‹ Nouvelles lecons sur la science du langage cours professe a l'institution royale de la Grande Bretagne en l'annee 1863 (volume 2)Chapitre 23 sur 44 · I.KÇONS SUR LA SLIENCK I>E LA^r,A^,E · texte numérisé non relu

I.KÇONS SUR LA SLIENCK I>E LA^r,A^,E

nir une noie, il faut (jii’il soit arrêté par les cordes vocales; mais le /< peut se detinir essentiellement le bruit du souffle se précipitant au dehoi-s, sans que rien F arrête, des poiimons vers l’air extérieur. L’esprit dou.v, au contraire, peut devenir un son, parce que,

' — , l»ar exoiiiplt\ aine.

lorsque nous le prononçons, plus ou moins distinctement, le souffle éprouve un temps d’arrêt auprès des cordes vocales, et peut lé recevoir une tonalité.

Cette aspiration élémentaire, dans son double caractère iV esprit rude et A' esprit doua:, peut être modiliéedc huit manières difféi entes par l’interposition de certaines barrièies ou jmrtcïs que forment la langue, les parties dures ou les parties molles du palais, les

muette et que la voix ne [mis^o chauler ou fredonner, est la lettre h a.spirée. Si l'on essaye de prononcer le h très-haut, en y faisant mettre une note par les cordes vocales, la sonorité musicale n’est point simultanée à l'émission de h, mais elle la suit, et l'aspiration s'évanouit aussitôt que les cordes vocales chauffent en notes l'air expulsé. »

ikuisii!:mi:: lk*;uiN.

dents, el.Jes lèvres. Avant d’entrer dans l’examen de ces modifications, il sera utile de dire quelques mots sur la distinction générale que représentent ces mots rude (asper) et doux (lenis), distinction qui, comme nous le verrons, affecte chacune de ces aspirations.

La distinction qui, par rapport à l’aspiration ou à l’esprit élémentaire, est communément marquée au moyen des termes a.syje;’ et lenis, est la même que celle qui, pour les autres lettres, s’e.xprime par les termes de dures et de molles, de sourdes et de sonores , de ténues et de moyennes. D’un bout à l’autre de la série, c’est toujours le même caractère que désignent et représentent ces termes, et le phénomène qu’ils indi- (|uent se produit d’une manière identique. Les auteurs des Prùtisdkhyas savaient, ce qu’a confirmé le laryngoscope, que quand on prononce les lettres que l’on appelle suivant les dilférents systèmes de nomenclature auxquels on s’arrête, tantôt les ténues, tantôt les dures on sourdes, la glotte est ouverte, tandis qu’elle SC ferme pour les moyennes, molles, ou sonores. Dans la première catégorie de lettres, la vibration des cordes vocales est impossible; dans la seconde, ces cordes sont si rapprochées ([ue, bien qu’elles ne se mettent pas à vibrer périodiquement, elles commencent à résonner d’une manière sen.sible, ou, pour mieux dire, elles modifient le son. Quoique nous devions revenir plus loin sur la différence qui sépare k, t, p, de y, d, b, je puis citer dès à présent l’exposition que fait le professeur Helmhoitz des causes générales qui produisent celte distinction.

« La série des moyennes 6, d, y, » dit-il, « diffère de celle des ténues p, t, k, en ce que pour la première,

LEgUNS 8UK LA SCIEKCK DU LAKUAGU.

au moment où se produit la consonne, la glotte est assez rétrécie pour qu’il lui soit possible de résonner, ou fout au moins de produire le bruit de la tox linn- (Ipslinu ou chuchotement, tandis qu’elle est grande ouverte pour les ténues, et par suite incapable de résonner (I ).

« Les moyennes sont donc accompagnées par la note de la voyelle, et cette note peut même, quand ces consonnes commencent une syllabe, commencer un moment avant, et quand elles la terminent, continuer un moment après que la bouche s’est ouverte, ■ parce ([u’une certaine quantité d’air peut être chassée dans la cavité l’ermée de la bouche et entretenir le retentissement des cordes vocales dans le larynx.

<i Par suite de ce rétrécissement de la glotte, l’élan de l’air est plus modéré, le bruit de l’air est moins aigu que pour les ténues, qui sont prononcées avec la glotte toute grande ouverte, de telle sorte (ju’une grande masse d’air se préciiiite à la lois hors de la poitrine (2). »

Nous en revenons maintenant a e.xaminer les ditle-

■ i) Voyez l,r|isiu!i, Uic Iruhistlien Sprachluute, |i. los, I. I.

(2) Cette distinction est très-lueidement eviJosée par H. \ou Kauiner, Gesammelte Schriflen, p. Ht. Il appelle le> lettres dures Jlatx, soufllées, les lettres molles halatx, exhalées. Il observe que ces dernières, quoiqu’elles soient toujours sonores en anglais, ne présentent pas ee même earaetère dans les autres langues, et par suite il divise les consonnes exhalées, d’apres leur nature physiologique, en deux classes, les sonores et les non-sonorcs. Cette distinction , toutefois , risque de faire faire fausse route , et elle n’est d'aucune iniportanee pour qui veut noter par l’écriture les sons Q'uiie langue. Voyez aussi Incestigations into the laws of English orthugraphy and pronnneiatiun, by professer U. N. Tafel, New- VorL, 1882.

Digilized tDuQoogle

TROISIÈME LEÇON

rentes modifications que subissent les aspirations- dans leur double caractère de dures et de molles.

Si, au lieu de permettre au souffle de s’échapper librement des poumons aux lèvres, nous le refoulons par une barrière que la langue forme en se dressant contre l'uvula, nous avons le son du tel qu’on l’en-

Fig. 13.

'h (ch); par exemple, Loch (écossais), ’b (g); par exemple, (allemand).

tend dans l’allemand ach et dans l’écossais loch ({). Si, au contraire, nous arrêtons légèrement le souffle au moment où il va atteindre cette barrière, nous avons le son que l’on entend quand le y du mot allemand Tuye n’est pas prononcé comme une moyenne, mais comme une semi-voyelle.

On forme une seconde barrière en amenant la langue, plus contractée, vers le point où commence la partie dure du palais, un peu au-delà 'du point où se

(1) Le même son sc rencontre dans quelques-uns des dialectes Üavak de Bornéo. Voyez Surat Peminijxih Paya Sarawak, Keading Bouk for Land and Bill Dayak.s, in the Sentah dialect. Singapore, ISC2. Imprimé par la presse de la mission.

164 LEçoKs sL'il L\ suem:e du langage.

produit le k. En faisant franchir cet isthme à l'osprit rude, nous produisons le son ch tel qu’il s’entend dans les mots allemands China cl ich, son qu’un .\nglais a grande peine à reproduire quoiqu'il se rapproche du son initial de mots comme hume, huge ^1). Si nous ralentissons le soufile au moment où il atteint celte barrière, nous arrivons an son de l’y dans ye^r,

Kifr. U.

V (‘"h); p.ir exemple, ich (allemand'.

(y); par exemple, yacht, ymx.

son familier à toute oreille anglaise. Ce son est naturellement accompagné par un léger bourdonnement qui provient de l’obstacle interposé devant la glotte, cl il n’y a pas grande difiiculté l'i donner une intonation à l’y. Il n’y a rien qui prouve que la palatale aspirée du sanscrit Tg ait Jamais élé prononcée comme cAdan> rallemaïul China et dans ich. Très-probablement ce caractère représente le son sifflant qui peut être produit si, maintenant les organes dans la position qui

(1) ülis, Englüh P/tonelics, § 47.

TROISt^.ME LEÇON.

donne le eh allemand, nous rétrécissons le passage et rendons plus forte l’émission du souffle. C’est là toutefois une hypothèse, et non un fait prouvé.

Une troisième barrière, que l’on produit en avançant la langue vers les dents, change l'esprit rude en s,

Fig. {ô.

s; par exemple, ritque, tinge.

z; par exemple, ria^, hasard, zéte.

Il (*h); par exemple, sharp = ch français, chat, i; par exemple, azuré (anglais) (() = j français, yeu.

(i) Dans les désioeuces anglaises zier (.ÿrazier) et aura lazure).

l’esprit doux en z; le premier de ces sons est complètement sourd , le second est susceptible de recevoir une intonation. Ainsi nous avons t'isque, shige, d’une part; de l’autre rhée, hasard (ancienne orthographe : hazard).

On forme une quatrième barrière en ramenant la langue en arrière et en lui donnant une forme plus ou moins concave, plus ou moins retroussée, de telle sorte que nous pouvons aisément voir sa face inférieure s’opposer à la face postérieure des dents d’en haut, au point où elles confinent au palais. En comprimant l’air et en le forçant à sortir à travers cette

5 a le son du j français. Au fond ces deux lettres ne représentent, par des signes graphiques distincts, qu’un même son primitif. « Je crois pouvoir affirmer, dit Bopp (Grammaire comparée , I, p. oV de la traduction de M. Bréal), que X, tient partout la place d'un j primitif, comme on le voit clairement, en comparant, par exemple, la racine tuf au sanscrit yuÿ « unir » et au latin jun^. Dans les verbes en «Cw, je reconnais la classe sanscrite des verbes en ayd-mi , exemple : faft*;», en sanscrit dam-dyd-mi «je dompte », et en gothique tam-ja « j’apprivoise ». Dans les verbes en la, comme çp»!;», n;*», via, *(»'•*, i0.ila,xfila, je regarde le l avec la voyelle qui le suit comme le représentant de Ja syllabe ya, qui est la caractéristique de la quatrième classe de conjugaison en sanscrit. » Voir de nombreux exemples tels que : sanscrit yuÿdm, grec latin ^’uÿum (dont nous pouvons encore rapprocher l’<anglais yoke « joug ») dans Schleicher, Compendium der é'ergleichenden Grammatik der Indo-germanischen Spraehen, I. 20S et suiv., et dans Léo Meyer, f'ergleicliende Grammatik der griechitchen und lateinischen Sprarhe, I. 01. Le ; ne parait pas avoir eu d’autre valeur dans les mots tels que zinziberi, ziziphum, pour jinjiberi, jijiphum ; et les formes françaises gingembre, jujube, prouvent certainement l’affinité des deux sons. C’est encore ainsi que, le latin zelotus est devenu le français jaloux. On peut rapprocher de ces faits la tendance de presque tous les enfants , et des habitants de ei'rtaines localités, à substituer, par un zétacisme, le s auj, comme dans ze pour je. [Tr.j

TROISIÈME LEÇON

ospoce d’auge, nous avons la lettre sh telle qu’elle s’entend dans s/iarp (ou le ch français dansc/ia/), et s telle qu’elle s’entend dans fi/msure, ou le / du français jamais. Le premier de ces sons est muet, le second admet une intonation. La prononciation de la lettre linguale sanscrite sh exige une position très-difficile de la langue; il faut que sa surface inférieure frappe réellement la voûte du palais. Mais une position beaucoup plus simple et pins naturelle, celle qui a été décrite plus haut, produirait à peu près le même effet.

On obtient une cinquième barrière en amenant le bout de la langue à toucher de sa pointe le revers des dents d’en haut, ou, suivant d’autres, en le plaçant contre le bord des dents d’en haut, oij même entre le bord des dents d’en haut et celui des dents d’en bas. Si, alors, nous émettons l’esprit rude, nous obtenons le th anglais; si nous émettons l’esprit doux, le dh anglais; le premier de ces sons, tel que nous

ih (P); (Mr exemple, hrenth (BnRlais).

Jh î); par l'xeniple, lo AreolAe (anfflaisi.

.LEÇOKS Sl'R LA SCIENCE DD LANGAGE.

l’avons dans breath, est muet, le second, tel qn’il se présente dans to breathe, est susceptible d’intonation, et l’un et l’autre sont très-difticiles à prononcer pour un Allemand et un Français.

On obtient une sixième barrière en amenant la lèvre inférieure contre les dents d’en haut. Ainsi modifié l’esprit rude devient f, l’esprit doux r; ainsi vif ei vive, sauf et samie.

Kig. 18 .

f; par exemple, »a«/.

v; par exemple, rire.

On peut obtenir une septième barrière en rapprochant les deux lèvres. Le sou que produirait alors l’esprit rude ressemblerait fort à celui que l’on fait entendre quand on souffle une chandelle ; ce n’est pas un son qu’affectionnent les langues des peuples civilisés, Le son que donne l’esprit doux, avec les lèvres ainsi rapprochées, est au contraire très-commun dans ces mêmes langues ; c’est le iv allemand tel qu'il s’entend dans Quelle , c’est-à-dire Kwelle , parfois

' TROISIÈME LEÇON. {69

aussi, en certaines contrées de l’Allemagne, dans le mot Wind, etc.

On forme une huitième barrière en contractant et en arrondissant légèrement les lèvres, au lieu de les rapprocher à plat l’une de l’autre. Ici l’esprit rude prend le son qu’a wh dans wheel, which; tandis (jue l’esprit doux est le double u ordinaire de l’anglais, tel qu’on l’entend dans iveai.

Kig. 19.

(wh); par exempin, which.

V ; par exemple, loe (comme le français oui).

Nous avons ainsi examiné huit modifications de l’esprit rude et de l’esprit doux, produites par le souffle, suivant qu’on le précipite vivement au dehors, ou que l’on interpose des obstacles sur sa route, et qu’on rétrécit la bouche de telle ou telle manière, en créant des défilés sur tel ou tel point du, passage. Considérant l’extrême souplesse des muscles de la langue et de la bouche, nous pouvons aisément imaginer d'autres manières possibles de resserrer le souffle sur tel ou tel point du chemin qu’il suit; mais, si on fait

r.EÇONs srii la science r>u lanc.ac.e.

abstraction de quelques lettres qui sont particulières aux idiomes sémitiques et africains, on recoiiuaitra que ces huit modifications de l’aspiration nous suffisent dans la pratique et pour nos besoins ordinaires.

Ces sons gutturaux de l’arabe, qui ont un caractère si particulier, et qui ont donné lieu <à tant de discussions, ont été enfin définis scientifiquement par le professeur Czermak. En examinant un Arabe au moyen du laryngoscope, il réussit à surprendre le secret de la formation à\i Hha o\ du Ai» qui constituent, dans les langues sémitiques, une classe à part d’aspirations gutturales. Voici l’explication qu’il en donne. Si la glotte est rétrécie et que les cordes vocales soient rapprochées, non pourtant jusqu’à être amenées à prendre la position de lignes droites et parallèles, mais en formant, dans leur partie médiane, une échancrure appréciable, tandis qu’en même temps l’épiglotte est abaissée, alors le souffle, en passant, prend le caractère du Hha (j^) de l’arabe, avec la différence qui le sépare de h, l’esprit rude, le t de l’arabe.

Si ce Ilha devient sonore , il se change en Ain. Si nous prenons comme point de départ la configuration des organes telle qu’elle a été décrite pour Hha, voici la modification qui conduit au son de Y Ain : il suffit que les bords ou les lignes extérieures des fentes qui pour le Hha sont restées ouvertes soient complètement rapprochés, de manière à ce que le courant d’air qui vient les frapper détermine une vibration dans la fissura laryngea, et non, comme pour les autres lettres sonores, dans la vraie glotte. Ces observations de Czermak, témoin oculaire (1), s’accordent avec les descrip-

(1) SUiungtherMIe der Mathematitcli-Nnturmisitfnse.haftUchen

Di

Giiogle

TROISIÈME LEÇON

ni

lions phonétiques données par les grammairiens arabes, et particulièrement avec la théorie de Wallin. Si la vibration dans la fissura luryngen présente moins de régularité, le sou prend le caractère d’un r roulé, le profond r guttural des bas Saxons. Quant aux lettres arabes ^ et je dois continuer à les considérer comme étant, à très-peu de chose près , les équivalents du ch dans Loch et de h dans le mot allemand Tagp , quoique la prononciation du ^ se rapproche parfois de celle d’une trille, comme le r grasseyé.

Trilles.

A cette clas.se de lettres, nous devons en ajouter deux que l’on appelle communément h'illes , r et /. Toutes deux sont susceptibles d’intonation ou sonores ; autrement dit , ce sont des modifications de l’esprit doux; mais elles diffèrent des autres modifications de l’esprit doux par le rôle qu’y jouent , en se mettant à vibrer, certaines portions de la bouche. Il m’est impossible d’indiquer également bien , par la prononciation, les différentes espèces de r; il vaut donc mieux emprunter la description qu’en fait un des hommes qui ont, en pareille matière, la plus haute autorité, M. Ellis (1). a Dans les trilles^ » écrit-il.

Classe der Kaiserlichen Akariemie der ff'issensckaften, vol. .\.\1X, p. 57(i et siiiv. I.c professeur l.epsius ( Die Arahischen Sprachtoute] n’a que partiellement adopté les vues de Brürkc et do (Izormak sur re qu'ils appellent \es Gutturales reræ en arahe. Voyez aussi la Kurieuse eontroverso entre le professi-ur Brücke et le professeur l.epsius, dans le 12* volume de \a. Zeitschrift fur rergteichende Sprach/orschung.

(I) Unirersal stTiting and painting, byA. J. Ellis, B. A., tS.te, p. 5.

LtX^O.NS SUR LA SCIKNCE DU LANGAGE.

« le souffle est émis avec assez de force pour faire vibrer non-seulement une membrane, mais quelque partie molle plus considérable, comme la luette, la langue, ou les lèvres. Dans l’arabe (jrh {fjriutin), (jui é(|iiivaut au Inm (biirgrh, Hâgrhiut pour Harriut) du dialecte du Nortliumberlaud, et au r grasseyé des Provençaux (qui, au lieu de « Paris, c’est la France, » disent: « Paghri, c’est la Fgrhance »), la luette est appliquée sur la partie postérieure de la langue, dans la direction des dents, et vibre très-distinctement. Si la langue est levée davantage et si la vibration est confuse ou très-légère, on a comme résultat le r de l’anglais, dans wwc, tandis qu'une élé-

vation encore plus marquée de la langue produit le /•, tel qu’on l’entend après les voyelles palatales, dans henr, mere, firc. t^es trilles sont si rapprochées des voyelles qu elles forment des syllabes distinctes, ainsi .'«/r/, xerf, fvr, fir, virtiie, hnnoiir, et il est difficile de les séparer des voyelles. Par suite, quand une voyelle gutturale les précède , l’effet du r est à peine perceptible. C’est ainsi (jue l’on peut à peine distinguer lainl et lord, futhor et furthcr.

Le professeur Helmhoitz décrit comme il suit les lettres r et /. « Pendant (jue l’on prononce r, le courant est pres(|ue périodiquement interrompu par le tremblement de la partie molle du palais ou de la pointe de la langue, et nous obtenons alors un bruit intermitleiu, ( ont la vibration particulière est produite par ces interruptions mêmes. Quand on prononce la lettre l, les bords latéraux de la langue, mous et iiiubiles, produisent, non pas de complètes interruptions.

» IKOISIÈMK

mais des oscillations du courant qui en font varier la force » (1).

Si ce sont les lèvres qui essayent la trille, on a comme résultat brh, son que les enfants aiment à faire entendre, mais qui, comme l’aspiration qui y correspond, ne joue guère de rôle dans le langage. Si on place la langue contre les dents, et que l'on fasse vibrer les deu.\ bords latéraux de la langue, ou même un seul de ces bords, on entend le son de la lettre /. Cette lettre, aussi bien que le r , admettent aisément l’intonation.

Nous avons ainsi épuisé une catégorie de lettres qui ont toutes ce caractère commun, qu’elles peuvent être prononcées seules, et que l’on peut en prolonger le son tant que dure l’émission de voix. Chez les grammairiens grecs, elles sont toutes réunies sous le nom de Hêmiphona ou semi-voyelles , tandis que les grammairiens sanscrits indiquent comme leur qualité spécifique que , lors(|u’on les prononce , les deux organes, l’actif et le passif, qui concourent nécessairement à la production de tous les bruits consonantaux, ne se touchent pas, mais se rapprochent seulement (2).

Arrêts ou muet tes.

Nous sommes arrivés maintenant à la troisième et dernière catégorie de lettres, qui se distinguent de tou-

(1) L. c., p. ne.

(2) l'ànini, i, 1, 9, dit que ij, r, /, r sont prononcés avec ishalsprishtam, un léger contact ; 4 ', sh, s, h avec vivritani, une ouverture, ou îshadvivritam, une légère ouverture, ou asprishtam, sans contact.

174 LKÇONS SUH LA SCIENCE DU LANGAGE.

tes les autres par ceci, que pour un instant elles arrêtent complètement l’émission du souffle. Les Grecs les appellent a/>Aôna, muettes, parce qu’elles arrêtent la voix, ou, ce qui revient au même, parce qu’elles ne sont pas susceptibles d’intonation. Elles diffèrent toutefois des sifRements ou des aspirations rudes, qui résistent aussi à toute intonation. Tandis, en effet, que les sifflements sont des émissions de souffle, les muettes, en sont la suppression momentanée. Elles sont formées, comme disent les grammairiens sanscrits, par le contact complet des oi^anes actifs et passifs. Elles n’exigeront que de très-courtes explications. Si nous portons la racine de la langue contre la partie molle du palais, nous entendons le bruit de la consonne k. Si nous portons la

Kig. 2Ü.

langue contre les dents, nous entendons le bruit de la consonne t. Si nous portons la lèvre inférieure contre la lèvre supérieure, notis entendons le bruit de la con-

TROISIÈME LEÇON

Kig. 21.

soimc p. Voici quelle est la différence réelle entre ces trois articulations : pour le p, c’est une surface plane

fig. 22. •

qui en frappe une autre , pour le t, une pointe qui frappe une surface plane; pour le h, c’est une surface ronde qui en frappe une concave. Ces trois contacts

l,KI.;o>S SLK L* SLIENCK DU LA.NilAliK.

!7tt

principaux peuvent être modifiés presque indétinimenl, et cela, dans certains cas, sans changer d’une manière sensible l’articulation. Si nous prononçons X'm, kn, ki, le point de contact entre la langue et le palais avance considérablement sans exercer une grande influence sur le caractère de la consonne initiale. On peut faire la même remarque pour le contact qui donne naissance au /{!). Lii le point essentiel est que la langue frappe contre le mur formé par les dents. Mais ce contact peut s’effectuer de dilféientes manières :

1. En aplatissant la langue pour en amener le bord contre le bord alvéolaire antérieur du palais ;

2. En donnant à la langue une courbure convexe, jusqu’à en amener la surface inférieure contre la voûte palatine (c’est ainsi qu’on obtient les lettres linguales ou cacuminales du sanscrit) (2);

3. En donnant à la langue une courbure convexe, puis en en portant la surface supérieure contre le palais , tandis que la pointe vient s’appuyer contre les dents d’en bas (le / doisal du bohémien) ;

4. En ouvrant légèrement les dents, puis en bouchant l’ouverture au moyen de la langue qui s’arrondit, ou qui vient s’appliquer contre les dents.

La plupart des langues n’ont qu’un t, le premier nu le quatrième; queb[ues-unes en ont deux, mais nous trouvons rarement, dans un même dialecte, plus de

(1) Hrücke, p. 3S.

(•2) Cf sont ci-s IkUivs que l’on a d ahord appclcos ceVeôro/i»*, par ntic mauvaise traduction du mot mûrddhanya, dcuomination qu’ont répétée par inattention beaucoup d’indianistes, et que d'autres s’obstinent à conserver, sous prétexte que le terme est trop absurde pour pouvoir causer une méprise réelle. Brücke, p. 37.

Diai.lized by G

IHülSIEMi: LEgU.N.

deux espèces de deiilaies distinguées par la prononciation.

8i nous pla^'ons la langue dans une position intermédiaire entre le contact dental et le contact guttural, nous pouvons produire le son de diiïéreules consonnes auxquelles s’applique le nom général de palatales. Le claquement que l'on peut produire en lançant la langue, de la position où se forment ich et yea, contre le palais , montre la possibilité d’un contact consonantal simple et d’une nature déterminée, analogue aux deux aspirations palatales. Ce contact , toutefois , est sujet à bien des modifications, et il oscille, suivant les dialectes, entre ky et tsh. La manière la plus naturelle (l’obtenir le son de ch (c’est-à-dire tsh) dans church, dans l’italien cielo, est de placer la langue et les dents dans la position décrite plus haut pour la formation du sh dans sharp , puis d’arrêter le souiTle par un contact complet entre la langue et le dos des dents. Quelques physiologistes, et parmi eux Brücke (1), soutiennent que le ch, en anglais, et le c, en italien, se composent de deux lettres, un / suivi d’un «A, et qu’il ne devrait pas être classé parmi les lettres simples. Cette assertion contient une certaine somme de vérité, laquelle, pourtant, a été très-exagérée, faute d’une observation a£sez attentive. On peut dire que le ch anglais se C((mpose de la moitié de t et de la moitié de sh; mais ces deux demi-lettres ne donnent, comme total, qu’une consonne complète. Il y a comme un effort des organes pour prononcer le t, mais cet effort est contra-

(I) Brücke, p. U3. Il tient, toutefois, à distinguer ces consonnes concrètes de groupes de consonnes, tels que (, i|i.

ri(^ ou modifié avant de pouvoir aboutir (1). Si les grammairiens sanscrits ont appelé diphthongues les voyelles ê et 6, parce qu’elles réunissent les caractères, l’une de \'a et de \'i, l’autre de l’a et de I’m, noBs pourrions appeler le ch sanscrit une consonnediphthongue, quoique ce terme même risquât de conduire à la fausse supposition qu’il y a là une double lettre, ce qui n’est réellement point le cas. Que l’articulation palatale peut être simple , c’est ce que l’on voit clairement dans les langues où , comme dans le sanscrit ancien et moderne, ch laisse brève une voyelle brève qui le précède, tandis que cette voyelle serait allongée par une consonne double.

Peu d’indianistes familiers avec les PrâtUdkhyas, ouvrages où est décrite la formation des lettres, se hasarderaient à exprimer une opinion arrêtée sur la prononciation qu’ont pu avoir au juste, à telle ou telle époque de l’histoire de l’ancien sanscrit , les lettres dites palatales. Ces lettres ont pu être prononcées comme elles le sont maintenant , comme des consonnes-diphthongues; elles peuvent n’avoir pas plus différé des gutturales que k dans kaw ne diffère de k dans key; elles peuvent encore avoir été formées en élevant la partie convexe de la langue de manière à ce qu’elle s’aplatisse contre le palais, la partie postérieure de la langue étant dans la position du k, et la partie antérieure dans celle de Vy. Le k, tel qu’on l’entend quelquefois en anglais, dans kind, card, cube, cow, qui ont à peu près le son de kyind, kyard, kyube, kyow, peut nous donner une idée du passage de k à ky, et linale-

{{) Da Bois-Reymond, Kadmut, p. 213.

IHUISIKME LKÇUN.

meut au ch de l'anglais, clmngeiueut analogue à celui i|ui du / fait ch, comme dans natura, nature (où tu se prononce tsheu), ou du d fait un j, comme dans xnldiei , qui se prononce soljer, diurnnie qui se change en jmtnud. Dans les dialectes du nord du Jutland on entend distinctement un / après le h et le q toutes les fois que ces consonnes sont suivies de ce, e, n, n; ainsi , par exemph; . on prononce kjtec , hjar, fljekk , kjerk, skjell, an lieu de kcer, kar, etc. (I). Quoi qu’il en soit, nous devons admettre, dans le sanscrit et dans d’autres langues, une classe de palatales, qui sont des modifications, tantôt des gutturales, tantôt des dentales; nous devons admettre que la prononciation de ces lettres a varié, non-seulement à dilférentes époques de l’iiistoire d’une même langue, mais aussi dans les différentes localités où cette langue était parlée; que cependant ces lettres avaient un caractère assez marqué, assez bien défini pour mériter d’avoir une place à part et de comprendre, comme nous le verrons, le même nombre de subdivisions que les gutturales, les dentales et les labiab's.

On ne s’aperçoit pas toujours que ces trois consonnes k, t, p, et leui’s modifications, représentent en réalité deux effets tout à fait différents. Si nous prononçons la svllabe ka, l’effet produit sur l'oreille est très-différent de celui que donne la syllabe ak. Dans le premier cas, le bruit consonantal est produit par le mouvement de la langue et du palais qui ouvrent tout d’un coup le passage; dans le second, par les mêmes

( 1 ) Voyez Kuhn's Zeitschrift, XII, 147.

LKço.NS sin 1.4 .sc.iK.Nr.K ne ia.m. \ ot.

organes qui le ferment. Ceci se sent encore mieux dans pa et Hans np. .Avec pa, vous entendez le bruit de deux portes qui s’ouvrent, avec ap de deux portes qui se ferment. Dans empire vous n’entendez que la moi lié d’un p; c’est avec m que la bouche se ferme, et le p n’est rien que le mouvement des lèvres qui se séparent. Dans le mot anglais toprnost « supérieur » , on n'entend non plus que la moitié d’un p; la bouche se ferme sur/j, et ne s’ouvre que pour prononcer m. La même observation s’applique à chacun des deux p de appui, appoint , etc. C’est à ce titre que les lettres muettes ont été quelquefois appelées dividmr, ou divisibles, par opposition à la première catégorie des lettres, pour laquelle n’existe pas la différence que nous venons de signaler; en effet, que je dise sa ou as, le son du .« est le même.

Arrêts mous, ou Moijviiucs.

ÎSous aurions maintenant terminé notre revue de ral|)habet naturel, n’était que les arrêts consonantau.x k, t, p, sont sujets à certaines modifications, (|tii, ayant une grande intluence sur la formation du langage, méritent d’être considérées avec soin. Comment k se change-t-il en y et ntj, t en d et n, p en b et m ? On appelle A une moyenne, une lettre molle, une sonore, par opposition à p, que l’on appelle une ténue, une lettre forte, une sourd(>. Mais que signifient ces termes? Le nom de ténue, nous l’avons vu, a été donné par les Grecs à certaines lettres afin de marquer le coutra.ste qu’ils apercevaient entre ces lettres et les aspirées; l’idée que les grammairiens voulaient expri-

TRÜISIÈMIC LëÇO.V.

mer était que les aspirées ont un son rude et âpre (1). tandis que les ténues sont fluettes, grêles, ou minces. Ceci ne nous aide pas beaucoup. « Molle » et « forte » sont des termes qui sans doute traduisent la différence sensible qu’il y a entre b et p, mais ils n’expliquent pas la cause de cette différence. « Sourde » et «s4)nore» sont des dénominations qui peuvent tromper, car/? et b étant l’un et l’autre classés parmi les muettes, il est difficile de voir comment une lettre muette peut être .sonore. Quelques personnes ouf été si entièrement trompées par ce terme de sonores, qu’elles se sont imaginé que toutes les lettres dites sonores étaient nécessairement produites par des vibrations toniques des cordes vocales ( 2 ). Ceci est physiquement impossible; car, si nous essayions réellement de donner une intonation à p ou à b, ou bien nous détruirions le p et le b, ou bien notre effort pour produire un son musical n’aurait d’autre effet que de nous causer une suffocation. Sous le rapport de l’intonation, p et b sont également aphones ou muets. Mais voici à quel égard b diffère de p : quand il s’agil de prononcer b, le souffle est, pendant un instant, arrêté par la glotte, exactement comme il l’est quand on prononce V au lieu de f. Quelle est donc la différence entre le w de l’allemand et le bl C’est tout simplement que, pour la première de ces deux lettres, aucun contact n’a lieu, et par suite que le coure du souffle n’est pas interrompu un seul instant, qu’il n’y a pas de silence, tandis que la muette b exige le contact, un

I ) Brücktf, p. yo. Tû nxùuA-n m'/JM. Dion. Italie. K. vuii Rauiiier, Die Aspira! ion. p. 10.1.

(2) fiinkc, p. ÜS.'i. Brücki-, Crurntzilye, p. 7, 8H.

LEÇONS Sl’R U SCIENCE IIU LANliAOE.

contact complet, et par suite amène une pause, toute courte que puisse paraître cette pause, de sorte que nous entendons clairement le souffle tout le temps qu’il lutte contre les lèvres qui se ferment sur lui. Nous pouvons maintenant comprendre pourquoi les termes de douce et de forte, appliqués à b et à p, ne sont en aucune façon aussi inexacts qu’on l’a quelquefois supposé. Czermak, en faisant l’expérience que nous avons décrite plus haut, reconnut que les consonnes fortes {muettes ténues) chassaient le souffle bien plus violemment que les consonnes molles (muettes moyennes) (1). L’élan normal du souffle est certainement arrêté, tempéré, adouci, quand nous prononçons b; il ne vient pas frapper en droite ligne contre la barrière des lèvres; il hésite, pour ainsi dire, et, tandis qu’il s’avance lentement vers l’issue, il semble qu’il ait de la peine à franchir la glotte et à s’en détacher, (’.’est à ce léger son, causé non par aucune vibration rhythmique, mais seulement par un certain rétrécissement des cordes, que font allusion les quelques grammairiens qui appellent sonores ces con.sonnes muettes; cette dénomination ne peut avoir d’autre sens. Physiologiquement, la seule différence appréciable entre p et b, t et d, k et g, est que dans la première série de muettes la glotte est grande ouverte, tandis que dans la seconde elle est rétrécie, mais pas assez pour produire des sons musicaux.

Arrêts nasnur.

En dernier lieu, g, d, b, peuvent être modifiés en ng, n, m. Pour ces trois nasales le contact est complet,

TROISIÈME LEÇON

mais le souffle est arrêté, non pas brusquement, comme pour les ténues, mais de la même manière que

FiR. 23.

pour les moyennes. En même temps le souffle passe, non pas à travers la bouche, mais à travers le nez. 11

Fig. 24.

n’est pas nécessaire que le souffle soit chassé à travers le nez, aussi longtemps qu’est soulevé le voile qui sépare le nez du pharynx. De l'eau injectée dans le nez, tandis qn’on est en train de prononcer « et m, se pré-

Kig. 2S.

cipite immédiatement dans la trachée-artère (i). Là où la maladie a rendu impossible ce mouvement du voile du palais, — Czermak a eu l'occasion d’observer un cas de cette nature (2), — les nasales pures ne peuvent être produites (3).

La nasale dite mouillée ou adoucie, et toutes les au-

(!) Czermak, H'iener Akademie, XXIV, p. 9.

(î) Funke, p. 681. Czermak, H'iener Akademie, XXIX, p. 173.

(3) Le professeur Helmhoitz fait sur m et n les remarques suivantes : « tn et n, par leur formation, ressemblent aux voyelles, en ce que ces deux lettres ne causent aucun bruit dans le tube buccal. Le tube buccal est fermé, et la voix s’échappe à travers le nez. La bouche forme seulement une caviu- sonore, i|ui modirie le son. Si, d'en bas, nous écoutons des gens qui gravissent une colline et qui causent entre eux, ce sont les nasales m et a que nous entendons le plus longtemps. »

IRUISIÈME LEÇUN.

1res consonnes mouillées, sont produites par l’addition d’un y final, et ne" doivent point être classées parmi les lettres simples.

Arrêts aspirés.

Pour la plupart des langues, les lettres décrites jusqu’ici suffiraient amplement ; mais dans les types du langage qui ont atteint l’organisation la plus riche et la plus développée ont été introduites et exprimées par des caractères spéciaux des distinctions nouvelles qui méritent quelque explication. Au lieu de prononcer une ténue comme elle devrait être prononcée, en coupant vivement et d’un seul coup le courant d’air qui sort du larynx, il est possible de retenir et de ramasser le souffle pour lui laisser faire une sorte d’explosion qui frappe l’oreille aussitôt que cesse le contact qui a donné naissance a la consonne. C’est de cette manière que nous formons les aspirées dures ou sourdes que nous trouvons dans le sanscrit et dans le grec, kh, th, ph.

Si, au contraire, nous prononçons g, d, h, et que nous permettions à l’esprit doux de se faire entendre aussitôt que cesse le contact, nous avons les aspirées ' molles, qui se rencontrent très-souvent dans le sanscrit, gh, dh, bh.

On a longuement discuté sur ces aspirées dures et molles. La question était de savoir si leur premier élément était vraiment un contact consonantal complet, ou si le contact était incomplet, et si les lettres que les organes voulaient produire n’étaient en réalité que l’esprit doux et l’esprit rude. Comme il n’y a plus moyen pour nous d’entendre les antiques Brahmanes

OU les anciens Grecs prononcer leurs aspirées dures, et comme il est certain que la prononciation, dans tous les pays et dans toutes les langues, change sans cesse, nous ne pouvons espérer tirer grand secours ni des Pandits ni des Grecs d’aujourd’hui. Les Brahmanes nos contemporains prononcent, dit-on, leur kh, leur th, et leur ph comme des ténues complètes, suivies de l’esprit rude. Ce qui approche le plus, nous assure-t-on, de leur kh, c’est le anglais dans et pourtant l’analogie ne peut être qu’incomplète, la ténue tinissant ici une syllabe, tandis que l’aspirée en commence une autre. On a cité aussi la prononciation irlandaise de kind, tovon, pig, comme se l'approchant à certains égards de celle des aspirées dures du sanscrit. Dans les langues modernes de l’Inde où les lettres sanscrites sont transcrites en caractères persans, nous trouvons actuellement le kh représenté par deux lettres, k et h, jointes l’une à l’autre. Les Grecs modernes, au contraire, prononcent leurs trois aspirées comme des esprits , comme h, th, /'. Les deux seuls points qu’il soit important d’éclaircir sont, à ce qu’il me semble, de savoir d’abord si ces aspirées, en grec ' et en sanscrit, étaient formées avec ou sans un contact complet, et, en second lieu , si elles étaient classées parmi les sourdes ou parmi les sonores. Les grammairiens sanscrits ne nous laissent, autant que j’eu puis juger, aucun doute ni sur l’un ni sur l’autre de ces points. Les aspirées dures sont formées par un contact complet (sprishto), et elles appartiennent à cette classe de lettres pour lesquelles la glotte doit être complètement ouverte, c’est-à-dire à la catégorie des consonnes sourdes ou fortes. Ces deux points établis

TROISIÈME LEÇON

mettent fin à toute spéculation sur ce sujet. Quel était au juste le son de ces lettres, c’est ce qu’il est dit’Iicile de déterminer, parce que les anciennes autorités varient dans leurs descriptions, mais il n’y a aucune incertitude quant à leur caractère physiologique. Klles étaient prononcées, disent les textes, avec une forte expiration (mahàprànah) ; mais, ce trait leur étant commnn avec les aspirées molles et les esprits rudes, ne peut pas constituer leur caractère dominant. Leur nom technique « sohsman », c’est-à-dire « avec du vent », peut admettre deux explications. « Vent » peut être pris dans le sens général de souille, ou bien, — et c’est là l’explication la plus correcte, — dans le sens que ce terme a dans la grammaire sanscrite, où il désigne les huit lettres que l’on appelle « les vents » , h, s, sh, s, l’aspiration de la racine de la langue (Jihvàmùliya), l’aspiration labiale (Upadhmànlya), l’aspiration neutre (Visarga), et la nasale neutre (Anousvàra). Ainsi quelques anciens grammairiens affirment que les aspirées dures sont les lettres fortes, k, t, p, avec les vents correspondants ou homorganiques (1); c’est-à-dire que kh égale k plus l’aspiration de la racine de la langue, th = t + s, ph = p -+- l’aspiration labiale. Au contraire, les aspirées molles, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, seraient produites par l’union des lettres molles g, d, b, avec l’esprit doux h. Il est tout à fait clair que la lettre ’h du sanscrit, qui n’est pas l’esprit rude, quoique par erreur on l’ait confondue constamment avec cet esprit, niais qui est une lettre sonore, n’a pu d’aucune ma-

(1) Survey of Languages, p. XXXII. Sàkala-pràlisàlüiya, XIII, <8.

LEÇONS SLR LA SCIENCE UU I.AMiAGE.

nière former le second élément des aspirées dures, fies lettres ont été formées, comme nous l'avons expliqué , au moyen du contact fort et entier, suivi par l’aspiration dure de chaque organe. Les objections que d’autres grammairiens .soulèvent contre cette manière de voir ne portent pas sur les faits, mais seulement sur leur explication. Regardant toutes les lettri's comme éternelles, ils ne peuvent en admettre le caractère composite, et par suite ils ne regardent et ne représentent pas l’aspiration comme un élément additionnel, mais comme une (|iialité extérieure, et ils prescrivent pour ces lettres une prononciation plus rapide, afin d’empêcher qu’il y ait entre elles et les autres consonnes aucune difl'érence. Dans les autres lettres on peut regarder comme les trois éléments constitutifs l’endroit où naît le son , le contact plus ou moins complet, le degré d’ouverture ou de fermeture de la glotte; pour les aspirées, il convient d’ajouter un quatrième élément, le souffle ou l’aspiration. Les aspirées dures du sanscrit ne peuvent être considérées que comme les fortes k, t, p, modifiées par l’esprit rude, qui les suit immédiatement, et qui prend, suivant quelques auteui*s, le caractère des aspirations gutturale, dentale et labiale.

'Quant aux aspirées grecques, nous savons qu’elles appartenaient aux aphôna, c’est-à-dire qu’elles étaient formées par le contact complet. Elles n'étaient pas ^ originairement hêmiphôna ou de simples aspirations, quoiqu’elles le soient devenues plus tard. Qu’elles étaient fortes, ou prononcées avec la glotte ouverte, c’est ce que nous pouvons inférer de leur notation primitive, telle que 011; et des formes où parait le

rnoisiKME i,i'U;o.N.

roduuliltMiiciil, li-thê-mi , ki‘-ch>j-kü , iir-fihy-ku (I

Il est plus (lifTicile de déterminer la nature réelle des aspirées molles du sanscrit, gh, dh, bh. D’après certains grammairiens , elles seraient produites par l’union de g, d, b, avec 'h, qui est eu sanscrit une lettre sonore , un esprit doux , mais légèrement modilié(2 j. Les mêmes grammairiens, toutefois, soutiennent que ces lettres ue sont pas formées entièrement avec la glotte fermée, ou comme des lettres sonores, mais que ces lettres et le h exigent que la glotte n soit à la fois ouverte et fermée » . Le sens de cette formule est assez obscur. Une lettre peut être ou sourde ou sonore, mais il est difficile qu’elle ait en même temps ces deux caractères, et le fait que non-seulement les quatre aspirées molles , mais encore le simple , étaient considérés comme des sourdes-sonores semblerait indi(|uer que c’étaient plutôt des sons intermédiaires que des sons composés. Une chose est certaine, à savoir, que ni les dures aspirées ni les molles aspirées n’étaient primitivement de simples aspirations. Les unes et les autres supposent un contact complet , et diffèrent à ce titre des aspirations dures et molles qui prennent quelquefois leur place dans des langues apparentées au sanscrit.

.Nous avons ainsi terminé notre revue, (|ue j’ai ren- «lue aussi générale que possible; je me suis abstenu d’insister sur aucune de ces lettres moins organiques qui sont particulières à tel ou tel idiome, à tel ou tel

(1) Rauiner, Ispiration, ‘JH. Curlius, Griech. Etym., Il, p. H.

(2) Si l’alphabet sanscrit n'était pas d’une date relativement récente, le fait que le rf/i ou //i védique est représenté par une cumbinaisun de / et de h pourrait être cilé à l’appui de celte théorie (^ = 37^).

lyo LKÇONS SLH LA SCIENCE DC LANGAC.K.

dialecte — ou même à la proiioncialion de chaque individu. C’est l’atlenlion excessive accordée à ces lettres plus ou moins spéciales, plus ou moins exceptionnelles, qui a rendu si compliqués, si inintelligibles la plupart des ouvrages sur la Phonétique. Si nous nous sommes rendu un compte exact . si nous nous sommes fait une idée claire des conditions normales des organes de la parole et de la manière dont ils produisent les voyelles et les consonnes, il nous sera aisé de distribuer les sons de tout nouveau langage que nous aurons à étudier dans les catégories établies sur une large et solide base. Faire ce ti-avail, répartir dans les compartiments qu’a tracés la recherche physiologi(|iie les sons d’un langage donné, c’est l’office du grammairien et non plus du physiologiste. Mais, même dans ces éludes spéciales, il faut se garder de distinctions trop raffinées. Il est aisé d’apercevoir quelques nuances entre les lettres k, /, p, suivant qu’elles sont prononcées par un Anglais pu par un Allemand; chacune de ces langues n’a pourtant qu’une série de ténues; et (juiconque s’obstinerait à vouloir classer comme différentes les lettres fortes de l’anglais et celles de l’allemand , à vouloir les représenter par des signes graphiques différents, ne réussirait qu’à produire une regrettable confusion. Les nations sémitiques ont des sonslqui font défaut dans les langues indo-européennes, — àlBsi les sorti» que Brücke a bien décrits comme gutturales liera' , les gutturales vraies; car les lettres que nous appelons communément gutturales, k et y, n’ont rien à faire avec la gorge, mais sont produites par la racine de la langue et la partie molle du palais. Mais le caractère de ces gutturales vraies, s’il est décrit d’une

IKOISIKME LKÇOn.

manière exacte, comme il l’a été par Czermak, sera aisément saisi par le linguiste qui étudie l’hébreu ou l’arabe, pourvu (ju’il ail acquis uue notion claire de ce qu’on a heureusement appelé l' Alphuhel dr la Nafmr. Pour nous résumer, nous devons distinguer trois choses:

I” Ce dont les lettres sont formées ;

2° La manière dont elles sont formées;

11° L’endroit où elles sont formées.

Page 1