‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 32 sur 132 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

écouté mes avis, car ses amours avec cette corsaire de Yéous se dissipèrent comme toutes les passions qui n'ont pour base que la brutalité de Thomme, le caprice, ou ravidilé de la femme. Les cliamies de la Tonina et son détestable caractère attiraient et repoussaient tour à tour une foule d'amoureux , et causaient des querelles et accidents dont elle faisait de misérables sujets de triomphes. Le danger auquel de braves gens s'étaient exposés pour une créature si vulgaire m'était resté gravé dsms l'esprit; le hasard m'offrit l'occasion de punir la Tonina comme elle le méritait , pendant le dernier carnaval que je passai k Zara.

Nous donnions une triple fête : la comédie improvisée , le bal et le souper. J'étais la pauvre Lucia , non plus soubrette, pour cette fois, mais épouse exténuée, réduite h l'hidigence, du vieux Pantalon, vicieux, mécbaïA^^t banqueroutier. J'avais une fille au maillot, fruit de ce triste mariage. Dans une scène de nuit, je berçais mon enfant , et je lui chantais , pour l'endormir, une chansonnette souvent interrompue par le récit burlesque de mes disgi*âces. Je disais comment ou m'avait forcée d'épouser un vieux sot : je racontais naïvement mes souflrances et mes ennuis, comment j'avais été jadis un beau brin de fille , avant que la fatigue et les larmes m'eussent gâtée. Je me plaignais du froid, de la faim , qui me faisait perdre mon lait. Au milieu de ces bavardages ,îa nuit s'avançait, et mon vieux libertin de mari ne rentrant pas à la maison, je le soupçonnai de s'être arrêté dans la rue du Pozzetlo , endroit mal famé de Zara. Je pleurais niaisement, et mes larmes faisaient rire l'as-

semblée. Mon camarade Antoine Zeno, qui jottatl admirablement les Pantalons, n'était pas encore prêt, quoique le moment de son entrée fût passé. La comédie improvisée ne permet pas h Tacteur de se troubler pour si peu : il faut occuper la scène a tout prix. Je feipis .^onc de renoncer k endormir l'enfant, et je tirai le mannequin de son berceau pour donner h teter à ma progéniture. Cette nouvelle ineptie ayant encore rempli quelques minutes , je commençais a m'inquiéter de ne point voir paraître Zeno, et ne savais plus que dire, lorsqu'en levant les yeux sur le public, j'aperçus dans une loge d'avant-scène la Tonina, magnifiquement parée du produit de' ses méfaits, et riant aux éclats de mes sornettes. Je me souvins alors de l'aventure des espingoles , et je me crus en droit de profiter de la circonstance pour ranimer mon monologue expirant. Je donnai h ma petite fille le nom de Tonina*; je la caressai ; je contemplai ses grâces; je me plus h penser qu'elle deviendrait une belle personne , et je me promis de l'élever dans de bons principes ; et puis , en adressant mes discours au mannequin couché sur mon giron : — Pauvre Tonina , lui dis-je , si malgré mes soins , mes leçons et mes exemples, tu devais un jour faire honte h ta mère , manquer à tes devoirs , tomber dans le désordre et la corruption , vendre ta beauté, exciter les fous pris dans tes filets a se tirer ^ coups d'espingole , et attacher une infâme gloire a l'éclat ^ tes débordements ; perdre le sentiment du juste et de I*honuète au point de ne pouvoir plus rougir et de te complaire dans le vice ; te montrer en public couverte de bijoux

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