II. TH, grec 6, sanscrit dh; latin f
D, gothique d; latin d, b; celtique d; slave d.
T, ancien haut-allemand t.
2° L’anglais dcer « bête fauve » , anglo-saxon deor.
(1) LoUncr, Zeitsc/iri/ï,\’\\, 167.
(2) Grimin, Deutsche Gramm., 1,244.
(3) Curtius, Ortechische Etymologie, I, 222.
LECOKS SUH LA SCIEKCE DU LANGAGE.
gothique dius, répond au grec Üiér ou phér, <( bête sauvage » , latin fera, ancien haut-allemand tior.
L’anglais to dure « oser » , est le gothique ijadaursan, grec tharsein ou t/iarrein, sanscrit dhrish, ancien slave drizati, ancien haut-allemand tarrun. Le Thersile d’Homère vient peut-être de la môme racine, pour signifier le « hardi». Le grec thrasys «hardi» est le
lithuanien drasm.
L’anglais doom, qui désigne souvent le sort, la destinée, signifie originairement «jugement » , de là final doom «le dernier jugement». De même en gothique, jugement, sentence se dit dom-s. En supposant que ce mot existe en grec, il y doit être dérivé d’une racine dhà ou thê [tithëmi), qui signifie « placer, établir» , et dont nous avons au moins un dérivé avec un sens strictement légal, savoir, thêmis « loi, ce qui est établi », puis « la déesse de la justice ».
lit. PII, grec 9; sanscrit bh; latin f.
■ B, gothique b; latin b; celtique et slave b. '
P, ancien liaut-allemaïul j>,
3° L’anglais am «suis» , se dit en anglo-saxon bcom et com. Eom vient de la racine as, et il est mis pour eo[r)m, ancien norrois ë{r)m, gothique i{s)m, sanscrit asmi.Beom est l’ancien haut-allemand jn-m, allemand moderne bin, sanscrit bhavâmi, grec phûô, latin fit dans fui.
L’anglais becch « hêtre » est le gothique bôka, latin fayus, ancien haut-allemand puocha. Le grec phëgôs, qui est identiquement le même mot, ne signifie pas «hêtre», mais «chêne». Le changement de signification a-t-il été accidentel, ou bien s’est-il trouvé
CliNOUlfeME LEÇON.
des circonstances qui peuvent l’expliquer? Ce phëçôs a-t-il été dans l’origine le nom du chêne, signifiant (1 l’arbre qui nourrit », de phagein « manger»? El le nom qui originairement appartenait au chêne (le querats escidus) a-t-il été transféré au hêtre, après que l’iige de pierre avec ses pins, et Tstge de bronze avec ses chênes, eurent passé (I), et que l’âge de fer et des hêtres eut commencé à poindre sur les rivages de l’Europe? J'hésite à avoir la hardiesse de répondre Oui,** et pourtant nous rencontrerons d’autres mots et d’autres changements de signification qui suggèrent des idées du même ordre, et qui encouragent le linguiste à considérer ces mots comme des témoins qui attestent d’une manière plus frappante que les instruments en silex ou que les « jets » de bronze, la présence en Europe de la vie humaine et du langage aryen, avant le commencement de l’histoire ou de la tradition.
Qu’est-ce que l’anglais brim (2)? Nous disons qu’un verre est brini full, c’est-à-dire qu’il est « plein jusqu’au bord». Nous parlons aussi du brim of a hal, c’est-à-dire «le bord d’un chapeau», l’allemand Brame. Or, dans le principe, br/m ne signifiait pas toute espèce de bord, mais seulement la ligne qui sépare la terre de la mer. Ce mot est dérivé de la racine bh/'am, qui, ainsi qu’elle le doit, se montre à nous en sanscrit avec bh, et signifie « tourbillonner » ; nous trouvons cette racine appliquée au feu , comme dans bluavra «la flamme qui s’élance», à l’eau, comme dans bh/a/zia « tourbillon », et à l’air, comme dans
(1) Sir Cliarlcs Lycll, AnUquity of Man, p. 9.
(2) kuliii, ZeUickrift, VI, 152.
bhrimi « trombe » . Les Romains appelaient œstus la houle et le bouillonnement de la mer, et ce point où les vagues écumantes semblent être en ébullition et fumer (d’où le moi estuaire) , fut nommé par les nations teutoniques le brimoo « tourbillon » . Après avoir désigné la ligne qui marque la limite de la mer et de la terre, brim en est venu à signilier toute espèce de bord, mais dans l’expression fill y mtr gla.sses to the brim «remplissez vos verres Jusqu’au bord», nous pouvons nous imaginer encore voir la conception originelle de la mer arrivant à grands flots pour baigner ses bords. Ln grec, nous avons un verbe dérivé pbritndssein [\) «s’agiter»; en latin, nous trouvons de l’aflinité entre la racine qui nous occupe et fremere, surtout dans le sens de «être furieux, rugir», et peutêtre aussi frendere « griucer des dents, frémir de rage». H y a dans les langues teutoniques d’autr&s mots d’un ordre entièrement différent, et qu’il faut faire remonter à la même conception originelle de bhram «tourbillonner, être confondu, enroulé, entrelacé» ; ce sont bramble « ronce» , bromn «genêt» , etc. (2).
Nous arrivons maintenant à la seconde catégorie de mots, c’est-à-dire à ceux qui en gothique et en anglosaxon sont prononcés avec k, t, p, et qui, par conséquent, dans toutes les autres langues indo-européennes, à l’exception de l’ancien haut-allemand, doivent se prononcer avec g, d, b.
(1) HfîixM Cl {4j!o,u.o;, qui sont rappriicluis par Knlm, violeraient la loi ; ils expriment prineipalemeut le son, par exemple dans «■yiSfiaiTT,;, Curtius, Grieclii.iche Etymologie, II, 109. Grassmann, dans Ku/tn's Zeitschrift, XII, 93.
,2) Brande, sorte de liroussaille dans le Berry, bruyère à balai.
r.INOl'lÈME LEÇON.