Marina et moi, nous étions surtout d*habiles singes k reproduire les caricatures qui nous frappaient parmi les gens de notre village. Nous ajoutions k nos comédies des intermèdes burlesques oh nous imitions les maris et femmes avec leurs costumes; et la copie était si fidèle, que nos spectateurs paysans, reconnaissant l'original, nous accueillaient avec leurs gros rires et nous couvraient d'applaudissements. Mon père et ma mère eurent un jour la fantaisie de vouloir être représentés sur notre théâtre par ma sœur et par moi. Ils furent servis k souhait et représentés avec exactitude dans leurs habillements, attitudes et langage , et j'osai même leur mettre sous les yeux leurs querelles de ménage. Cette témérité ne leur déplut pas et excita leur bonne humeur. Telle fut Torigine d'une vocation qui porta (pielques fruits par la suite.
le jouais passablement de la guitare , et , tout en
graltanl les cordes, je tentai audacieusemenl d'improviser des vers , ce qui mç fit passer pour un petit prodige auprès de ceux qui n'entendaient rien k la poésie. L'improvisation est le plus soqjifS|^Ja|e misérable façoo de blesser les muses. Elle réjoulïia^^e , qui demeure la bouche ouverte k entendre des plaliiiides , et elle agit sur les cervelles vulgaires par une fausse apparence de talent dont la langue et la fffê^ s*indignent. En écoutant les plus fameux improvisateurs de ce siède , je me suis assuré de cette vérité, que, parmi le déluge de vers que ces gens-lh expectorent avec des gestes emphatiques et une face enflammée , au grand ébahissement des assistants , il n'y a pas de quoi faifl une page digne d'être imprimée , ni qui trouvât pour lecti^urs la vingtième partie de ceux qui en admirent le débit. Ce sont toujours des sons, des murmures vides de sens, qui tâchent de surprendre l'admiration par subterfuge. Les pauvres humains ressemblent h des chiens bassets suivant le'inerveilleux k la piste. Si un peintre voulait représenter sur la toile l'imposture se cachant sous ie masque de la poésie , il la devrait personnifier dans l'improvisateur , les bras en l'air et l'œil effaré. Je demande donc pardon au dieu des vers des sottises que je récitais devant mes parents enchantés , au son de ma guitare.
J'avais quatorze ans lorsque les affaires de ma famille devinrent tontk fait embarrassées. Le désordre, Taccroissemcnt des dépenses , la diminution des recette; el un procivs onéreux, introduisirent l'inquiétude et la tristasse a notre foyer. Mon frère Gaspard se maria folle-