‹ Nouvelles leçons sur la science du langage: cours professé à l'Institution royale de la Grande (volume 3)Chapitre 38 sur 51 · LES CHANGEMENTS PHONÉTIQUES · texte numérisé non relu

LES CHANGEMENTS PHONÉTIQUES

ichesse ou pauvreté des différents alphabets. — Influences diverses qui modifient les sons alphabétiques. — Statistique du nombre des consonnes dans les principales langues. — Articulation imparfaite. Exemples de diverses consonnes qui manquent en différentes langues. Impuissance de certaines peuplades et nations à prononcer certaines lettres, et à distinguer certains sons. Les changements phonétiques, divisés en deux classes. : les uns sont dus à la paresse et produits par un relâchement des muscles ; les autres sont l'effet du développement dialectal et de certaines idiosyncrasies phonétiques. Exemples de ces variations dialectales dans le» langues aryennes : hypothèse pour en expliquer l'origine. — Corruption phonétique. Effets divers produits par la tendance qui existe chez les hommes à simplifier le travail de la parole. Origine des consonnes doubles et des voyelles initiales euphoniques.

Les recherches dont j'ai exposé devant vous le résiliât dans ma dernière leçon vous ont fait connaître les oatériaux dont disposaient les premiers architectes du angage. Ces matériaux peuvent sembler peu abonlants auprès des vocables sans nombre que contiennent es innombrables langues et dialectes qu'ils ont servi i construire, et il n'eût pas été difficile d'y faire naintes additions, si nous avions assigné une place et

tin nom indépendants à toutes les légères variétés de s£>n qu'il est possible de produire, ou que Ton peut découvrir dans le parler des diverses races du globe. Cependant, si peu nombreux que soient les élément* alphabétiques, il n'y a que peu de langues qui les emploient tous. Quand nous trouvons des alphabets trè&riches, comme en hindoustani et en anglais, c'est que des langues différentes se sont mêlées, dont chacune a gardé, pendant un temps , ses particularités phonétiques. C'est parce que le français est du latin parlé non-seulement par des Romains de province, mais aussi par des Francs de la Germanie, que son dictionnaire renferme des mots commençant par A et par gui. Ces pots sont dus à des gosiers germaniques ; ils appartiennent à l'alphabet teutonique, et non à l'alpha- ta bet romain. Ainsi haïr a la même origine que le mol h anglais to hâte; hameau que home; hâter que to haste; f; déguiser que wise; guile (vieux français) que wile; £ guichet que wicket. C'est parce que l'anglais est du \ saxon parlé non-seulement par des Saxons, mai» aussi i par des Normands, que nous y entendons plusieurs % sons qui ne se rencontrent dans aucun autre dialecte m teutonique. Le son de u dans l'anglais pure n'est pas i\ un son teutonique ; il a pris naissance dans l'effort que t faisaient les Anglo-Saxons pour imiter Vu français lit dans pure (1). La plupart des mots anglais dans les- h quels se trouve ce son dérivent du français et du latin, comme par exemple duke (duc), during (durer), beauty (beauté, bellitas), nuisance (nocentia). Cependant, une fois naturalisé en Angleterre, ce son s'est introduit

(1) Fiedler, Englische Crammatik, I, pp. 118 et 142.

aussi dans des mots saxons ; c'est-à-dire les Normands prononcèrent comme yu (qu'il faut figurer par iou pour des oreilles françaises) la combinaison des lettres eow et eow de l'anglo-saxon: c'est ainsi que cnedw est devenu knew «je connus », feawa « peu de » few, dedw « rosée » dew, hiw « teinte, couleur » hue (1). Les sons de ch et dey en anglais sont des sons romans ou normands plutôt que teutoniques, bien que, une fois admis en anglais, ils aient influé sur beaucoup de mots d'origine saxonne. Ainsi cheer dans notre exprèslion good cheer « bonne chère » est le français chère, le bas-latin cara (2) ; chamber est chambre, caméra ; cherry (en anglo-saxon cirse) est le français cerise, le Jatin cerasus; to preach est le français prêcher, le latin prœdicare; to forge est le français forger, le latin fabricare. De m&mtjoy vient de joie, gaudium ; judge die juge, judex, etc. Les mêmes sons ont pénétré également dans des mots saxons, particulièrement devant ? et i 9 mais aussi devant d'autres voyelles. En voici {uelques exemples : choose « choisir » , l'anglo-saxon •eàsan, l'allemand kiesen; chew « mâcher », l'anglo- *lxon ceowan , l'allemand kauen; child « enfant » , emplaçant dès le temps de Layamon (vers la fin du touzième siècle) l'ancien anglo-saxon cild; cheap « à >on marché » , l'anglo-saxon ceap; birch « bouleau »; hich « pinson »; speech « parole »; much « beauoup» , etc.; tJiatch «chaume », l'anglo-saxon theccan;

. (4) Cf. Marsh, Lectures on the English Language (2 e série), p. 65. (2) Cara, en espagnol, et chière y dans le vieux français, signifient vUage »; Nicot dit «avoir la chère baissée ». Ce mot a pris plus

*rd le sens de « accueil, réception hospitalière. » Cf. Diez, Lexicon

ïtymologicum, au mot cara.

wateh «veiller», l'anglo-saxon weccan (ces mots ont, dans le dialecte écossais, les formes theek et waik)\ bridge «pont», l'anglo-saxon brycg ^l'allemand Bruche; edge « bord », l'anglo-saxon ecg, l'allemand Ecke; ridge, originairement « échine » , l'anglo-saxon lirycg, l'allemand Riïcken.

Le son mou de z, dans azuré, et de s, dans vision, est également une importation romane.

Les mots, au contraire, dans lesquels se rencontre le th sont saxons, et les Normands durent tâcher de les prononcer de leur mieux; et, à en juger d'après l'orthographe des manuscrits, ils semblent avoir prononcé d au lieu de th. La même remarque s'applique aux mois dans lesquels entrent wh, originairement^, et ght, originairement ht; par exemple, tv/io 9 whiè « qui », bought « acheté », light « lumière », right « droit ». Ces mots sont de pur saxon, et le dialecte écossais conserve encore le son guttural primitif du h devant le t.

Le dialecte Tyi-herero n'a ni / ni /, ni les sifflantes s, r, z. La prononciation de ce dialecte ressemble à un bégayement d'enfant, par suite de la coutume qu'ont les Va-herero de faire limer en partie les dents de devant de leur mâchoire supérieure, et de se faire sauter les quatre dents correspondantes de la mâchoire inférieure. C'est là peut-être ce qui est cause que le Tyi-herero a deux sons semblables au son rude et au son mou du th et du dh en anglais (ils sont écrite $<

Il y a des langues qui rejettent certaines lettres qui

(1) Sir G. Grey's fdbrary, I, 167.

ious sembleraient à nous presque indispensables, et il en a d'autres où même les distinctions normales litre les gutturales, les dentales et les labiales, ne se marquent pas encore clairement. Nous sommes si labitués à regarder pa et ma comme étant les ar- Lculations les plus naturelles, que nous avons peine . concevoir qu'une langue puisse en être dépourue. Que de fois n'avons-nous pas entendu répéter [tie, dans toutes les langues du monde, les noms de 1ère et de mèi % e sont dérivés du premier cri de reconlaissance qu'un petit enfant peut articuler, et que, lans ce premier âge, un enfant ne saurait articuler l'autres sons que ceux qui sont formés par la simple mverture ou fermeture des lèvres? Et pourtant c'est in fait que jamais les Mohawks (dont j'ai connu à Jxford un spécimen intéressant) n'articulent avec les èvres, ni dans le bas âge, ni plus tard, quand ils sont rrands. Ils n'ont ni p, ni b, ni m, ni /, ni v, ni w, ni aucune labiale que ce soit. Leur nom même de « Molawk » semble contredire cette assertion, mais ce nom l'est pas un mot de leur langue et leur a été donné jar leurs voisins. Ils ne sont pas les seuls qui tiennent .oujours la bouche ouverte, et qui s'abstiennent de prononcer des labiales (\). Cette particularité leur est commune avec cinq autres tribus, qui composent avec aux les Six-Nations, savoir, les Mohawfo, les Senekas. les Onandagos, les Oneidas, les Cayugas et les Tusca-

(4) Brosses, Formation mécanique des langues, 1, p. 220 : « La Hontan ajoute qu'aucune nation du Canada ne fait usage de la lettre f, que les Hurons, à qui elles manquent toutes quatre (B, P, M, F), ne ferment jamais les lèvres. » F et S manquent au dialecte de Rarotanga. Cf. Haie, p. 232.

roras. Les Hurons n'ont pas non plus de labiales, et il y a d'autres dialectes en Amérique auxquels elles manquent également (1).

Il est rare que les sons gutturaux manquent entièrement dans une langue : parfois, comme dans la famille sémitique, ce sont eux qui jouent le rôle le plus important, et alors ils sont représentés par une nombres* série de lettres. Plusieurs langues ne font pas la di* tinclion entre k et g (2); quelques-unes n'ont que i, d'autres ont seulement #. Le son dur de #, comme dm* l'anglais gone « allé » , ou dans le français gomme, celflf de la lettre anglaise y (dje) dans jet, et du z dans mt % sont souvent entendus dans le cafre, mais n'existent pas dans l'alphabet du sechuana (3).

Il y a un petit nombre d'idiomes, cités par Bindseil comme étant entièrement dépourvus de sons gutturaux, par exemple, celui des îles de la Société (4); et il s'est r mal rencontré qu'un des premiers noms anglais que les " indigènes de ces îles aient eu à prononcer fût celui du capitaine Cook, qu'ils ne pouvaient appeler que

(1) Voir Bindseil, Abhandlungen, p. 368. L'idiome mixteca n'a pas les lettres p, b, f; le mexicain n'a pas b, v, f; le totonaca, le kai- * gani (Haidah) et le thlinkit sont également dépourvus des mêmes lettres (Pott, Et. F., II, 63) ; le hottentot n'a ni /", ni v (Sir George Grey's Library, I, p. 5); les idiomes de l'Australie n'ont pas non plof ces deux lettres (Ibid., II, 1, 2). Beaucoup des assertions de Bindseil* relatives à la présence de certaines lettres dans certains dialectes ou à leur absence, demandent à être contrôlées, étant fondées principalement sur le Mithridate d'Adelung.

(2) Sur la confusion qui a existé pendant une certaine époque, dans l'alphabet latin, entre le k et le g, voyez Corssen$ Aussprache, rocalismus und Betonung der lateiniscJien Sprache, pages 5 et 39.

(3) Bindseil, ibld., 344. Mithridate, I, 632, 637.

(4) Appleyard, p. 50.

QUATK1ÈME LEÇON. 207

Toute. On dit que les sons gutturaux manquent également aux dialectes des lies Hawaii et Samoa (1). Ici ^pendant le k est indiqué par un hiatus ou un effort Rur prendre haleine, comme dans ali'i pour aliki, fno pour kakano (2).

Les dentales semblent exister dans toutes les lanfies (3).Cependant le d n'est jamais employé en chinois, pn plus que dans le mexicain, le péruvien et plusieurs litres dialectes de l'Amérique (4). Le n manque au ypgage des Hurons (5), et de plusieurs autres tribus péricaines. Le s manque aux dialectes australiens (6), t à plusieurs des idiomes polynésiens, dans lesquels

est remplacé par h (7). Ainsi, dans le tonga, nous ■ouvons hahake pour sasake; et dans l'idiome de la Eouvelle-Zélande, heke pour se/ce. Dans le rarotonga, î s est entièrement perdu, comme dans ae pour sae. jDrsque le h remplace un s primitif, ce h a un son [filant et particulier que les uns ont représenté par %, d'autres par zh, d'autres par he ou h\ ou simple- 3ent par e. Ainsi le mot hongi, du samoa songi, qui

(1) Haie, p. 232.

(2) Pour éviter toute confusion, il peut être utile de rappeler que ens toute la Polynésie tous les principaux groupes d'îles, excepté ss îles Samoa, sont connus des indigènes des autres groupes sous s nom de la plus grande île qui s'y trouve. Ainsi les lies Sandwich Dut appelées HatOaii; les lies Marquises, Noukahiva; les lies de ta çciété, Tahiti; Je groupe des îles Gambier, Mangareva; les (les *€$ Ami&> Tonga; Y archipel des Navigateurs, Samoa (toutes), ©if Haie , pp. 4> 120; les îles ttervey, Rarotonga; Y archipel Bas « Dangereux, Paumotu; Yile Bowditch est Jakaafo:

(3) Bindseil, ibid., p. 358.

(4) Id., ibid., p. 365;

(5) /</., ibid., p; 334.

(6) Sir George Grey ; s Library^ II> I * 3;

(7) Haie* ibid., p. 232*

208 LKÇONS SUR LA SCIENCE IHJ LANGAGE.

signifie « saluer en pressant le nez », a été écrit par des personnes différentes, shongi, ehongi, heongi, fi'ongi et zongi (1).

Mais, même en restant sur un terrain qui nous est plus familier, nous trouvons qu'une langue aussi par. faite que le sanscrit n'a pas de /, ni de sifflantes molles, ni e, ni o brefs; le grec n'a ni 7, ni w, ni/, ni sifflantes molles; le latin n'a pas non plus de sifflantes molles, ni 6, ni <p, ni /. L'anglais n'a pas d'aspirations gutturales comme celles qui terminent les svllabes ach et ich en allemand. Le haut -allemand n'a pas de w comme le w anglais dans wind « vent», ni th, dh, ch % ni le ; anglais. Tandis que le sanscrit n'a pas de /, l'arabe n'a pas de p. F ne manque pas seulement ^ux langues qui n'ont aucune articulation labiale, mais nous chercherions eu vain cette lettre en finnois (malgré ce nom lui-même qui a été donné par les peuplades voisines) (2), en lithuanien (3), dans les dialectes des Tziganes ou Bohémiens, dans le tamoul, le mongol, quelques-uns des dialectes tartares. le barman, etc. (4).

C'est un fait bien connu que, non-seulement des individus, mais des nations tout entières éprouvent de la difficulté à prononcer la lettre r. Aucun Chinois qui parle la langue classique ne prononce jamais cette lettre. Ils disent ift* li sse tu au lieu de Christ; Eulopa au lieu d'Europe; Yu me li ha au lieu à* Amérique.

(i) Haie, pp. 122/234.

(2) Pott, Etymologische Forschungen, II, 62.

(3) « F ne se rencontre dans aucun mot de pur slave. »— Brûckt, Grundziïge, p. 34.

(4) Bindseil, p. 289.

D'où il suit que ni Mandarin, ni Sericum ne peuvent être des mots chinois : le premier est le sanscrit rnantrin « conseiller » ; le second est dérivé de Seres, nom donné aux Chinois par leurs voisins (1). R manque également au langage des Hurons, des Mexicains, des . Othomi, et à d'autres dialectes américains; au cafre (2), et à plusieurs idiomes de la Polynésie (3). Dans les langues polynésiennes, Christ se prononce Kalaisi, et aussi Karaita et Keriso. B permute souvent avec /, mais / de son côté est un son inconnu en zend, dans les inscriptions cunéiformes (4), dans le japonais (du moins dans plusieurs de ses dialectes), et dans plusieurs idiomes de l'Amérique et de l'Afrique (5).

Il serait intéressant de dresser une statistique plus étendue de la présence de certaines lettres dans certaines langues ou de leur absence : la simple énumération même du total des consonnes et des voyelles dans les alphabets des différents peuples pourrait donner des résultats curieux. Je me contenterai de présenter ce tableau pour un çetit nombre de langues :

L' hindoustani , qui admet des mots sanscrits, persans., arabes et turcs, a 48 consonnes, sur lesquels il

(1) Pott, Deutsche Morgenl'àndische Gesellschaft, XII, 453.

(2) Boyce, Grammar of the Kafir Language, éd. Davis, 1863, p. vn. Le r se trouve dans le sechuana. Les Cafres prononcent / au lieu de r dans les mots étrangers. Ils ont cependant les trilles gutturaux. Cf. Appleyard, The Kafir Language, p. 49.

(3) Les idiomes de la Nouvelle-Zélande, de Rarotonga, de Mangareva, de Paumotu, de Tahiti et de Noukahiva ontr; ceux de Fakaafo, de Samoa, de Tonga et de Hawaii ont /• — Voir Haie, ibid., p. 232. '

(4) Cf.* Sir H. Rawlinson, Behistun, p. 146. Spiegel. Parti Grommatik, p. 34.

(5) Bindseil, p. 318; Pott, ibid., XII, 453.

y en a 13 qui sont des aspirées, des nasales et des sifflantes du sanscrit classique, et 14 qui sont des lettres arabes.

Le sanscrit sl 37 consonnes, ou 39, si nous comptons le / et le Ih védiques.

Le turc, qui admet des mots persans et arabes, a 32 consonnes, dont 25 seulement appartiennent réellement au turc.

Le persan, qui admet des mots arabes, a 31 consonnes , dont 22 appartiennent au persan , les autres à l'arabe.

V arabe a 28 consonnes.

Le cafre (zulu) a 26 consonnes, outre les claquements de langue.

V hébreu a 23 consonnes.

V anglais a 20 consonnes.

Le grec a 17 consonnes, dout 3 sont composées.

Le latin a 1 7 consonnes, dont 1 est composée.

Le mongol a 17 ou 18 consonnes.

Le finnois enall. .

Le polynésien a de son propre fonds 10 sons de consonnes; aucun des dialectes polynésiens n'en a plus, beaucoup en ont moins (1).

Quelques idiomes australiens en ont 8, avec trois variations (2).

Les dialectes de la Mélanésie sont plus riches en consonnes. Le plus pauvre, le duauru, en a 12; d'autres ont 13 et 14 consonnes, et même davantage (3).

{{) Cf. Haie, p. 231 ; Von der Gabelentz, Abhandlungen der Philologisch-Historisclien Classe der Kôniglich Sâcàsischen Gesellschaft der fVissenschaften 9 vol. in, p. 253. (Leipsick, 1861.)

(2) Haie, p. 482.

(3) Voir Von der Gabelentz, ibid.

Quatrième leçon. 211

Mais ce qui est encore plus curieux que de voir certaines langues ou familles de langues posséder certaines lettres ou en être privées, c'est l'incapacité où sont quelques races de faire une distinction, soit en entendant parler, soit en parlant , entre quelques-unes des lettres organiques de notre alphabet. Il semblerait qu'il n'y a pas deux consonnes plus distinctes que k et /. Pourtant dans la'langue des lies Sandwich, ces deux sons se confondent, et il semble impossible à un étranger de dire si ce qu'il entend est un son guttural ou un son dental. Le même mot est écrit avec un k par les missionnaires protestants, et avec un t par les missiopnaires catholiques. Il faut des mois de travail patient pour apprendre à un jeune Hawaien la différence entre k et t, entre g et d, entre / et r. Le même mot varie dans les dialectes des lies Hawaii jusqu'à être transcrit koki et hoi, kela et tea(l). En adoptant le mot anglais steel « acier » , les Hawaiens ont rejeté le s, parce qu'ils ne prononcent jamais deux consonnes ensemble; ils ont ajouté un a final, parce qu'ils ne terminent jamais une syllabe par une consonne , et ils ont changé le /en k (2). C'est ainsi que steel est devenu kila. Une pareille confusion entre deux consonnes aussi importantes que k et / serait la mort d'une langue comme l'anglais. Aucune distinction n'existerait plus entre carry « porter >> et tarry « séjourner, rester

(i) The Polynesian, octobre 1862.

(2) Buschmann, les Iles Marquises, p. 103; Pott, Etym. Forsch*, II, 138. « En hawaien, les indigènes ne font aucune distinction entre t et k 9 et, dans la langue écrite, les missionnaires ont adopté cette dernière lettre, mais à tort, car l'élément est en réalité le t polynésien. » — Haie, VII, p. 234*

en arrière » , entre car « chariot » et tar « goudron.» entre Jcey « clef » et tea « thé » , entre neck « cou » et net « filet » . Cependant l'idiome hawaïen lutte avec succès contre ces désavantages, et a subi Tépreuve d'une traduction de la Bible, sans être trouvé insuffisant. Physiologiquement nous ne pouvons expliquer cette confusion que par un vice pu une mollesse d'articulation, le plat de la langue allant frapper le milieu du palais entre les points où k et t prennent naissance, et produisant ainsi un son qui tantôt se rapproche davantage de la lettre dentale et tantôt de la lettre palatale. Mais il est curieux d'observer que, selon des juges compétents, quelque chose d'analogue se produit en français et en anglais. Des observateurs attentifs nous disent qu'au Canada les gens du peuple ont coutume de confondre / et k, et disent mékier et moikié au lieu de métier et moitié (1).

(1) Marsh et Smith, Student's Manualof the Englith Language, p. 349.

[C'est ainsi que parlent aujourd'hui encore les paysans du centre de la France. Molière, qui a reproduit avec la plus parfaite exactitude les nuances des différents patois qu'il a fait parler sur son théâtre, a mis, dans le Médecin malgré lui, le patois de nos campagnes dans la bouche du paysan Lucas et de sa femme Jacqueline, qui, comme elle le dit, aurait mieux aimé « bailler à sa fille eun bon mari qui li fût agriable,que toutes les rentes de la Biausse», nous faisant savoir assez clairement par là qu'elle était Beauceronne. Cette pièce nous offre plus d'un exemple du changement du t en k ou qu : ainsi (a. II, se. 2), Jacqueline dit à Géronte : « Il a eun oncle qui est si riche, dont il est hériquiél... Le compère Piarre a marié sa fille Simonette au gros Thomas pour un quarquiê de vaigne qu'il avait davantage que le jeune Robin, où aile avait bouté son amiquié. » A la scène 5, Lucas dit à Sganarelle : « 11 gnia office qui quienne, je sis votre sarviteur. ■ Les personnes qui ont prêté quelque attention au parler actuel des compatriotes de Lucas et de Jacqueline peuvent affirmer, en Usant la pièce de Molière, écrite il y ajuste deux cents ans (la première

Webster va jusqu'à soutenir, dans l'introduction de son Dictionnaire anglais , qu'en anglais les letlres cl sont prononcées comme tl, et gl comme dl; clear et clean, dit-il, sont prononcés tlear et tlean; glory se prononce dlory. Or, dans ces matières , Webster est une grande autorité; et quoique je doute qu'on dise en effet dlory au lieu de glory, sa remarque montre, du moins, que même avec une langue dont on est maître et avec une oreille bien exercée, il y a quelque difficulté à distinguer un son guttural d'un son dental. L'anecdote suivante nous montrera combien il est difficile de saisir le son exact d'un mot appartenant à une langue étrangère. Voici ce qu'écrit un Américain qui résida longtemps à Constantinople : « Dans toutes mes lettres, de quelque manière qu'elles soient écrites, il n'y a qu'un seul mot que je sois certain de n'avoir pas mal épelé, et c'est le mot bactshtasch, qui signifie « un présent » . Je l'ai entendu si souvent, mon oreille est si accoutumée à ce son et ma langue est si exercée à le prononcer, que je suis certain maintenant de ne pas me tromper de la centième partie d'un souffle. 11 n'y a pas un autre mot dans la langue turque qui soit si bien gravé dans mon esprit, et si présent à ma mémoire. Quoi qu'advienne de tout le reste que j'ai écrit, bactshtasch! ma première connaissance en turc, je ne t'oublierai jamais. » Le mot qu'il a voulu reproduire est Bakhshish (1).

représentation étant du 9 août 1666), qu'il ne s'y trouve peut-être pas un seul mot de patois dont la prononciation ne soit encore la même de nos jours.

Dans la prononciation populaire de cintième pour cinquième nous trouvons le changement inverse du qu en t. Tr.j

(1) Constantinople and its Environs, by an American long resi-

Le mot chinois que les savants français écrivent eul, est écrit par différents auteurs ôl, eulk, eull, r'I, t'U, urh, rhl, mots par lesquels on veut représenter, si je ne me trompe, un seul et même son, savoir, celui d'un mot qui à Canton se prononce i, en annamite ni, en japonais ni (1).

Si nous considérons que dans beaucoup de langues r est une gutturale et / une dentale , nous pourrons comprendre dans la catégorie des sons indéterminés à laquelle appartient le son intermédiaire entre k et t, l'articulation qui flotte entre les deux lettres r et /; il se fait là une confusion qui a été remarquée non-seulement dans les langues polynésiennes, mais aussi dans les langues africaines. Parlant des dialectes setshuana, le docteur Bleek fait cette observation : « On est fondé à considérer r dans ces dialectes comme une sorte de lettre flottante, intermédiaire entre / et r, plutôt que comme un r nettement articulé (2) » .

Même dans les langues classiques on peut découvrir quelques faibles traces de cette confusion entre r et l; mais ici c'est l'exception et non pas la règle. Il est impossible de douter que les deux terminaisons latines aris et alh ne soient parfaitement identiques. Si nous dérivons Saturnalis de Saturnus et secularis de seculum, normalis de norma et regularis de régula, astralis de astrum et stellaris de Stella, il, est clair que dans tous ces mots le suffixe est le même. Néanmoins il y a une manière de règle qui détermine le choix de aris

dent, New-York, 1835, II, p. 151 ; ouvrage cité par Marsh, Lectures (2 e série), p. 87.

(1) Léon de Rosny, la Cochinchine, p. 294.

(2) Sir George Grey's Library, vol. I, p. 135.

ou de alis. Si le corps des mots renferme un /, les Romains préféraient la désinence aris (de \ksecularis, regularis, stellaris), avec ces deux seules exceptions que le / était conservé d'abord quand il y a aussi un r dans le corps du mot et que r est plus près de la terminaison que / (de là pluralis, lateralis), et en second lieu c[uand le / fait partie d'une consonne composée, comme dans fluviaUs, glacialis (1).

Des exemples du changement de / en r se présentent dans presque toutes les langues; ainsi nous trouvons en anglais lavender « lavande » de lavendula; colonel (prononcé keurnel) du vieux français coronel, qui se dit aussi coronel en espagnol ; nous trouvons pareillement en français rossignol de lusciniola; en latin ccBruleus « bleu, azuré » de cœlum; en grec (où Ton dit ôtalgia « mal d'oreille » ) kephalargia « mal de tète » et lèthargia « léthargie » , ces trois mots venant tous de dlgos « douleur » . On suppose que le valaque dor « désir » est le même mot que l'italien duolo « douleur » . Dans apôtre, chapitre , esclandre, s'est opéré le même changement de / en r (2).

D'autre part r s'est changé en / dans les mots italiens albero « arbre » de arbor, celebro « cervelle » de cerebrum, mercoledi « mercredi » de Mercurii dies, jyellegrino « pèlerin » de peregrinvs; et dans le français autel As altare (3).

Dans la famille des langues dravidiennes, le chan-

(1) Cf. Pott, Etymologische Forschungen, i re édition, II, 97, où quelques exceptions, telles que legalis, letatis, sont expliquées.

(2) Diez, Vergleichende Grammalik, I, p. 189,

(3) Id.,ibid.,l, $.2,09,

gement de / en r est fort fréquent, et le changement inverse plus fréquent encore (1).

Cependant les exemples d'une complète impuissance à distinguer l'un d'avec l'autre deux sons articulés ne se rencontrent pas souvent, et sont surtout rares dans les langueè qui ont reçu une haute culture littéraire. Et ici je ne parle pas d'une simple permutation de consonnes, une consonne étant préférée dans nn dialecte et une autre dans* un autre dialecte, ou bien une consonne étant adoptée pour un nom et une autre pour un autre nom : c'est là un sujet que nous aurons à examiner bientôt. Mon observation porte plus loin, c'est à savoir, sur la confusion de deux consonnes dans une seule et même langue, dans un seul et même mot. Cette confusion, je ne puis l'expliquer qu'en la comparant à cette sorte de cécité par rapport aux couleurs qui empêche de distinguer le bleu du rouge, maladie toute différente de celle qui nous fait paraître le bleu rouge ou le jaune vert. Il arrive souvent que des individus sont incapables de prononcer certaines lettres. Beaucoup de personnes ne peuvent pas prononcer l, et disent r ou même n en place de /, prononçant, par exemple , en anglais, grass et croué au lieu de glass et clouds, ritten au lieu de little. D'autres changent r en d, disant dound au lieu de round, ou bien / en d, comme dans dong au lieu de long. Les enfants aussi substituent pendant quelque temps les dentales aux gutturales , et disent tat au lieu de cat, tiss au lieu de kiss. Il est difficile de dire si c'est leur langue ou leur oreille qui se trouve le plus en défaut.

(i) Caldwell, Dravidian Grammar, p. i20.

Toutefois, dans ces cas, une véritable substitution a lieu : nous qui écoutons , nous entendons une lettre à la place d'une autre, mais nous n'entendons pas, pour ainsi dire, deux lettres à la fois, ou un son intermédiaire entre deux sons. A cette imperfection remarquable, particulière aux idiomes qui n'ont jamais été cultivés, nous ne pouvons rien trouver d'analogue que dans les langues où, comme dans l'allemand moderne, les consonnes dures et les consonnes molles finissent presque, sinon entièrement, par se confondre. Mais il y a encore une grande différence entre confondre réellement les points de contact de la langue et du palais, ainsi que le font les Hawaiens dans leur prononciation de k et de t, et confondre simplement les efforts différents avec lesquels il faut prononcer les consonnes d'un même ordre, défaut très-commun dans quelques parties de l'Allemagne et ailleurs.

Cette Gonfusion de deux consonnes dans un même dialecte me semble être un caractère propre des plus humbles catégories de langues , et rappelle l'absence d'articulation aux degrés inférieurs du règne animal.

Dans toutes les langues, et dans les plus riches encore plus que dans les plus pauvres, il s'opère un travail qu'il ne faut pas confondre avec les faits que je viens de rappeler; je veux parler de \& variation phonétique, que nous lui donnions le nom de développement ou celui de dépérissement. Cette opération sera le sujet principal de notre sixième leçon, et nous verrons que si on la définit et si on la comprend bien, elle forme la base de toute étymologie scientifique.

Dans quelque lieu du monde que nous regardions le langage, nous trouvons qu'il change. Mais par quoi

est produite cette variation du langage? Nous ne considérons à présent que l'extérieur, que le corps phonétique du langage, et nous ne nous occupons aucunement des changements de signification ,. lesquels, comme vous le savez, sont parfois très-marqués. En ce moment nous nous demandons seulement comment il se fait qu'un seul et même mot revête des formes différentes dans des dialectes différents, et nous appliquorys avec intention le nom de dialecte non-seulement à l'écossais, par exemple , comparé à l'anglais, mais au français comparé au latin, au latin comparé au grec, ou à l'ancien irlandais comparé au sanscrit. Ce sont là des dialectes ; ils sont tous membres d'une même famille, des variétés d'un même type, et, dans des circonstances favorables, chaque variété peut devenir une espèce. Comment donc se fait-il que le nom numéral quatre se dise four en anglais, quatuor en latin, cethir en ancien irlandais, chatvar en sanscrit, keturi en lithuanien, tettares en grec, pisyres en éolien, fidvor en gothique, fior en ancien haut-allemand; quatre en français, patru en valaque?

Tous ces changements sont-ils des effets fortuits, ou bien se sont-ils produits sous l'empire d'une loi, et, dans ce dernier cas, comment expliquer cette loi ?

Je ne perdrai pas notre temps à montrer que ces changements ne sont pas le résultat d'un pur accident. Cela a été prouvé tant de fois, que nous pouvons aujourd'hui, ce me semble, tenir cette vérité pour constante et reconnue.

. Je citerai seulement un extrait de l'excellent ouvrage du révérend J. W. Appleyard, la Langue cafre, afin de montrer que l'ordre et la loi président aux change-

ments qui s'opèrent même dans des idiomes qu'on appelle quelquefois barbares et incultes. Voici ce que nous lisons à la page 50 de ce livre :

« La différence principale entre les racines cafres el sechuana consiste dans les changements de consonnes qu'ont subis ces racines, suivant les habitudes ou les goûts des différentes tribus. Cependant aucun de ces changements ne paraît être arbitraire; ils sont réglés, au contraire, par un système uniforme de variation. Les voyelles sont aussi sujettes à cette même sorte de changement; et, dans certains cas, des racines ont subi un abrègement, par l'omission d'une lettre ou d'une syllabe. » Puis vient une table des changements de voyelles et de consonnes en cafre et en sechuana, et ensuite l'auteur continue : « En comparant avec § 42 les changements de consonnes ci-dessus énumérés, on verra que beaucoup de ces changements se font entre lettres du même ordre, le cafre préférant les sons mous (b, d, g, #, 2), le sechuana préférant les sons durs (p, t 9 k, fy s). On observera aussi que, quand les lettres molles du cafre sont précédées du son nasal m ou w, ce son est toujours omis devant les lettres dures du sechuana. Les dentales et les linguales permutent également de temps en temps ; et il se fait parfois d'autres changements encore qu'il n'est pas aussi facile d'expliquer, à moins de supposer que d'autres dialectes pourront fournir les formes intermédiaires De cette manière, on verra que des

racines, qui paraissent complètement différentes l'une de l'autre, sont en réalité identiquement les mêmes, ou plutôt, qu'elles ont une même origine. Ainsi personne ne s'imaginerait, à première vue, que le sechuana

reka et le cafre tonga, ou que le cafre pila et le sechuaua tsera, sont de simples variations d'une même racine. Et pourtant il est impossible de douter qu'il n'en soit ainsi, quand on connaît la manière dont se fait la permutation des consonnes entre ces deux langues. Ce qui vient encore confirmer ce que nous avançons, c'est que dans les dérivés des mots précités, ainsi que d'autres mots sechuana, on voit parfois reparaître une des consonnes originelles qui se trouvent dans la : racine cafre. Par exemple, la forme réfléchie de reka i est iteka, et non pas ireka, tandis que le nom dérivé j du verbe tsera est botselo, et non botsero. »

Le changement de th en /est considéré par bien des i gens comme un changement très-violent, au point même ; que quand Burnouf établit l'identité de Thraêtona et ]

Fig. 26.

th ou f. (La ligne pointée indique la position de la langue pour le th.)

de Feridûn, des savants fondèrent leurs objections contre cette identification ingénieuse, dont nous aurons à re-

>arler plus tard, sur la difficulté d admettre une telle permutation. Mais il suffit de jeter les yeux sur la figure où est marquée la prononciation de th et de /, pour nous convaincre que le moindre mouvement de la lèvre inférieure vers les dents d'en haut changerait le son de th en f. En Angleterre même la prononciation vulgaire de nolhing ressemble quelquefois à nuffing.

Il est peu de personnes aujourd'hui, si même il y en a, qui doutent que les permutations des lettres se fiassent d'après certaines lois phonétiques, encore que les savants diffèrent quelquefois entre eux sur l'application exacte de ces lois. Mais ce qui est resté jusqu'à présent sans une explication complète, c'est la nature de ces lois phonétiques qui régissent les changements des mots. Pourquoi les lettres changent-elles? Pourquoi, en anglais moderne, disons-nous lord au lieu de blâford, et lady au lieu de hlœfdige ? Pourquoi les Français disent-ils père et mère, au lieu de pater et mater? Je crois que les lois qui règlent ces changements reposent entièrement sur des raisons physiologiques, et n'admettent aucune autre explication quelle qu elle soit. 11 ne suffit pas de dire que / et r, ou d et r, ou s et r, ou k et /, peuvent prendre la place l'un de l'autre. Nous voulons savoir pourquoi ces lettres peuvent se remplacer, ou plutôt, pour parler d'une manière plus exacte, nous voulons savoir pourquoi le même mot qu'un Hindou prononce avec un d initial, est prononcé par un Romain avec un /initial, et ainsi de suite (1 ). Nous devons pouvoir expliquer ces faits phy-

(1) Voir Max Millier, On Veda and Zendavesta, p. 32. Arendt, Beitrâge zur tergleichenden Sprachforschung, I, p. 425.

siologiquement, et montrer, au moyen de figures, ce qui a lieu lorsqu'en place d'un d nous entendons un /, et un th au lieu d'un /.

Et ici il faut, dès le début même, nous garder de confondre deux opérations qui, bien qu'elles puissent se faire en même temps, sont néanmoins entièrement distinctes. Il y a une classe de changements phonétiques qui s'opèrent dans une seule et même langue, ou dans des dialectes appartenant à une même famille de langues, et qui ne sont ni plus ni moins que des effets de la paresse. Toute lettre demande, pour être prononcée, un effort musculaire plus ou moins grand. Il y a une articulation virile, forte et nette, et il y a une prononciation efféminée, molle et indistincte. La première exige une volonté, la dernière n'est que du laisser-aller. La cause principale de la dégénérescence phonétique du langage se produit quand on recule devant l'effort nécessaire pour articuler chaque consonne et chaque voyelle, quand on cherche à économiser le souffle et la force musculaire. Il est parfaitement vrai que, dans la pratique, plus un mot est court et facile, meilleur il est, pourvu qu'il exprime distinctement ce qu'il signifie. La plupart des mots grecs et latins sont deux fois plus longs qu'il n'est besoin, et je ne vois pas pourquoi nous reprocherions aux nations romanes d'avoir simplifié le travail de la parole. Je ne fais que constater la cause de ce qu'il faut bien appeler le dépérissement ou Yaltération phonétique, quelques avantages que nous offre d'ailleurs ce changement sous certains rapports (1); et je considère cette

(1) Ces avantages ont été exposés par Mi Bréal, avec sa clarté et sa

se comme n'étant ni plus ni moins que le manque nergie musculaire. Si l'habitant des Gaules en esl iu à dire père au lieu de pater, c'est simplement •ce qu'il voulait s'épargner la peine de lever la gue et de la pousser contre ses dents. Père nécesit une moindre tension de la volonté, une moindre >ense de souffle, et c'est pour cela qu'il a pris la ce de pater. C'est ainsi qu'en anglais, mght se proîce avec moins d'effort musculaire que l'écossais }ht ou que l'allemand Nacht ; et comme on va tours au meilleur marché, night a attiré plus de chads que les mots qui coûtaient plus cher. Presque s les changements qui se sont faits dans le passage l'anglo-saxon à l'anglais moderne, appartiennent à te classe. Ainsi :

L'anglo-saxon hafoc

est devenu hawk « faucon »

daeg

day « jour »

faeger

fair « beau »

secgan

say « dire »

sprecan

speak « parler »

folgian

follow « suivre »

morgeii

moiTow « demain »

cyning

king « roi »

wêorold

world (i) a monde »

nawiht

nought « rien »

hlàford(2)

lord <* seigneur »

ace ordinaires, dans la leçon de réouverture du Cours de Gramre comparée au Collège de France : De la Forme et de la Foncées mots, Paris, Franck. 1866. [Tr.]

) L'ancien haut-allemand tvër-alt, c'est-à-dire âge d* homme, smand moderne Menschenalter. CL vër-vu(f> lycanthropos^ ewolf, wahrwolf, loup-garou(i) ; were-gild> manngeld, rançon. » Grimm, Deutsche Grammatik) \\ b 480»

) Faut-il voir, avec Grimai* dans hlâford une contraction de -weard « gardien du pain », et dans lady une contraction de

224 LEÇONâ SUR LA SCIENCE DU LANGAGE.

L'anglo-saxon hlaefdige est devenu lady a dame »

saelig

silly « simple »

bûton

bat « mais »

heâfod

head « tète »

nose-thyrel

nostril « narine »

wîf-man

woman « femme »

Eofor-wic

York.

C'est ce qui arrive également dans des mots latins ou français naturalisés en anglais. Par exemple:

Scutarius

escuier

= squire

Historia

histoire

= story

/Egyptianus

Égyptien

= gipsy

Extraneus

estraogi^r

= stranger

Hydropsis

= dropsy

Capitulum

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