XXIV NOTICE SUR LA VIE
lologie comparée, a su en tirer des conséquences neuves touchant le degré de civilisation auquel étaient arrivés nos ancêtres dans des temps préhistoriques. Les lecteurs de M. Max Mùller qui connaissent son Essai de Mythologie comparée et ses Leçons sur la science du langage savent combien il excelle à jeter une lumière inattendue sur ces premiers âges, et comment, à l'aide des mots communs à toutes les langues aryennes, il a su tracer d'une main sûre le tableau des mœurs simples et des nobles pensées de nos pères, à l'époque où ils n'avaient pas encore quitté leur patrie primitive au centre de l'Asie.
Dans ces études, les travaux de M. Max Mùller ont marqué une ère nouvelle, et il s'y était fait de bonne heure un nom si honoré, qu'en 1849 ^ ^ ut invité par les autorités de l'Université à donner un cours de philologie comparée à Oxford, où il s'était fixé définitivement dès l'année précédente, pour surveiller l'impression du Rig-Véda (1). Le résumé de ce cours parut dans un essai que M. Mùller publia dans la Revue d'Edimbourg, au mois d'octobre 1 85 1 , à l'occasion de l'achèvement d'une traduction anglaise de la Grammaire comparée de Bopp (2). Nulle part on ne saurait trouver un exposé plus net de l'objet et des principaux résultats de la philologie comparée.
(1) Le Rig-Véda a été imprimé par les presses de l'université d'Oxford.
(2) Cette traduction fut faite par M. Eastwick, qui a été professeur d'urdu au collège de Haileybury, avec la collaboration du comte d'EUesmere, président de la Société asiatique de Londres. Les épreuves en étaient revues par Wilson.
ET LES OUVRAGES DE M. MAX mOLLER. XXV
ainsi que de la méthode sévère qui doit présider à des études d'où sont nécessairement déduites d'aussi graves conclusions. Jusqu'à nos jours, les langues répandues sur la surface du globe avaient été classées, soit d'après leur distribution géographique (et l'on avait ainsi les langues de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique, et de l'Australie), soit d'après les races physiques des hommes qui les parlaient (et alors on avait les langues caucasiennes, mongoles, nègres et malaises). Ou bien encore, on divisait les langues en langue sacrée et en langues profanes, en langues classiques et en langues orientales, en langues vivantes et en langues mortes. Mais toutes ces classifications étaient manifestement mauvaises, puisqu'elles étaient fondées sur des accidents extérieurs et non pas sur les langues elles-mêmes. M. Max Mûller nous montre que la philologie comparée pourra seule fournir la vraie classification des langues. A l'aide d'exemples heureusement choisis, il nous fait voir par quelles études comparatives on est arrivé à démontrer, avec la dernière évidence, l'étroite parenté qui unit des idiomes aussi disséminés que les langues indo-européennes, et parlés par des peuples aussi divers. Puis, se bornant à cette branche des études philologiques, la plus importante de toutes, et la seule qui ait été pleinement explorée par la science, il met en une vive lumière les services rendus par Bopp et par son école, et il finit son Essai en exposant les principaux bienfaits de la philologie comparée. Elle donne aux humanistes des explications qu'ils ne peuvent trouver ailleurs sur la formation