‹ Nouvelles lecons sur la science du langage cours professe a l'institution royale de la Grande Bretagne en l'annee 1863 (volume 2)Chapitre 21 sur 44 · Ouverture de la glotte · texte numérisé non relu

Ouverture de la glotte

sont de longueur différente chez l’enfant et chez l’homme fait, chez l’homme et chez la femme. Leur longueur moyenne chez l’homme est de 18 millimètres 1/2 quand elles sont au repos, de 23 milli-

IIIOISIÈME uigo^.

mètres 1/0 quand elles sunt tendues; chez la femme, de 12 millimètres 2/3 quand elles sont au repos, de 1 5 millimètres 2/3 quand elles sont tendues. 11 y a ainsi entre les deux sexes une différence d’un tiers environ, qui explique la différence de timbre qu'il y a ordinairement entre les voix mâles et les voix féminines (I).

La langue, la cavité du pharynx, les lèvres, les dents, le palais, avec son voile mobile et la luette qui jouent le réle d’une valve séparant la gorge eth's narinps, aussi bien que la cavité même des narines, tous ces organes ont leur rôle à jouer pour modifier l’impulsion imprimée au souffle quand il est chassé du larynx, et pour produire les différentes voyelles, les différentes consonnes.

Après avoir ainsi démonté, pour ainsi dire, et e.\aminé pièce à pièce l’instrument de la voix humaine, voyons maintenant comment nous jouons de cet instrument quand nous parlons et que nous chantons. Tout familier qu’il soit à nus oreilles, tout simple qu’il nous paraisse, le phénomène du chant ou, pour employer une expression plus générale, de la musique, est, si nous l’analysons, un des plus merveilleux qui existent. Ouand nous écoutons un chœur ou une symphonie, ce que nous entendons, c’est une commotion de l’air élastique, dont la mer soulevée par la plus forte tempête ne peut donner qu’une très-imparfaite idée. Les notes les plus basses que perçoive l’oreille sont dues à environ 30 vibrations par seconde, les plus hautes k environ 4,000 dans le même espace de temps. Considérez donc ce qui arrive dans un /jres/o quand des

(1) FunWe, Lehrbuch der Physiologie, |>. 6(i4, d'apri's des observations faites pur J. Millier.

142 I.KUINS SUR LA SCIENCE DU LANGACE.

ceutaiiies de voix et d’instruments, produisent simultanément des ondes sonores, chaque onde croisant toutes les autres, non pas seulement comme les flots qui glissent l’un sur l’autre à la surface de la mer, mais comme des corps sphériques qui se pénètrent, et cela, à ce qu’il semble, sans que toutes ces rencontres produisent aucun trouble que l’on puisse constater (1). Considérez que chaque note est accompagnée par des notes secondaires, que chaque instrument a son timbre particulier, dû aux vibrations secondaires. En dernier lieu, souvenons-nous que tout ce feu croisé d’ondes, tout cet ouragan de sou est gouverné par des lois qui déterminent ce que nous appelons riiarmonie, et par certaines traditions ou habitudes qui déterminent ce que nous appelons la mélodie, — deux éléments qui font également défaut au chant des oiseaux. Songeons enfin que tout cela doit venir se réfléchir, comme une image photographique sur une plaque microscopique, sur les deux petits organes de l’ouïe, et produire là non-seulement une perception, mais un sentiment plus mystérieux encore, que nous appelons plaisir ou peine. .\yons tout cela présent à l’esprit, et il sera clair pour nous que nous sommes entourés de tous côtés par des miracles qui dépassent tout ce que nous sommes accoutumés à regarder comme miraculeux, et qui pourtant révèlent au génie d’un Euler ou d’un Newton des lois susceptibles d’être déterminées avec la plus rigoureuse exactitude mathématique.

Pour l’objet qui nous occupe, il importe de remart]uer que, tandis qu’il est impossible de chanter sans

(t) Weber, tt^ellenlehre, p. 49S.

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prononcer en même temps une voyelle , il est jtarl'aitemenl possible de prononcer une voyelle sans la clianter. Pounjuoi il en est ainsi, nous le verrous tout de suite. Qu’arrive-t-il quand nous prononçons une voyelle? Les poumons chassent l’haleine, et la bouche lormo une espèce de tube à travers lequel, comme à travers une clarinette, le souftle est forcé de passer avant de se mêler à l’air e.xtérieur. Si, tandis que le souille passe entre les lordes locales, ces lamelles élastiques viennent à vibrer périodiquement, le nombre de leurs vibrations détermine la hauteur de notre voi.\, mais il n’a rien à faire avec son linibre ou ses voyelles. Ce que nous appelons les voyelles n’est autre chose que les qualités, ou couleurs, ou timbres ditférents de notre voix, et ces voyelles .sont déterminées par la forme des vibrations. lu(|nelle est à son tour déterminée par la forme des oritices buccaux. C’est là un fait qui, jusqu’à un certain point, avait été pressenti par le professeur Wheatstone dans la critique qu’il a publiée des ingénieuses expériences du professeur Willis (I); mais la certitude en a été démontrée par les recherches du professeur Helmholtz. 11 va sans dire que nous ne saurions étudier la forme de ces vibrations au moyen de l’observation microscopique, mais il est possible de faire cette recherche au moyen de tuyaux sonores, tels que ceux qui ont été décrits antérieurement, et de découvrir ainsi dans ces sons ce qui, comme nous l’avons vu, correspond aux formes mêmes des vibrations, à savoir l’absence ou la présence de certaines notes harinoni-

^1) London and H-'etlminster Heview, Oct. 1S37, pp. 3i, 37,

Ii4

UJ.;0.\S SLIf l,A ïrt:IEM:ii IHi l,A>(.AIiK.

(|iies. Si un humme chante la même note sur dilVérentes voyelles, les harmoniques qui répondent à nos tubes sonores varient comme elles varieraient si la même note était jouée sur le violon ou la flûte, ou quelques autres instruments musicaux. Pour détruire toute incertitude, le professeur Helmholtz retourna simplement l'expérience. 11 prit un certain nombre de diapasons, garnis chacun d’une table de résonnance; eu faisant avancer ou reculer cette table il arrivait à donner aux seules notes principales différents degi-é-s de force, et à supprimer complètement leurs notes secondaires. 11 les accorda de manière à produire une sé*rie de notes répondant aux harmoniques du diapason le plus bas. Il lit ensuite vibrer simultanément ces diapasons au moyen d’une batterie galvanique, et en combinant les harmoniques, qu’il avait d’abord découvertes dans chaque voyelle au moyen des tubes sonores, il réussit à reproduire exactement, d’une manière artificielle, ces mêmes voyelles.

Nous savons maintenant ce qui produit les voyelles. Klles résultent de la forme des vibrations. Elles varient comme le timbre d’instruments différents ; et en réalité nous changeons l’instrument sur lequel nous parlons quand nous modifions la configuration du tube buccal pour prononcer a, e, i, o, u (prononcer ces voyelles comme en italien).

Est-il donc possible de produire une voyelle, de faire entendre, au moyen de notre bouche, un son ayant un certain timbre, sans donner en même temps à chaque voyelle une certaine tonalité musicale? Cette question a été fréquemment discutée. D’abord on prenait pour admis que les voyelles ne pouvaient pas être prononcées

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THniSIÈME I^ÇOK. 143

sans rocevoir une tonalité; qu’il pouvait y avoir des consonnes, mais pas de voyelles muettes. Cependant, si l'on murmurait une voyelle, il était aisé de voir que les cordes vocales ne vibraient pas, ou du moins ne vibraient pas périodiquement ; qu’elles ne commençaient à vibrer que quand la voyelle murmurée était changée en une voyelle prononcée à haute voix. J. Muller proposa un moyen terme. Il admettait que les voyelles pouvaient être prononcées comme muettes sans que les cordes vocales leur donnassent aucune tonalité, mais il pensait que ces voyelles muettes étaient formées dans la glotte par l’air qui passait entre les cordes vocales restant au repos, tandis que tous les bruits de consonne .sont formés dans la bouche (1). Pourtant cette distinction même entre les voyelles muettes et les consonnes muettes n’est pas confirmée par les observations postérieures, qui ont montré que dans le murmure ou chuchotement les cordes vocales sont réunies de telle manière que seulement la partie postérieure de la glotte entre les cartilages aryténoïdes reste ouverte, et qu’elle offre alors la forme d’un triangle(2). C’est à travers cette ouverture que passe l’air, et si, comme cela arrive assez souvent quand on chuchote, de temps en temps éclate un mot prononcé presque à voix haute, et capable de trahir nos secrets, c’est que les cordes vocales ont momentanément repris leur position ordinaire, et que l’air, en passant, les a fait entrer en vibration. Les cas d’aphonie, où les personnes ne sont plus capables de produire aucune note,

(1) Funke, Handbuch der Physioiogie, p. 673. Vues différentes de Willis et de Erücke, p. 678.

(2) Helmhoitz, p. <71.

naisseul invariableoieiit d’une maladie des cordes vocales; cependant, quoique incapables de donner aucune note, ces personnes peuvent prononcer les différentes voyelles. On ne peut guère nier, par conséquent, que les voyelles prononcées avec la lox clundestim ne soient de simples bruits, que caractérise et que colore, si l’on peut ainsi parler, la configuration de la bouche, mais qui n’ont aucune tonalité musicale déterminée. Il est cependant également vrai que, même dans les voyelles chuchotées, certaines notes vagues inhérentes à chaque voyelle se laissent découvrir, et que ces notes inhérentes sont invariables. Ce fait fut indiqué d’abord par le professeur Donders, et ensuite observé d’une manière plus exacte et démontré par le professeur Helmholtz (t). Il sera nécessaire, je pense, de traiter ces notes comme des notes imparfaites, c’est-à-dire comme des bruits qui se rapprochent de notes, ou comme des vibrations irrrégulières, qui sont tout près de se changer en vibrations régulières ou isochrones, mais qui n’y parviennent pas tout à fait; quoique Illimité exacte où huit le bruit et où commence la note n’ait pas encore été, autant que je puis en juger, déterminée par aucun physicien.

Les voyelles, dans toutes leurs variétés, sont réellement infinies en nombre. Cependant, pour les besoins de la pratique, certaines voyelles pouvant servir de types principaux ont été reconnues dans toutes les langues, et ce sont celles-là que nous allofis maintenant soumettre à notre examen.

(1) Helmholn, p. <7^.

TROIStÈME LEÇON.

Dans les planches qui sont destinées à représenter la confifîuration de la bouche qui est nécessaire pour la formation des trois voyelles principales, vous verrez qu’il y a deux voyelles extrêmes, 1’?/ et l’f, l’a occupant une position intermédiaire. Toutes les voyelles doivent être prononcées comme en italien.

1 . En prononçant u nous arrondissons les lèvres et nous abaissons la langue de manière à ce que la cavité de la bouche prenne la forme d’une bouteille dépourvue de col. Des tuyaux ayant celte forme donnent les notes les plus basses, et la lettre u fait de même. Suivant Helmholtz la note qui y est attachée est fa (1).

Fig. 5.

et la langue un peu levée, nous entendons l’o, La tonalité en est, suivant Helmholtz, si bémol.

(1) Sur la différence de qualité, et non pas seulement de quantité, entre les voyelles longues et les voyelles courtes, voyez Brûcke, l. e., p. 24 et suiw. ; et R. von Raumer.

LtÇO.NS Stlt LA SUK.NtE LU LANÙAGE.

Fig. ü.

FieuplÉs :

Syllabe lon|;ue : haro.

brcve : hot.

3. Si les lèvres sont moins arrondies, et que la langue soit un peu abaissée, nous entendons le â ; ! ' .

'O Ce snn n'i'xiste pas en franeais; eepcndanl la prononciatinii populaire <le a (dans certains mois) que l'on entend dans tout le eeiitre de la France et notamment à Orléans s'en rapproche beaucoup ; par exemple dans rotjâge, càmer, ai-ocôl, etc. Dans .son (Jos ■ .taire du centre de la France, M. le comte Jambert a signalé cette particularité, dont il est impossible de ne pas être Trappe. |Tr.]

TROISIÈME i>:çnN.

4. Si les lèvres sont toutes grandes 'ouvertes, et que lu langue soit dans sa position naturelle, c’est-à-dire à plat, nous entendons a. Tonalité inhérente, suivant llelmholtir, sij bémol, t'ette position semble être celle qui se prête le mieux au chant; cependant, pour les notes ipii sont dans la partie supérieure de leur registre, les chanteurs préfèrent les voyelles e et /, et ne peuvent arriver à prononcer a et u sur les plus hautes (I).

l'iK- 8-

Exemples:.-

Syllabe longue : jtile.

brève : patte.

5. Si les lèvres sont bien ouvertes, et le dos de la langue dressé vers le palais, le larynx étant relevé en même temps, nous entendons le son e. Le tube buccal ressemble alors à une bouteille à étroit goulot. La tonalité naturelle de e est si, bémol.

(l)-Brücke, p. 13.

150 I.EÇOXS SOI LA SCIENCE Uü LANT.AGE.

Fig. 9.

Exemples ;

Syllabe longue : met.

bn've : htl.

6. Si nous élevons la langue encore plus haut, et que nous rapprochions les lèvres, nous entendons l’î.

Fig. 10.

Exemples :

Syllabe longue : figue.

brève : fit.

Le tube buccal représente alors une bouteille avec un col très-étroit qui n’a pas plus de six centimètres du palais aux lèvres. Un tuyau qui aurait la forme de cette bouteille donnerait utj. La tonalité naturelle de i paraît être ré^.

TROISIÈME I.ErON.

7. Il y a, en outre, la plus gênante de toutes les voyelles, la voyelle neutre, quelquefois appelée Ui’vocal ou voyelle primitive. Le professeur Willis la décrit comme la voyelle naturelle de la flûte de Pan, M. Ellis comme la voix sous .sa forme la plus élémentaire, la moins complexe. Quelques pei’sonnes l’entendent partout, d’autres s’imaginent pouvoir y distinguer différentes nuances. C’est dans de courtes syllabes fermées, telles que but, dust (que l’on prononce beutt, deustt), que nous reconnaissons le plus sûrement sa présence. On la suppose longue dans absiird. Sir John Herschel n’entend qu’une seule et même voyelle dans spart, assert, bird, virtue, dore, oven, double, blood. Sheridan et Smart distinguent entre les voyelles entendues dans bird et viork, dans whirF d et world. 11 n’y a point à douter qu’en anglais toutes les syllabes non accentuées n’aient tendance à tourner à cette voyelle indéterminée, ainsi àgainst, final, principal, ideà, captàin, villàge, Toivn s’abrége et s’efface dans Paddington, ford dans Oxford, et, quoique quelques-unes de ces prononciations puis.sent encore être considérées comme vulgaires, elles n’en sont pas moins réelles.

Ce sont là les principales voyelles, et il y a bien peu de langues où elles ne se retrouvent pas. Mais nous n’avons qu’à prêter l’oreille à l’anglais, au français et à l’allemand pour reconnaître qu’il y a encore bien d’autres variétés de sons-voyelles. Il y a l’w français, l’ü allemand, qui tient le milieu entre i et u (1) ; ainsi,

{{) <1 Tandis que la langue s'appn'te à pronnneer 1, les lèvres prennent la position que réelame l’u.» Du Bois-Reymond, hadmiis, p. ISO,

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eu français, du, en allemand, über, Sünde. Le professeur Helmholtz a fixé à sol, la valeur du son ü.

11 y a l’e»/ français, IV; allemand, qui est intermédiaire entre e et o, comme dans le français peu, l’allemand kônig; la même voyelle est brève dans bôcke (1). Le professeur Helmholtz eu a fixé la valeur naturelle à ut, dièze.

Il y a l’a bref, d’un caractère tout particulier, qui se rencontre dans les syllabes fermées, en anglais, ainsi dans hat, happy, man. On peut l’entendre allongé dans le mot hilf, quand il est prononcé avec affectation.

11 y a l’î bref, qui a aussi son caractère particulier, tel qu’on l’entend dans les mots anglais happy, reahty, bit, knit.

11 y a Ve bref dans les syllabes fermées, tel qu’on l’entend dans les mots anglais debt, bed, me». Allongé, il se rapproche beaucoup de l’allemand à dans Vater, et de l’é français dans père, qui n’est pas tout à fait la même chose que Ve anglais dans thei-e.

Enfin, il y a les diphthongues, qui se produisent quand au lieu de prononcer une voyelle immédiatement après une autre, au moyen de deux efforts successifs de la voix, nous produisons un son pendant le cours du changement qui doit s’opérer dans la position des

(1) L'ô allemand, quand il s’abrége, semble se réduire à la voyelle neutre. Ainsi il n’a plus le môme son dans ii/fuen, « ouvrir », que dans Ôfen, «fours». Voyez Du Bois-Reymond, Kadmus, p, 17a. Toutefois il est nécessaire de distinguer entre l'allemand Goder, Pt l'anglais gutter.

(2) Brürke parle de cet i et de quelques autres voyelles que nous offrent, en anglais, li‘s syllabes fermées, comme de voyelles imparfaites, p. 23.

TliniSIËMK LKÇON.

üi-ganes pour passer d’une voyelle à une autre. Si nous passons de la position de l'a à celle de 1’/ en prononçant une voyelle, nous entendons ai, comme dans l’anglais ais/e, « bas-côté » . Si nous passons rapidement de la position de l’a à celle de l’a, en prononçant une voyelle, nous entendons au, comme dans l’anglais hoiv, « comment » . Ici encore , nous trouvons beaucoup de variétés, telles que ai, di, <ù, et plusieurs dipb- Ihongues moins parfaites, telles que ai, ai, etc.

Quoiqu’on puisse accuser la liste qui précède d’être longue et ennuyeuse, ce n’est, en réalité, qu’une trèsrapide esquisse, et je dois renvoyer aux ouvrages de M. Ellis et des autres savantsqui ontétudié cette question pour le même détail dans l’échelle chromatique des voyelles. Quoique le tube que forme la bouche, avec les modirications que lui fait subir la langue et les lèvres, joue le rôle principal dans la production des voyelles, il y a cependant d’autres agents qui interviennent, le vnilo mobile ou voile du palais, la paroi postérieure du pharynx, l’élévation plus ou moins marquée du larynx; ces différents organes contribuent, par moments et dans une certaine mesure, à modifier la forme de la cavité buccale. On dit que, lorsqu’on prononce les voyelles les plus élevées, les os du crâne participent à la vibration (1), et il a été prouvé par des expériences dont le résultat ne saurait être contesté que le voile mobile est, pour la prononciation de toutes les voyelles, d’une importance essentielle. Le professeur Czermak, en introduisant une sonde à travers le ne/ dans la cavité du pharynx, sentit distinctement que la

(1) Brücke, p. <6.

position du voile changeait à chaque voyelle prononcée ; que c’était pour a qu’il s’ahaissait le plus, et qu’il s’élevait successivement avec p, o, u, i, atteignant avec cette dernière voyelle sa plus grande hauteur (1).

Il prouva de même que la cavité du nez était pins ou moins ouverte, suivant que l’on prononçait telle ou telle voyelle. En introduisant de l’eau dans le nez il reconnut que, tandis qu’il prononçait i, u, o, l’eau restait dans le nez, mais qu’elle passait dans la gorgi' quand il arrivait à p, et que cet effet se produisait d’une manière encore plus marquée quand il prononçait u {±) . Ces deux voyelles, a et p, étaient les seules voyelles que ne pût réussir à prononcer un jeune homme, nommé Leblanc, dont le larynx était complètement fermé (3).

Vni/pUps tHitff/ps.

Si, au lieu d'émettre librement, à travers la bouche, le son-voyelle, nous lais.sons s’abaisser le voilé du palais et que nous forcions ainsi l’air à vibrer à travei-s les cavités qui rattachent le nez au pharynx, nous entendons les voyelles nasales, un, nn, in, an, etc., si communes en français, il n’est pas nécessaire que l’air passe réellement à travers le nez ; au contraire, nous pouvons fermer le nez, et nous ne ferons ainsi que rendre l’accent nasal encore plus marqué. La seule condition nécessaire e.st le déplacement du voile,

(I) Silzungsheric/ite der K. K. /icademie su Zf'/en (Mathcniat. Naturwis-sensdiaftliche Classe) XXIV, p. 3.

i2) Kiinkc, /. c., p. 676.

[3) Bindscil, Àbhandlungen sur Àllgemeinen rergletchenden Sprachlehre, 1838, p. 212.

TROISIÈME I.EÇOX.

qui, dans les voyelles ordinaires, couvre plus ou moins complélement l’orifice postérieur des fosses nasales (I).

Conxonnrx.

Il n’y a pas de raison a priori qui rende impossible une langue tout entière composée de voyelles. Il y a des mots où n’entrent que des voyelles, tels que, en latin, eo, «je vais»; ea, «celle-ci», eoa, «orientale», le grec fiioeis (liioeiî, «aux berges élevées»), n’était son s final ; le mot hawaïen hooiaioai, « attester » , n’était son aspiration initiale. Cependant ces mots mêmes montrent combien aurait été désagréable l’efTet d’un pareil langage. Il fallait quelque autre chose pour donner au langage, si l’on peut ainsi parler, une charpente osseuse ; il fallait les consonnes. En sanscrit, les consonnes sont appelées vyan/ana, ce qui signifie: «celles qui rendent distinct, celles qui manifestent, » tandis que les voyelles sont appelées xvara, « sons » , de la même racine qui a donné en latin susurrus.

Comme les savants aiment toujours à établir des théories générales, quelque maigres que soient les matériaux h leur disposition, nous n’avons pas à nous étonner que des langues comme le hawaien, où les voyelles prédominent dans une proportion très -considérable, aient, pour ce motif même, été représentées comme des langues primitives. On s’est hâté de supposer

(I) Los différents degrés de cette fermeture ont été déterminés par rexpérience qu'a faite le professeur Ciermak au moyen d’un miroir métallique qu'il appliquait aux narines pendant qu'étaient sucressivement prononcées les voyelles pures et les voyelles nasales. Sitiungiberiehtf der ff-'iener Akadende, XXVIII, p. .'î7.ï., XXIX, p. 17*.

l.'iti i.Kcii.Ns sni snK.Nc.K iir i.aN(;ai;k.

que la marche générale du langage avait été des articulations faibles aux articulations fortes, et <]ue moins une langue contenait de consonnes, plus elle était ancienne. Nous n’avons cependant qu'à comparer l’hawaien aux langues polynésiennes pour recoiiiiaitrc (jue là aussi l’arliciilation d( s consonnes existait et qu'elle a été perdue; que les consonnes, en fait, sont bien plus sujettes à tomber et à disparaître qu’à pousser tout d’un coup entre deux voyelles. Le professeur Buschmann exprime la même opinion : « Mes recberches m’ont conduit à la conviction, que cet état de pauvreté phonique polynésienne n’est pas tant l'état naturel d’une langue prise à sa naissance, qu’une détérioration du type vigoureux des langues malaies occidentales, amenée par un peuple qui a pou de disj)ositiou pour varier les sons (t). » Le nom même iVHai'ai, ou plus correctement Hnu ni’i confirme cette vue. 11 est prononcé

Sanaon

Savai’i

Taliiti

Havai’i

Harotoiifça

Avaiki

.N'oukahiva

Havaiki

la Nouvelle-Zélande

llawaiki

variantes desquelles on peut inférer que la forme originale aurait été Savaiki (2).

Toutes les consonnes rentrent dans la catégorie des bruits. Si nous écoulons aveç attention des instruments de musique, n’importe lesquels, nous pouvons aisé-

(1) Buschmann, //« Marg., p. 36, 39. Pott, Etymoiogiache h'orschungfn. II, 46.

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