‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 28 sur 132 · CHAPITRE IV. G · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. G

dames sont belles » malgré la tendance de leurs formes a prendre un aspect un peu masqilin. Les Pygmalions qui voudraient employer le savon ^t le.sable k frotter et nettoyer le beau sexe, trouveraient de, magnifiques statues animées.

Les aliments délicats recherchés du Morlaque sont l'ail et Toignon. La terre ne demande qu'k produire de ces fruits rustiques en abondance ; mais le Morlaque préfère attendre les aulx et les oignons qu'on lui expédie de la Romagne, et quand on lui reproche sa paresse : — Mes ancêtres, répond-il, n'ayant point planté l'ail ni l'oignon dans nos champs, comment voulez-vous que j'en récolte?

Ces geos-Ik ne veulent rien entendre k l'esprit de commerce. Les populations intrépides qui habitent les écueils sont exercées k la pèche; les autres sont d'habiles chasseurs. A Zara, nous mangions k vil prix d'excellent gibier^ du poisson en abondance; mais ces provisions arrivaient dans les marchés kl'impvoviste, selon le caprice (3es habitants , qui chassent et pèchent quand l'envie leur eu preud , et jamais lorsqu'on aurait besoin de leurs services. Le gibier parait un jour de jeiine , et le poisson se préÂj^tè le dimanche, foulé dans des sacs, ^ns précaution^ sans soins. On m'a jeté la pierre pour avoir écrit que ce pays devrait être riche et fertile comme les campagnes de la Fouille , mais qu'il faudrait commencer par la culture des habitants, par enseigner a ces barbares k changer la haine, les rancunes et l'esprit de piraterie contre la modération, le sentiment du devoir, le goût de l'indusliie et du travail. Celte opinion

était apparemment bien hardie, puisqu'elle a excité tant de colères et de mépris que je o'aiplus dit mot , et que Je suis humblement retourné k mes poésies frivoles.

Je venais d'atteindre mes dix-sept ans lorsque Son Excellence me fit l'honneur de m'enregistrer définitivement sur le rôle des militaires, avec le titre de cadet noble dans la cavalerie, ce qui me valait trente-huit livres par mois de bonne monnaie vénitienne. En reconnaissance de ce traitement, je rendis de fort beaux services à l'État , comme d'inspecter les postes de jour aussi bien que de nuit , de passer au vinaigre brûlé les dépêches des villages pestiférés , au grand dommage de mes chemises et de mes manchettes. Ce qui iU'a fait surtout sentir combien j'étais vraiment militaire , c'est d'avoir ëté mis aux arrêts sans connaître la faute dont je m'étais rendu coupable. Je parcourus le pays sur des rosses, aux rayons d'un soleil de plomb; je dormis sur la terre, et sans ôter mes bottes, dans les vallées de la Morlaquie , et sur le pont des galères, doucement dévoré par des millioiis de punaises. Enfin je courus des dangers sans îaS^ la guerre, comme vous l'allez voir.

Sous peine de passer pour un poltron et d'être ridicule , je devais me mêler quelquefois^ux parties de plaisir, excès et entreprises de mes camarades. Ces entreprises et parties de plaisir consistaient k se vider réciproquement la bourse par un jeu effiréné , k faire des soupers avec des femmes galantes , k troubler le sommeil des habitants des villes par des travestissements, vacarmes nocturnes et sérénades devant certaines maisons de maris peu commodes , et dont les coups d'arquebuso

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