CHAPITRE IX
je, cai' vousne vous repentirez pointde votre confiance. Cette personne si dévote savait-elle que vous aviez ce portrait orné de diamants?
— Assurément; je le lui ai souvent montré.
— Eh bien ! cette bonne chrétienne s'est concertée avec son excellent mari , et tous deux ont machiné ensemble cette supercherie pour vous enlever le portrait et les diamants. Ce n'est qu'un simple tour de voleur. Le malheur est que ce couple si parfait aura introduit dans ses conciliabules un secrétaire faussaire pour fabriquer cyjfllet amoureux.
TgEMiais, que dois-je faire k présent?
— Dites-moi d'abord quel homme est votre mari, et comment vous vivez avec lui.
— Mon mari m'aime ; il me traite bien , et vit avec moi en bonne intelligence. Il est sévère et ne veut poiut recevoir de visites; mais lorsque je désire sortir de la maison pour aller chez des parents ou des amis , il m'en accorde toujours la permission.
— Votre confidente, bonne chrétienne et voleuse, sait-elle que vous m'avez donné rendez-vous dans cette gondole!
— Non, certes.
— Tant mieux! Je ne puis le nier, votre imprévoyance vous a jetée dans un écueil; cependant, voici le seul parti qui me semble convenable pour vous tirer de ce danger : oubliez le portrait orné de diamants , et consolez-vous de cette perte, k laqueDeil n'est pas de remède. Si vous cherchiez k vous le faire rendre , les voleurs, découverts, pourraient voussusciter quelque mé-
chante affaire. Si votre mari s'informa de ce portrait, une dame, en pareille circonstance, n*est jamais embarrassée pour feindre Tétonnement, le chagrin, la colère de ne point retrouver l'objet demande. Ne vous laissez plus voir k la fenêtre causant avec moi ; faites entendre k votre confidente que vous avez banni de votre cœur une amitié inconsidérée. Continuez k traiter avec la même bienveillance ces deux coquins, et gardezvous de montrer le moindre soupçon. S'il arrive que le poileur de billets fabriqués vous présente quelque nouvelle épitre , recevez-la ; mais dites avec douceur au messager que vous ne ferez point de réponse, que vots M' priez de cesser mes importunités , que vous avez rédéchi sur vos devoirs envers votre mari, et que vous vous repentez de m'avoir envoyé le portrait. Je vous permets pour cette fois , de parier mal de moi , et de dire que vous avez une mauvaise opinion de mon caractère; si le brigand veut prendre ma défense, montrez-vous ferme dans votre dessein de ne plus me revoir ; donnez, s'il le faut ; quelque argent k cet homme , k la condition qu'i] ne vous transmette plus ni paroles ni billets. Voilà le seul moyen raisonnable d'éviter le péril où ces canaflles ont mis votre réputation etvotre repos. Je me trompa fort si , dans peu de jours, vous ne reconnaissez pas que mon conseil est bon.
La jeune dame parut persuadée , et promit de suivre exactement mes avis et instructions, hormis sur un seul point, car elle ne pouvait, disait-elle, se résoudre k mal parier de moi dans l'instant oii l'estime qu'elle m'avait accordée devenait plus grande. En causant ainsi.