‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 27 sur 132 · CHAPITRE lY. G · texte numérisé non relu

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de pays nouveaux pour moi, étaient de véritables bonnes fortunes. Je visitai les citadelles » les campagnes , les villes les plus lointaines ; dans les unes, je trouvai des personnes aimables; dans d'autres, des mœurs rudes et sauvages. Les paysans de ces contrées ont conservé des usages antiques tout k fait païens dans leurs jeux et leurs cérémonies. Aux enterrements, des pleureuses k gages viennent autour du mort pousser des hurlements lugubres. Les jours de fête, les jeunes gens assemblés s'exercent k lancer en Tair des blocs énormes de marbre, et celui qui atteint k la plus grande hauteur en ligne verticale est proclamé vainqueur, ce qui rappelle les tours de force de Diomède et de Tumus.

Sur leur terrain , les Morlaques sont vaillants , d'un secours puissant contre les Turcs de la frontière , auxquels ils ont voué par tradition une cordiale antipathie. A Monténégro, les habitants approchent du dernier degré de la barbarie. Les familles où deux générations de suite meurent dans leur lit, et non violemment, sont regardées avec mépris par ks autres. Près de Budua, j'ai vu ces enragés faire te coup de feu avec leurs voisins , et trois cadavres rester en un moment sur le sable. Un homme k qui on reprochait la longue série des morts naturelles de ses ancêtres, fut piqué de cet affront, et, pour réparer l'honneur de sa famille, prit ses armes et courut se faire tuer, en vendant chèrement sa vie. De village k village, on se querelle et on s'envoie des arquebusades. Une fois qu'il y a une victime d'un côté, l'autre côté n'a plus de paix a espérer, k moins que , dès le principe de la querelle , il ne consente k payer le tribut

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de centsequins, oa bien d'une tête humaine. Ce tarif, établi sans la participation du magistrat, est constdérif comme équité. Un prêtre monténégrin avec qui je cauasais souvent, k Budua, me raconta, dans un jai^on presque italien, quantité' d'historiettes sur les meurtres de ses paroissiens, avec la complaisance et Torgueil du patriotisme. Il me laissa même entendre que la pratique du fusil lui était plus familière que le maniement des ustensiles sacrés. J'admirai beaucoup les femmes monténégrines, vêtues de laine noire, avec des costumes qui ne provoquent point les désirs. Leurs cheveux , séparés au milieu du front, pendent le long des joues et sur leurs épaules , graissés par une couche de beurre si épaisse , que de loin on croit leur voir sur la tête une calotte luisante. Les plus rudes travaux sont leur partage , et on peut les considérer comme les esclaves des hommes. Elles s'agenouillent devant le mâle et lui baisant humblement les mains partout oii elles le rencontrent; il faut dire, h leur éloge, qu'elles paraissent satisfaites de leur sort. On devrait commander a quelques Monténégrines de venir un peu donner le bon exemple de cette soumission aux dames vénitiennes , dont les habitudes sont fort différentes.

Ce n'est pas que les mœurs des Morlaques soient bonnes : la nature et le climat ne souffrent pas de frein a la corruption. Les magistrats, convaincus de cette vérité, ont établi une amende contre les attentats à la pudeur, dont le prix ne sui-passe pas celui que donne, a Venise , un libertin généreux aux créatures qui vendent le péché mortel en place publique. En Dalmatie les

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