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afin de collationner les manuscrits de Sâyana que possédaient la bibliothèque de la Compagnie des Indes à Londres, et la bibliothèque bodléienne à Oxford. A. Londres, les circonstances le mirent en relation avec le chevalier de Bunsen , alors ambassadeur de Prusse en Angleterre, et avec Wilson, qui, après avoir longtemps résidé dans l'Inde, avait accepté la chaire de sanscrit à l'Université d'Oxford (i). Ces deux savants, avec le premier desquels surtout M. Max Mûller
(1) Horace Hayman Wilson, mort en mai 1860, à l'âge de 73 ans, avait vécu pendant de longues années dans l'intimité de Colebrooke, et servit de lien entre la première génération des indianistes anglais et la génération nouvelle. Peu de savants ont plus contribué que lui aux progrès des études indiennes. Pendant vingt années de son séjour dans l'Inde, de 1812 à 1832, tout en s'occupant avec zèle de ses fonctions à la Monnaie de Calcutta, il fut le secrétaire très-laborieux de la Société asiatique du Bengale, et il publia dans les Mémoires de cette Société des travaux d'une grande valeur. En 1819, il fit paraître à Calcutta le premier dictionnaire sanscrit-anglais, œuvre à laquelle il s'était préparé de longue main en s'occupant de la compilation des lexiques sanscrits avec les brahmanes qui avaient été chargés de ce soin par lord Wellesley, gouverneur général de l'Inde. Il a donné aussi un Vocabulaire des termes techniques indiens, employés dans dix-sept langues différentes. Wilson a fait des travaux fort importants sur le théâtre indien. Nous lui devons la traduction de quatre drames, l'analyse de vingt autres pièces, et une savante étude sur la poésie dramatique dans l'Inde. Il a publié aussi la traduction du Fishnu-purâna y la traduction et le texte de la Karika du Sânkhya, une Grammaire sanscrite, et une traduction des hymnes du Rig- Véda contenus dans les trois premiers volumes de l'édition de M. Max Mûller. Sans parler des notices qui ont paru en Angleterre, les lecteurs français trouveront des détails très-complets sur Wilson dans la notice que lui a consacrée M. Jules Mohl dans le Journal Asiatique de Paris, et dans sa vie écrite dans la Biographie universelle (Michaud), nouvelle édition, par M. Barthélémy Saint-Hilaire que l'on rencontre à chaque pas devant soi, quand on s'occupe de ces études.
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fut bientôt lié de la plus intime amitié, firent connaître aux directeurs de la Compagnie des Indes le désir qu'il avait de donner une édition du Rig-Véda. Les directeurs, avant d'accueillir ce projet, tâchèrent de trouver, parmi les Pandits de l'Inde, des savants qui fussent à même d'entreprendre ce travail. Mais lorsqu'il fut constaté dans les réponses qu'ils reçurent de l'Inde, et qui ont été publiées, qu'aucun Brahmane n'osait publier le texte sacré du Rig-Véda, ils acceptèrent la proposition de M. Max Mùller, et se chargèrent des frais considérables d'une telle publication : aussi, quand parut en 18/19 ^ e premier volume du Rig-Véda, c'est à eux qu'il fut dédié. Le second volume fut publié en i854, et le troisième en i856. Après la suppression de la Compagnie des Indes, le gouvernement anglais ne voulut pas qu'un tel monument pût rester inachevé, et continua à cette grande entreprise le même patronage ; c'est pourquoi nous voyons que le quatrième volume, publié en 1862, est dédié à S. M. la reine Victoria (1). De cette manière les huit premiers livres du Rig-Véda sontaujour-
(I) Chaque volume est précédé d'une importante préface, dont nous ne pouvons indiquer ici les sujets que de la manière la plus sommaire. Tome I. M. Mûller décrit les manuscrits dont il s'est servi. Tome II. Il donne le relevé d'un grand nombre de variantes, et termine cette Préface (p. LX) par un hommage rendu à la mémoire d'Eugène Burnouf. Tome III. Après une discussion sur l'usage qu'il faut faire du commentaire de Sâyana, il donne le relevé des variantes. Tome IV. Discussion d'une question astronomique (les nakshatras).
Ces quatre volumes contenant quatre mille pages in-quarto, on a fait remarquer avec raison que personne n'a encore édité autant de textes sanscrits que M. Max Millier.
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d'hui entre les mains du public, et Ton peut espérer la prochaine publication des deux autres livres encore inédits.
Les plus grands indianistes de l'Europe ont rendu pleine justice à la vaste science et à la pénétrante sagacité dont M. Max Mùller a fait preuve dans son édition du Rig-Véda. Mais, dans l'Inde elle-même, ce travail a reçu un hommage qu'il ne nous est pas permis de passer sous silence. Dans une lettre écrite qn 1862 de Pounah, dans la présidence de Bombay, M. Martin Haug (1) dit qu'en cette même année il y avait eu à Pounah une très-nombreuse réunion de savants brahmanes qui s'y étaient assemblés au nombre de sept cents; qu'ils avaient examiné l'édition du Rig-Véda donnée par M. MaxMûller et qu'ils l'avaient déclarée plus correcte et plus complète qu'aucun de leurs manuscrits. Ils ne voulaient cependant pas l'adopter pour leur propre usage, parce qu'ils ajoutaient foi à un bruit qui avait été répandu parmi eux, savoir, que le sang des animaux entrait dans la composition de l'encre avec laquelle on imprimait les livres en Europe. Ils finirent par faire corriger leurs propres manuscrits sur l'édition de M. Max Mùller.
(1) M. Martin Haug, qui était à cette époque directeur des études sanscrites au collège de Pounah, est connu du monde savant par ses travaux sur le zend et sur la religion des Parses, et aussi par son édition en 2 vol., avec traduction et notes, de XAUareya- Brâhmana du Rig-ï'éda. Un bràhmana (ainsi nommé, pense M. Max Mùller, parce que ces travaux ont été composés par ou pour les brahmanes) est un traité tbéologique et surtout liturgique, qui donne des explications sur les mots des Védas et spécialement sur les innombrables détails du rituel minutieux des brahmanes.
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Ce récit du docteur Haug nous rappelle un fait analogue raconté en ces termes par M. Barthélémy Saint- Hilaire dans sa Notice sur Eugène Burnouf : « Dans une polémique religieuse que les Parses de Bombay ont soutenue dans ces derniers temps contre des missionnaires protestants, on s'est servi de part et d'autre, en citant les livres de Zoroastre, de l'interprétation qu'en avait donnée le Commentaire sur le Yaçna. C'était la science du jeune philologue français qui faisait autorité pour les adorateurs d'Ormuzd (i). »
On éprouve un plaisir mêlé de tristesse à pouvoir ainsi rapprocher les noms de deux hommes si dignes d'être unis par une longue amitié, et que la mort a séparés si tôt. Pour le cœur reconnaissant et affectueux de M. Max Mùller, la perte d'Eugène Burnouf fut un coup cruel, et, à la première occasion qui s'offrit, il rendit à sa mémoire un touchant hommage dans une page éloquente que nous nous faisons un devoir de traduire ici en entier, pour montrer, une fois de plus, comment on parle, à l'étranger, de ce rare génie dont la France est à juste titre si fière. « Depuis la a publication du premier volume du Rig-Véda, » dit M. Max Mùller en terminant la préface du second volume, « nous avons souffert une perte irréparable. « La mort d'Eugène Burnouf a privé la philologie « sanscrite d'un de ses principaux soutiens, d'un de « ses plus grands ornements. Sa perte se fera longer temps sentir dans différentes branches des études
(4) Journal des Savants. 1852, p. 48C.