MÉPRISES, CONTRE-TEMPS ET PERSECUTIONS
Si je voulais raconter les méprises et les contre-temps auxquels m'ont assujéti les puissances malignes » je ne dis pas fréquemment, mais h toutes les minutes de ma vie, j'en composerais un gros volume capable de faire rire autant que ces ennuis m'ont fait enrager.
Ordinairement , lorsqu'on prend une personne pour une autre , la méprise repose sur quelque ressemblance de taille ou de visage ; mais avec moi le diable ne se donnait pas tant de peine. Tout k coup, et je ne sais h quel propos , quantité de gens se mirent k me donner des noms autres que le mien , et k me confondre avec des individus qui ne me ressemblaient nullement.
Un jour, a Saint-Pol , je rencontre un pauvre vieux ouvrier que je ne connaissais point. Il accourt k moi, baise le ]pan de mon habit , et me remercie , les lannes aux yeux et du fond du cœur, d'avoir tiré de prison son fils. Je lui explique son erreur et lui prouve qu'il me prend pour un autre. Il redouble ses protestations de reconnaissance, et me soutient en face que je suis le seipeur Paruta, son protecteur et son patron. Tous mes efforts pour le désabuser sont inutiles. Sans doute c'est pour me soustraire généreusement k ses témoi-
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gnages de dévoùmenl que je feins de ne pas être PaniU. Le bon homme n'en est que plus pénëlre'; il me soi: par derrière et appelle les bénédictions du ciel sur ma tête et sur tous les autres crânes de la famille des Pâruta. Je m'informe et demande k mes amis qui est o seigneur si béni. On me répond que le patricien Panita est un homme hâve et malade , qui ne me ressemble en aucune manière.
Tout le monde connaît ou a connu Michel delFÂgata, le célèbre impressario de notre opéra. Tout le monde sait qu'il est plus petit que moi d'un palme » plus gros de deux palmes , vêtu autrement que moi , et porteur d'une physionomie fort différente de la mienne; d'oii vient donc que pendant plusieurs années et même jusqu'à la mort de ce Michel , je fus arrêté au milieu de la rue presque journellement , et appelé du nom de Michel dcU'Âgata par des chanteurs, chanteuses, danseurs, et danseuses, maîtres de chapelle, tailleurs, peintres ei porteur» de lettres? J'écoutai de longues doléances , de^ remercîments , demandes de loges et d'argent, requêtes, prières, lamentations, observations au sujet des décors et du vestiaire. Je fus obligé de renvoyer ou refuser des lettres et paquets adressés k Michel dell'Âgata, en criant, prolestant, jurant que je n'étais point ce Michel ; et toutes ces personnes ensorcelées me regardaient de travers et s'éloignaient agitées, inquiètes , cherchant dans leur esprit quel motif pouvait avoir Michel de ne plus vouloir être appelé Michel.
Ennuyé de cette secalure , je me rends h Padoue par une belle matinée d'été. Mon excellente amie la signera