‹ Nouvelles italiennes et siciliennes (volume 2)Chapitre 79 sur 132 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

l>lt5S magiques. J'aurais voulu renoncer absolument à L poésie théâtrale; cependant les instances de la coma^nie Sacchi, et surtout la crainte d'achever sa ruine, ont elle sentait l'approche avec terreur, jne dlicidèrent promettre quelque ouvrage d'un genre nouveau, ourvu qu'il fût représenté ailleurs qu'a San-Samuel, X qu'on n'exigeât plus de moi ni magie ni conte de fées. La fuite de Goldoni avait fait tomber en décadence le iM^tre San-Salvatore, placé au centre de la ville et dans e quartier le plus populeux. S. E. le seigneur Vendra- * * mini, propriétaire de ce théâtre, m'envoya un abbé, porteur de compliments affables et de la proposition de ciuitter Sacchi et sa troupe; il m'offrait de grands avant âges pécuniaires pour venir au secours de la compagnie de San-Salvatore. Je répondis par un refus poli, en disant <iue je n'écrivais point pour m'enrichir , et que je ne pouvais pas honnêtement abandonner mes amis. Son Excellence me fit alors prier de lui servir d'intermédiaire pour traiter avec les comédiens que je protégeais. Sacchi prit possession du théâtre de San-Salvatore h des conditions trcs-favorables, et se trouva installé dans la meilleure ' salle de Venise avec l'assurance d'y gagner de gros bénéfices. Je ne pouvais plus refuser k mes protégés un ouvrage nouveau ; je devais rompre le silence, ne fAt-ce (|ue par égard pour le seigneur Vendramini ; mais je demandai un délai considérable. Aujourd'hui que le temps m'a éclairé, j'ai reconnu que mes scrupules de délicatesse étaient les plus sots du monde. J'aurais mieux fait de résister aux prières et de m'inquiéter fort • peu des questions de sentiments. Mon repos était me-

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nacé; quel besoin avais-je de faire le Régulus et de a» sacrifier aux intérêts de mon prochain? U s'agissait pour moi de bien autre chose.

Un motif beaucoup plus grave que les précédents , et dont je ne disais rien, m'engageait à me retirer de5 coulisses. On ne joue pas impunément avec les démons et les fées. On ne sort plus comme on le voudrait du ipoadQdes esprits, une fois qu'on s'y est imprudemment jeté. \Cout avait bien été jusqu'à la repr&entation de TurandoL Les choses de cette vie se prfôentaient encore a peu près sous leur aspect ordmaire. Les petits événements de ma chétive destinée suivaient un cours à la rigueur naturel. Les Gueux heureux ne me suscitèrent pas trop d'ennuis ni d'accidents. Les puissances invisibles me pardonnèrent ces premières témérités. La Femme serpent et la Zobéide attirèrent sur mon audace l'attention du monde occulte. Il écouta ces ouvrages avec indécision , partagé entre riodulgence et le blâme. Le Monstre bleu et VOiseau verl excitèrent ses murmures. J'en eus un vague pressentiment, un soir que le jeu des machines s'exécuta fort mal. L'actrice principale fut prise de migraines subites. Deux fois il fallut changer le spectacle une heure avant l'ouverture de la salle. Au milieu d'une improvisation , l'excellent acteur Zannoni eut une extinction de voix. Ces avertissements sinistres auraient dû m'ouvrir les yeux; mais j'étais encore trop jeune pour apprécier h leur juste valeur les dangers qui m'enveloppaient; mon sang avait trop de • force, et j'éprouvais d'ailleurs un plaisir secret k braver les oracles. Si les poulets eussent refusé de manger, je

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