CHAPITRE \V
lièrent toute ma vie. Le second parti, celui que la prudence me suggéra, fut de rompre avec le genre fiabesque^ de ne plus traduire sur la scène ce n^nde mystérieux qui ne veut pas être connu, de laisser retomber le voile un moment soulevé; mais d'entretenir chez les fées la crainte salutaire de me voir mettre ce voile en lambeaux si on me réduisait au désespoir. Par ce moyen, la colère des esprits s'adoucit un peu , et jamais elle ne se porta aux dernières *'xii(;iiuLi;s Lxmir^ luoi.
Je ne coiiscilltrui 'a personiie tle s* exposer aux périls que j'ai courus* La littérature féei i<|ue est bornée, sans doute para* i\m las poêles sont plus sages et mieux avisés que moi. U* liion^Ie occult*' rit île l'ignorance et de la simplicité des nourrices , qui inventent des fables sans sortir des bornes du respect , et ne mêlent point k leurs récits d'études sur les caractères et les ridicules. Quant aux conteurs arabes , qui ont pénétré fort loin dans ce monde terrible, ce sont des voyageurs curieux et intrépides qui se sont apparemment dévoués à l'amusement des mortels; mais je gagerais qu'ils en ont été punis, et il est remarquable qu'on ne sache pas même leurs noms. La gloire leur a été dérobée par leurs ennemis et les miens, afin de dégoûter les imitateurs. 11 m'en a coûté cher pour avoir voulu suivre leurs traces. Je n'ai pas parié avec assez de ménagement des fées et des génies; c'est un tort que je confesse. Je me suis permis quelques plaisanteries offensantes, et je n'ai pas toujours consené le ton sérieux que réclamait un sujet de celte importance; mais aussi, n'est-ce pas une petitesse indigne des esprits que de s'être fâché contre moi pour
des allégories empruDtées k leur vie fabuleuse dans m but honnête et innocent? Ah! si tous les personnages de me^ pièces féeriques eussent été bêtes et bonnes gens, comme mon empereur de la Chine dans la comédie de Turandoty on ne m'eût point fait mauvaise mine Ik-haut. Mon tort le plus grave est d'avoir introduit dans ces ouvrages les Truffaldins, les Tartaglia, les Pantalons et autres farceurs h qui tous les moyens sont bons pour faire rire. Ces masi}ues ruiûoiiuux, >ous les dehors de la niaiserie, donnent carrière îi leur vtrve ironique, et parlent avec irrévérence des sorciers* des baguettes magiques, des dons , iiialétices et aiguilleiies, qui sont des choses sacrées ei nsj^i.i tables, Si Dieu me. prête vie. je vois bien qu'il me faudra ehtreprendre^jm pèlerinage en Thessalie, Astracan ou Cachemire, et demander pardon de mes fautes , pieds nus et la corde au cou , h Morgane, k Carabosse et Pari-Banou \ Jusque-là je n'ai point de repos h espérer, comme on le verra par les tribulations que je vais raconter.
* Les quatre paragraphes qa'on vient de dire sont extraits d'une lettre de Charles Gozzi à son frère Gaspard.