‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 33 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

gagnés par èss moyens scandaleux ; étaler au .théâtre u beauté prostituée au plus offrant, avec une assurance que la vertu ne saurait avoir, quand ta conscience serait chargée de péchés de toutes sortes, galanterie, cupidité, guet-apens nocturnes et autres gentillesses, je demanderais au ciel de trancher k Tinstant le faible lil de tes jours enfantins.

Pendant ce monologue pathétique , tous les regards des spectateurs se tournèrent vers la véritable Tonina , et un tonnerre d'applaudissements et de rires éclata dans la saBe. Le provéditeur lui-môme, h qui cette sirène avait été dénoncée , témojgna^visiblement son approbation et son plaisir. La Tonina se leva et sortit de sa loge en lançant contre la Lucie un blasphème menaçant. ^Sur ces entrefaites, le Pantalon parut et mit fin au soliloque.

Après le si>e4:lade, je jugom prudent de tenter une récondlintion aVêe la bctli^ (ïflTensée, en ajoutant un épiln^uo à ta coîiit^die. h r«njrus après la courtisane saijs prendre le temps ùv i[uitter mon costume de Lm'iv : u' r(*nir.T[n;n rliwuriiirnt dans la salle du souper, oii un cercle de curieux se forma autour de nous. — Belle Tonina , lui dis-je , soyez indulgente pour une pauvre actrice qui ne savait plus comment occuper la scène , k cause de ce coquin de Pantalon , qui ne voulait point faire son entrée. Restez k notre fête. Je vous jure que si vous voulez partir, je sortirai plutôt moimême: ne privez point notre réunion de son plus brillant oraement. Vous êtes si jolie, qu'en vous regardant je suis au désespoir de vous savoir si méchante. Oul)lioz

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mes malices , et ne songez qu aux compliments et flatteries dont les jeunes gens vous accablent.

Enfin , je mêlai tant d'insolence h mes civilitës , que ToDina se mit k rire de bonne grâce , ainsi que les assistants» parmi lesquels elle avait de nombreux aaiants. Elle consentit h rester et voulut danser avec moi. Ses charmes , ses regards , ses sourires provocateurs , badinages, serrements de* main et coquetteries de toutes sortes, m'avertirent de Tardeur extrême de sa soif de vengeance. Au souper, elle me pria de m'asseoir près d'elle, et ses manèges de séduction continuèrent jusqu'au jour ; nîUis j$ savais trop bien ce qu'elle cachait sous ces artifices galants. Malheur k moi si je fusse tombé "îi la merci de cette vipère offensée! La Tonina me donna tendrement, pendant cette nuit, le nom amical de maudit démon, avet' une genlillesso loute dalmatique. Elle m'arracha la protrÉei;se de lui faite une visite ; mais je me gardai bien de tenir ma jiaiiele.

Que le lecteuf bénévole ne fronce pas [es sourcils el ne s'irrite point de ces puérilités. Je n'ai pas toujours eu vingt ans. Encore quelques inepties , encore quelques amourettes ridicules , quelques bagatelles sur mon jeune âge, et, avec de la patience, nous arriverons bientôt à parkr d'affaires sérieuses , d'une grande guerre allumée dans le parnasse de Venise. Que dis-je? nous aurons à raconter des choses effroyables , surnaturelles , dont le souvenir fait dresser en ce moment sur ma tête mes cheveux grisonnants.

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