‹ Nouvelles leçons sur la science du langage: cours professé à l'Institution royale de la Grande (volume 3)Chapitre 39 sur 51 · chapitre · texte numérisé non relu

chapitre

= chapter

Dominicella

damoiselle

= damsel

Paralysis

paralysie

= palsy

Sacristanus

sacristain

^= sexton

Il y a cependant, en anglais, quelques mots qui. comparés avec leurs originaux anglo-saxons, semblent avoir augmenté de volume, et violer ainsi le principe général de simplification. Ainsi l'anglo-saxon thunor « tonnerre » est devenu en anglais thunder. Mais ici encore le changement est dû à la paresse. 11 faut un plus grand effort pour retirer la langue des dents sans laisser entendre un commencement de contact entre les dents et la langue, que pour passer sans peine de n à d et ensuite seulement à la voyelle suivante. Le même expédient a été découvert par d'autres

hleaf-weardige? Le composé hlâf-ord «source, origine du pain»; parait assez étrange quand on considère par qui et pour qui ce mot fut formé. Mais hlâ/'-weard ne se trouve pas dans les documents anglo-saxons. Voir le Cours de 4863, p. 143 de la traduction française (2 e édition).

langues. Ainsi, les Grecs disaient dndres au lieu de âneres, ambrosia au lieu de amrosia (1). Le français genre est plus difficile à prononcer que gendre; de là l'origine de l'anglais gender avec son d anomal. Quelques autres exemples en anglais sont to slumber « sommeiller » de l'anglo-saxon slumerian, embers « cendre, braise » de l'anglo-saxon aemyrie, cinders « cendre » de cineres, humble pour le latin humilis.

C'était l'usage des grammairiens d'attribuer ces changements et autres semblables à Yeuphonie, c'està-dire à un désir de rendre les mots agréables à l'oreille. Le grec, disait -on par exemple, n'admet pas que deux syllabes successives commencent par une aspirée, parce qu'une aspiration répétée choquerait des oreilles délicates. Si un verbe grec, commençant par une aspirée, doit recevoir le redoublement, la première syllabe prend la ténue au lieu de l'aspirée. Ainsi thê forme tithêmi en grec, comme dhd forme dadhâmi en sanscrit. Mais si ce changement avait été fait par euphonie, il serait difficile d'expliquer la présence en grec de nombre de mots bien moins harmonieux que tithêmi. Des mots tels que ^Sav, chton « terre », «pôo'yyo;, phthdngos, commençant par deux aspirées, méritaient sûrement plus d'être repoussés que le verbe que nous venons de citer. Il n'y a rien qui blesse l'oreille dans le latin fefelli (2), defallo, ni dans

(1) En grec ^ ne peut se trouver devant X et p, ni x devant p, ni v devant aucune liquide. De là f«oY,pi(s)pia = ps(n)u6pta ; fappo'ç = ^aptêpoç ; ipaprov == r.^GpoTov; p.opt(Jç = pporoç. Voir Mehlhorn, Griechische Grammatik, p. 54. En tamoul, nr se prononce ndr. Cf. Caldwell, Dravid/an Grammar, p. 138.

(2) Il faut remarquer que la lettre latine F, quoiqu'elle ne fut pas une ténue aspirée comme y, mais un souffle labial, semble avoir eu

le parfait gothique redoublé haihald, de haldan, lequel, en anglais, est contracté en held « je tins » , la forme anglo-saxonne étant heôldau lieu de hehold; ni même dans le gothique faifahum « nous saisîmes », de fahan « saisir » (1). Il n'y a rien d'effrayant dans le son de fearful « effrayant » , quoique les deux syllabes commencent par un /. Mais si Ton nous objecte que toutes ces lettres en latin et en gothique sont de simples souffles, tandis que le y, le 8 et le <p sont de véritables aspirées, nous pouvons citer en allemand des mots comme Pfropfenzieher « tire -bouchon », qui • pour des oreilles allemandes n'est rien moins qu'un son désagréable. Je crois que le secret de cette prétendue répugnance des Grecs pour certains sons n'est autre que la paresse. Quoique nous ne nous en apercevions guère, la prononciation d'une aspirée exige un grand effort, partant des muscles de l'abdomen et

un son très-àpre. Quintilien, en regrettant l'absence en latin des lettres grecques <p et u, s'exprime en ces termes : « Quae si nostris literis (/ et u) scribantur, surdum quiddam et barbarum efficient, et velut in iocum earum succèdent tristes et horridae qui bus Gracia caret. Nam et illa quae est sexta nostratium (/") paene non humana voce, vel omnino non voce potius, inter discrimina dentium efflanda est ; quae etiam cum vocalem proxima aecipit, quassa quodammodo, utique quoties aliquam consonantem frangit, ut in hoc ipso frangit, multo fit horridior. » (fnst. Orat., XII, 10, 28, 29.) — Cf. Bindseil, p. 287.

(I) Présent. Parfait (sing.).

Gothique. . . . haita « j'appelle » haihait «c j'appelai »

Anglo-saxon. . hâtan hèht (hêt)

Vieil anglais. . hâte hight

Parfait (pluf.)< Participe passé passif.

Gothique. . « . haihaitum « nous appelâmes » haitan « appelé »

Anglo-saxon. . hèton hâten

Vieil anglais . . ltighten hoten, hoot, hight

aboutissant aux muscles qui ouvrent la glotte dans sa plus large étendue. C'était dans le but de ménager cette force musculaire qu'on substitua la ténue à l'aspirée, mais, bien entendu, seulement dans les cas où cela se pouvait faire sans que. la signification des mots fût détruite par cette substitution. Ce mot « euphonie » est un terme fort vague et fort peu scientifique. Chaque nation trouve de l'euphonie dans sa propre langue, et chaque tribu dans son propre dialecte ; et il n'y a que peu de langues qui charment l'oreille quand on les entend pour la première fois. A mes oreilles le mot anglais knight « chevalier » ne sonne pas mieux que l'allemand knecht , mais il peut n'en pas être de même pour une oreille anglaise : en tous cas il est indubitable qu'il faut un moindre effort pour prononcer knight que pour prononcer knecht.

Mais de ces changements, qui composent la classe la plus importante de changements phonétiques, il en faut distinguer d'autres qui proviennent d'une source moins facile à déterminer. Quand nous trouvons qu'au lieu du latin pater, les peuplades gothiques prononçaient fadar, il serait injuste d'accuser les Goths d'un manque d'énergie musculaire. Au contraire, le /aspiré exige un plus grand effort que la simple ténue ; et il s'en fallait de beaucoup que le </, dont le son entre deux voyelles devait très-probablement ressembler à celui du th mou en anglais, fût plus facile à prononcer que /. Ou bien encore, si nous trouvons en sanscrit gharma « chaleur» avec l'aspirée gutturale, en grec thermos avec l'aspirée dentale, en latin l'adjectif formus (1)

(i) «Forcipes dicuntur* ditFestus, qnod his forma id est calida capiuntur. »

avec l'aspirée labiale , nous ne pouvons adresser à aucun de ces dialectes un reproche de mollesse, mais il nous faut chercher quelle autre cause a pu produire ces changements. J'appelle cette cause le développement dialectal, et j'incline fortement à attribuer la diversité phonétique que nous observons entre le sanscrit, le grec et le latin, à un état antérieur du langage, dans lequel, comme dans les dialectes polynésiens, on n'avait pas encore nettement marqué la séparation entre les deux ou trois points principaux où le contact des organes de la parole donne naissance aux consonnes. Rien ne montre que dans thermos le grec ait jamais eu une gutturale initiale ; et dire que le gh sanscrit devient le th grec, c'est en réalité très-peu dire. Jamais aucune lettre ne devient. On prononce les lettres, et on les prononce bien ou on les prononce mal. Si, dans thermos, le Grec prononçait bien et véritablement th 9 sans aucune intention de prononcer gh, alors il faut une autre explication de la présence du th à la place du gh, et je n'en puis trouver de meilleure que celle que je viens de proposer. Quand nous voyons trois dialectes, comme le sanscrit, le grec et le latin, qui nous offrent le même mot commençant par une gutturale, par une dentale et une labiale, cela ne nous avance guère de dire que le grec est une modification du sanscrit, ou le latin du grec. Aucun Grec n'a jamais pris le mot sanscrit pour le modifier ; les trois dialectes ont reçu le mot d'une source commune, dans laquelle son articulation était encore assez vague pour se prêter à ces interprétations différentes. Quoique nous ne trouvions pas en grec la même confusion entre le son guttural et le son dental,

laquelle existe dans l'idiome hawaien, il n'est pas du tout rare de trouver qu'un dialecte grec préfère la lettre dentale là où un autre dialecte préfère la gutturale (1) ; et je ne vois pas comment il serait possible d'expliquer ce fait, à moins de supposer que, dans une période plus primitive des dialectes grecs, la prononciation flottait entre k et /. « Aucun dialecte polynésien, dit M. Haie, ne fait une distinction entre les sons b et /?, d et /, g et k, l et r, ou entre v et w. De plus, / est souvent prononcé comme rf, et / comme k (2)» . Si des colonies partaient demain des lies Hawaii, on verrait se renouveler le fait qui s'est produit il y a des milliers d'années, lorsque les Hindous, les Grecs et les Romains quittèrent leur commune patrie. En élaborant l'articulation indistincte de leurs ancêtres, demi-gutturale et demi-dentale, une colonie produirait une gutturale pure; une autre produirait une dentale pure; une troisième produirait une labiale pure. On dit que les Romains qui s'établirent en Dacie, où leur langue subsiste encore dans le valaque moderne, changeaient qu en p, toutes les fois que gu était suivi d'un a. De là apa pour agita, epa pour egua (3). Devons-nous supposer que les Italiens qui colonisèrent la Dacie prononcèrent agua tant qu'ils séjournèrent sur le sol d'Italie , et qu'ils changèrent agua en apa dès le jour de leur

(i) Le dorien disait woxa, oxa, aXXoxa, pour wcrre, Sre, oXXots; £vo<pot

pour Téolien -^voço; ; $à pour *fi.

(2) Haie, Polynesian Grammar, p. 233.

(3) Le valaque macédonien (koutzo-valaque) change pectus en keptu, pectine en keptine. Cf. Pott, Etym. Forsch., II, 49. Parmi les dialectes tegeza, ceux du nord laissent entièrement tomber le p, ceux du sud le suppriment ou le changent en k dans toutes les désinences grammaticales. Cf. Grey's Library, I, p. 159.

arrivée sur les bords du Danube? Ou ne pouvons-nous pas plutôt nous référer aux fragments des anciens dialectes de l'Italie, qui nous ont été conservés dans les inscriptions osques et ombriennes, et qui montrent que dans des parties différentes de l'Italie certains mots furent, dès le commencement, fixés différemment? Par là se trouverait justifiée cette supposition que les légions qui s'établirent en Dacie étaient originaires de localités où le qu latin, suivi d'un a, avait toujours été prononcé comme un p (1). Les humanistes seront presque disposés à crier au blasphème quand ils nous entendront expliquer les phénomènes de la langue d'Homère et de celle d'Horace, en leur supposant à toutes les deux un lointain passé qui aurait ressemblé à l'état actuel des dialectes polynésiens. Les linguistes, de leur côté, aimeront mieux admettre ce qu'ils appellent une dégénérescence des gutturales, qui se seraient affaiblies et changées en dentales et en labiales, que de chercher des analogies dans les lies Sandwich. Pourtant le point capital est d'avoir une conception claire des mots que nous employons, et j'avoue qu'à moins de certaines circonstances atténuantes, je ne puis concevoir un k franchement articulé dégénérant en t ou en p. Mais je puis concevoir un son indéterminé et vague donnant naissance à différents sons déterminés et nets, et ceux qui ont visité les îles de la Polynésie ont constaté que ce fait s'accomplit de nos jours. Or ce qui se passe aujourd'hui a pu se passer il y a des milliers d'années; et si nous voyons le même mot commencer en sanscrit, en grec et en latin,

(1) Les Osques disaient pondis au lieu dequinque. Voir Mommsen, UnterUalische Dialekte, p. 289.

par k, t et p 9 ce serait être bien timoré que de ne pas oser arriver à cette conclusion, qu'il y eut un temps où ce mot était prononcé d'une manière moins distincte qu'il ne le fut plus tard, et, pour tout dire, de la manière dont^et /sont prononcésactuellementen hawaïen. Il y a encore cet autre point à considérer, que chaque homme a ses idiosyncrasies phonétiques, et que ce qui est vrai d'individus l'est aussi de familles, de tribus et de nations. Nous avons vu que des individus et des peuples tout entiers manquent de certaines consonnes, et, par contre, ce défaut est généralement compensé par une prédilection marquée pour quelque autre classe de consonnes. Les Africains occidentaux, étant pauvres en dentales et en labiales, sont riches en gutturales. Si un individu, ou une famille, ou une tribu ne peut pas prononcer une certaine lettre, il ne lui reste qu'à y substituer quelque autre lettre qui s'en rapproche le plus possible. Les Romains étaient dépourvus d'une aspirée dentale comme le th des Grecs, ou le dh des Hindous. Par conséquent, dans les mots où cette lettre existait dans la langue de leurs ancêtres communs, les Romains durent ou renoncer à l'aspiration et prononcer d, ou adopter le son qui se rapprochait le plus de l'aspiration, et prononcer/. De là fumas au lieu du sanscrit dhûma, du grec thymos. C'est exactement ce qui a eu lieu en anglais. La prononciation anglaise moderne, par suite, sans doute, des influences normandes, a perdu le ch guttural que nous entendons dans l'allemand lachen « rire » . Les Saxons avaient cette gutturale, et ils écrivaient et prononçaient hleahtor. Elle est maintenant remplacée par la labiale correspondante, savoir, /', ce qui nous donne

laughter « rire » , pour hleahtor, enough « assez » , pour genug, etc. (1). Si nous trouvons une peuplade prononçant r, une autre prononçant /(2), nous ne pouvons guère accuser l'une ou l'autre de mollesse, nous devons plutôt expliquer cette différence de prononciation par ce que nous avons déjà appelé une idiosyncrasie phonétique, par quelque chose d'analogue à ce que, quand il s'agit d'un autre organe des sens, on nomme l'impuissance de distinguer les couleurs. Il faut étudier soigneusement ces idiosyncrasies, car chaque langue a les siennes, et il ne s'ensuivrait aucunement de ce qu'un /"ou même un b répond en latin à un dh sanscrit, que tous les dh dans toutes les langues puissent de même se changer en f on en b. Le grec répugne extrêmement à ce que ses mots finissent par des consonnes; et, de fait, cette langue n'admet que trois consonnes, et encore toutes trois des semi-voyelles, qui se puissent faire entendre comme lettres finales. Nous ne trouvons jamais à la fin des mots grecs d'autres consonnes que n, r, et s, rarement k. Le Romain n'avait pas ces scrupules. Ses mots pouvaient se terminer par une ténue gutturale, comme hic, nunc; par une ténue dentale, comme sunt, est; il évitait seulement de finir ses mots par une ténue labiale, laquelle ne ferait certainement pas un son mélodieux. Nous aurions peine à nous imaginer Virgile mettant dans ses hexamètres des mots comme nos mots anglais lump, trump, ou stump. De semblables tendances ou dispositions, particulières à chaque nation, doivent exercer une in-

(4) On sait que ces deux mots se prononcent en anglais lâf'teur, éneuf. [Tr.] (2) Pott, Etymologische Forscàungen, II, 59.

fluence considérable sur la structure phonétique d'une langue, surtout si nous considérons que, dans la famille aryenne, c'est principalement dans les lettres finales que circule et bat la vie grammaticale.

Cependant ces idiosyncrasies sont tout à fait insuffisantes pour expliquer pourquoi le latin coquo « je cuis » , se dit en grec péptô. Les lettres labiales ne manquent pas en latin, ni en grec les gutturales. Nous ne pourrions pas non plus, en bonne conscience, dire que les gutturales du latin se sont réduites graduellement jusqu'à être des labiales en grec. Les formes comme celles que nous venons de citer sont des variétés dialectales, et je crois qu'il est de la plus grande importance, si Ton veut raisonner avec justesse, de tenir ces variétés dialectales aussi distinctes que possible des corruptions phonétiques. Je dis « aussi distinctes que possible » , car je sais qu'il est parfois difficile de tracer une ligne de démarcation entre ces deux catégories de phénomènes. Physiologiquement parlant, je dirais que les corruptions phonétiques résultent toujours d'une mollesse musculaire, quoiqu'il arrive quelquefois, par exemple dans le mot thundev, que, comme le dit notre proverbe, ce sont les paresseux qui se donnent le plus de mal. Tous les cas d'altération phonétique peuvent être clairement représentés par des figures anatomiques. Ainsi la prononciation du latin clamare exige le contact complet de la base de la langue et du voile du palais, lequel contact est aussitôt suivi d'un mouvement rapide de la langue allant frapper la voûte palatine immédiatement audessus des dents, ce mouvement de la langue étant accompagné d'une vibration de ses parties latérales.

En italien, cette vibration latérale est entièrement supprimée, ou plutôt elle est remplacée par ce léger et

Fig. 27. (\)

presque imperceptible rapprochement de la langue vers le palais qui suit en quelque sorte involontairement la production d'un son guttural ; de là chiamare au lieu de clamare. L'Espagnol glisse entièrement sur la gutturale qui commence le mot; il croit l'avoir prononcée, bien que sa langue ne se soit jamais élevée vers le palais, et il passe immédiatement à la vibration de /, laquelle est suivie du son épaissi que nous avons remarqué en italien. Ce qui s'applique aux dialectes romans s'applique également aux dialectes teutoniques. Les anciens Saxons disaient cniht, cnif, et cneow. Maintenant nous négligeons complètement la gutturale de ces mots, et dans knight «chevalier», knife «couteau » , et knee « genou » , nous ne prononçons pas plus le k que s'il n'existait pas. Les anciens Saxons

(i) Cette figure a été dessinée par le professeur Richard Owen.

disaient hleâpan, avec une aspiration initiale bien marquée ; dans notre mot to leap « sauter » , cette asuration a disparu. Partout où nous trouvons wh au commencement des mots, comme dans who « qui » , vhich «qui», white «blanc», etc., il y avait originairement en anglo-saxon hw, l'aspirée étant distincement prononcée. Quoique cette aspirée soit encore m tendue dans la bonne prononciation, elle tend de dus en plus à disparaître de la prononciation vulgaire, accepté dans le nord de l'Angleterre , où on l'entend listinctement, non pas après, mais avant \ew. Cepeniant, dans le pronom interrogatif who y il ne reste aucune trace du w, excepté dans l'orthographe du mot, et dans l'adverbe interrogatif how « comment » , on a cessé d'écrire le w initial : cet adverbe vient de l'anglo-saxon kwû, hu, en gothique hvaiva. Au contraire, on écrit whole « tout entier » , avec un w, mais c'est par une fausse analogie. Le mot anglo-saxon est /iél> sans w, et, malgré l'orthographe vicieuse qui lui a été enseignée, le peuple a su conserver ici la prononciation correcte.

Les mots qui commencent par plus d'une consonne sont plus sujets que tous les autres à l'altération phonétique. Il faut certainement un effort pour prononcer distinctement au commencement d'un mot deux ou trois consonnes qui ne sont séparées par aucune voyelle, et nous n'avons pas de peine à comprendre qu'on passe légèrement sur une de ces consonnes, et qu'on finisse par la laisser tomber. Mais* si c'est la tendance du langage de faciliter la prononciation, alors se présente tout naturellement devant nous une question qu'il nous est impossible d'éluder et à laquelle il faut

une réponse : comment donc se fait-il que ces formes i gênantes et difficiles aient jamais été créées et sanc- si données? Si étrange que cela puisse paraître, je dois <J dire que je regarde ces mots difficiles, avec leur exu- n bérance de consonnes, comme provenant, eux aussi, & d'une corruption phonétique, c'est-à-dire d'un relâ- % chement des muscles. La plupart d'entre eux ont leur i origine dans une contraction, c'est-à-dire dans un ?• effort fait pour prononcer deux syllabes en une seule, * et pour épargner ainsi le temps et le souffle; mais t cette économie ne pouvait se faire qu'au prix d'une < s plus grande dépense de force dans la prononciation s des consonnes. s

On a prétendu, et avec des arguments assez plausi- * blés, que, dans son état primitif (sur lequel, malheu- [ reusement, nous ne savons presque rien), le langage évitait le contact de deux ou de plusieurs consonnes. - Il y a des langues encore vivantes dans lesquelles toute syllabe se compose, soit d'une voyelle, soit d'une voyelle précédée d'une seule consonne, et dans lesquelles aucune syllabe ne finit jamais par une consonne. C'est ce qui arrive, par exemple, dans les langues polynésiennes. Un Hawaïen trouve une difficulté presque insurmontable à prononcer deux consonnes à la fois, et quand il apprend l'anglais, il a toutes les peines du monde à prononcer le mot cab « cabriolet » , ou tout autre mot terminé par une consonne. Dans son excellente Grammaire polynésienne, M. Haie nous dit : « Dans tous les dialectes polynésiens, chaque syllabe doit se terminer par une voyelle, et on n'y entend jamais deux consonnes sans qu'elles soient séparées par une voyelle. Cette règle ne souffre aucune exception

juelle qu'elle soit, et c'est principalement à cette particularité qu'il faut attribuer la douceur de ces langues. Les plus longues syllabes n'ont que trois lettres, savoir, une consonne et une diphthongue, et beaucoup de syllabes sont formées d'une voyelle seule (1). »

Les langues de la Polynésie ne sont pas les seules qui n'admettent jamais de syllabes fermées, c'est-àdire terminées par une consonne. En chinois, toutes les syllabes sont ouvertes ou nasales (2) : cependant il n'est nullement certain qu'il faille regarder comme des additions récentes ces consonnes finales dont on a constaté la présence dans les dialectes vulgaires de la Chine, et qui représentent peut-être un état plus primitif du langage chinois.

Dans l'Afrique méridionale, tous les membres de la grande famille de langues, que le docteur Bleek nomme la famille Bâ-ntu, sont généralement d'accord relativement à la simplicité de leurs syllabes. Leurs syllabes ne peuvent commencer que par une seule consonne; toutefois les consonnes à son double, les consonnes nasalisées, et les combinaisons de claquements de langue avec d'autres consonnes sont considérées comme étant réellement simples. La semi-voyelle tv peut aussi se placer entre une consonne et une voyelle qui la suit. En règle générale, dans toutes ces langues de l'Afrique méridionale qui s'étendent au nord jusqu'au-delà de l'équateur, les syllabes ne peuvent jamais se terminer par une consonne, mais toujours par une voyelle soit pure soit nasale (3). Les exceptions

(\) Haie, Polynesian Grammar 9 p. 234.

(2) Endlicher, Chinesische Grammatik, p. 112. » (3) Bleek, Compar. Gramm. , § 252. Appleyard, Kafir Lang., p. 8U.

ne servent qu'à confirmer la règle, car elles sont limitées à des cas où la chute de la voyelle finale, qui i est en général extrêmement brève et presque indis- i lincte, a laissé des consonnes à la fin des mots (1).

Dans l'autre famille des langues de l'Afrique méridionale, dans les dialectes hottentots, on évite également les consonnes composées au commencement des mots. 11 est manifeste aussi que dans ces langues tous les radicaux étaient terminés originairement par des voyelles, et que les consonnes finales sont entièrement dues à des terminaisons grammaticales, telles que /?, s, ts et r. Par suite de l'emploi fréquent de ces suffixes, i la voyelle finale a disparu, mais qu'elle existait origi- ! nairement à la fin de ces mots, c'est ce que les lin- \ guistes ont établi par des preuves assez convain- \ cantes (2). >

Le caractère permanent et nullement accidentel ou individuel de ces particularités phonétiques se révèle surtout dans la manière de traiter les mots étrangers. La pratique mettra assurément un Hawaïen à même de vaincre la difficulté qu'il éprouve à prononcer deux consonnes réunies ou à finir ses mots par des consonnes, et j'ai moi-même entendu un Mohawk articuler ses labiales avec une parfaite netteté. Pourtant, si nous examinons les mots étrangers adoptés par ces peuples et admis dans leur vocabulaire, il nous sera facile de voir comment tous ces mots ont été placés sur un lit de Procuste. Dans l'idiome ewe, dialecte de l'Afrique occidentale, notre mot school «école» se

(1) Bleek, Comparative Grammar y §257. Hahn, Uerero Gram^ mar, §3.

(2) Bleek, ibid., § 257-260.

prononce suku, l'allemand Fenster « fenêtre » se prononce fesre (1).

Dans là langue cafre nous trouvons :

bapitizesha pour to baptize « baptiser »

igolide

gold « or »

inkamela

camel « chameau »

ibère

bear « ours »

umperisite

priest « prêtre »

ikerike

kirk a église »

umposile

apostle « apôtre »

isugile

sugar « sucre »

ama-Ngezi

English « Anglais »

Si nous tournons nos regards vers le finnois et toute la classe ouralienne de la division septentrionale des langues touraniennes, nous voyons la même répugnance à admettre de doubles consonnes au commencement, ou des consonnes quelconques à la fin des mots. L'allemand Glas « verre » s'écrit lasi en finnois. Les mots suédois smak «goût » , stor « grand » , et strand «rivage», se changent en maku, suuri, et vanta. Aucun mot de pur finnois ne commence par une double consonne, car les consonnes accompagnées d'un s euphonique et adoucies, qui sont écrites comme des lettres doubles, étaient originairement des sons simples. Ceci s'applique également aux idiomes des Esthoniens, des Ostiaks, des Hongrois et des Siriaines, quoique, par suite de leurs relations avec des nations aryennes, ces tribus soient arrivées à prononcer des groupes aussi difficiles que pr, sp, st, str, etc. Les dialectes des Lapons, des Mordviniens et des Tchérémisses nous montrent même au commencement des

(1) Pott, Etymologische Forschungen, H, 5(>.

(2) Appleyard, Kafir Language, p. 89.

mots, qui sont bien des mots indigènes, bien qu'ils ne se trouvent pas dans les dialectes congénères, des groupes de consonnes, comme kr,ps, st, etc.j'mais : ces groupes sont toujours de formation secondaire, J ainsi que Fa pleinement prouvé M. Boller (1). Le même '* savant consciencieux a montré que le finnois, tout en préférant des syllabes terminées par des voyelles, a néanmoins admis w, s, /, r, et même *, comme consonnes finales. L'esthonien, le lapon, le mordvinien, l'ostiak et le hongrois, par la chute ou par l'affaiblissement de leurs voyelles finales et non accentuées, sont venus à posséder un grand nombre de mots terminés par des consonnes simples et doubles; mais, dans toute la classe ouralienne, partout où nous pouvons remonter aux éléments radicaux du langage, nous trouvons des consonnes simples et des voyelles finales.

Nous arrivons au même résultat, si nous examinons la structure syllabique de la classe dravidienne des 1 langues touraniennes de la division méridionale, savoir, du tamoul , du telinga, du canara, du malayalam, etc. Dans son excellent ouvrage, la Grammaire comparative des langues dravidiennes , le révérend R. Caldwell a traité ce sujet avec le .même soin que Ta fait M. Boller pour les langues finnoises, et nous n'avons qu'à placer ces deux études en regard l'une de l'autre pour être frappés des conformités extraordi-

({) Boller, Die Finnischen Sprachen, p. 19. Pott, Etym. Forsch., pp. 40 et 56. Voir aussi Bœhtlingk, Ueber die Sprache der Jakuten, §152, «Les dialectes turco-tartares, le mongol et le finnois répugnent fortement à admettre de doubles consonnes au commencement des mots. »

naires que nous offrent sur ce point ces deux groupes de langues.

« La principale particularité de la syllabisation dravidienne, dit M. Caldwell, c'est son extrême simplicité et son éloignement pour les consonnes composées ou juxtaposées; et ce caractère distingue le tamoul, le plus anciennement cultivé de tous les membres de la famille, à un degré plus marqué qu'aucune autre langue dravidienne.

« En telinga, en canara et en malayalam, la grande majorité des mots dravidiens, c'est-à-dire des mots qui ne sont ni dérivés du sanscrit ni altérés par suite d'influences sanscrites , et en tamoul tous les mots sans aucune exception , y compris même les dérivés sanscrits , sont divisés en syllabes d'après le système suivant. Les consonnes doubles ou triples au commencement des syllabes, comme str dans strength « force », sont entièrement inadmissibles. Une consonne simple peut seule être mise au commencement non-seulement de la première syllabe mais encore de toutes les syllabes suivantes. Si , au milieu d'un mot composé de plusieurs syllabes , une syllabe finit par une consonne et que la syllabe suivante commence par une autre consonne, il faut que ces deux consonnes contiguës soient assimilées euphoniquement , ou sinon qu'il y ait insertion d'une voyelle. A la fin d'un mot, des consonnes doubles ou triples , comme gth dans strength, sont aussi inadmissibles qu'au commencement. En telinga et en canara il faut que chaque mot finisse par une voyelle; en tamoul les mots peuvent être terminés soit par une voyelle, soit par une seule semi-voyelle, comme / ou r, soit par une seule nasale,

comme n ou m. On voit tout de suite combien cette manière de former les syllabes diffère de celle qui est suivie en sanscrit.

« / est la voyelle généralement insérée entre les consonnes qui autrement se trouveraient contiguës, comme on peut le voir par les mots sanscrits adoptés en tamoul. Quelquefois u prend la place de Xi. Ainsi la préposition sanscrite pra est changée en pira dans les dérivés composés qui ont passé en tamoul ; tandis que Krishna devient Kiruttina-n (tt au lieu de sh), ou même Kittina-n. Même des réunions aussi douces de consonnes que les mots sanscrits dya, dva, gya, etc. , sont séparées en tamoul où nous trouvons diya, diva et giya (1). »

Il n'est guère surprenant que des faits de ce genre, dont il serait facile de réunir un nombre beaucoup plus considérable, aient amené des savants spéculatifs à croire que les premiers éléments constitutifs du langage ont été nécessairement des syllabes ouvertes, formées d'une consonne suivie d'une voyelle, ou bien d'une seule voyelle. Le fait qu'il existe des langues, qui ont conservé cette simplicité de structure, est certainement important, et on ne peut nier que des éléments aussi simples aient servi à former des langues qui sont arrivées graduellement, par la suppression des voyelles, à une extrême âpreté dans la prononciation des consonnes. Le mot tchérémisse éma «bouche», s'il est dérivé de la racine eu « parler », a dû être originairement êuma.

Dans les langues aryennes , il est facile de voir le même procédé produire le même effet, c'est-à-dire

(i) Caldwell, Dravidian comparative Grammar, p* 138.

produire des consonnes doubles soit au commencement soit à la fin des mots. C'est afin de rendre plus rapide la prononciation des mots qu'on laissa tomber des voyelles et que Ton réunit plusieurs consonnes : c'est afin de rendre plus facile la prononciation des mots ainsi altérés qu'on omit plus tard une des consonnes, et qu'on ajouta des voyelles nouvelles.

Ainsi l'anglais to know « connaître » nous reporte au sanscrit jnâ, mais cejnâ (le latin gnô dans gnôvi, ou le grec gnô dans égnôri) remonte lui-même à janâ, contracté en jnâ. Beaucoup de racines sont formées par le même procédé, et elles expriment généralement une idée dérivée. Ainsi jan, qui signifie « créer, produire » , et que nous trouvons dans le sanscrit fanas, le grec génos « race, famille » , est élevé à jnâ, afin d'exprimer l'idée de « être capable de produire » . Si je suis capable de produire la musique, je sais la musique; si je suis capable de produire le labourage, je sais labourer, je puis labourer : de là la synonymie fréquente de ces deux termes pouvoir et savoir, et la fréquente fusion de ces deux conceptions, comme dans Ican et I know, Ich kann et Ich kenne (1). De même que jan nous donne jnâ, ainsi man «penser» (le sanscrit marias, le grec ménos, le latin mens, l'anglais mind « esprit ») nous donne mnâ « apprendre par cœur » , le grec mémnêmai « je me rappelle » , mimnéskô. Dans la prononciation anglaise le m tombe, et l'on prononce nemoniks le mot que l'on écrit m?iemordes « la mnémonique ». Nous avons encore en

(1) Pott, Etym. Forsch., Il, 291, rapproche queo et scio } en les rattachant au sanscrit ki. VoirBenfey, Kurze Sanskrit- Grammatik, § 62, note.

sanscrit une racine mlai « se flétrir » ; de là mlâna « flétri », mlâni « flétrissure ». Les nations teutoniques, éditant le contact complet des lèvres nécessaire pour prononcer m, se contentèrent de ce rapprochement des lèvres qui produit w, et de cette manière prononcèrent vl au lieu de ml. De là les mots anglo-saxons wlsec « fatigué » , wlacian « être fatigué, être flasque » . Le latin a flaccus « flétri, flasque » , là où nous nous attendrions à trouver blaccus, l'allemand welk. En allemand nous avons flau (1) « faible » , et ce qui semble n'être qu'une variété dialectale du bas-allemand» lau « tiède » , appliqué aux liquides qui ne sont que faiblement chauffés. Or, d'où vient cette double consonne initiale ml, qui en allemand subit le sort ordinaire de la plupart des doubles consonnes initiales, et qui de ml est réduite à /? La racine sanscrite mlai ou mlâ est formée comme jnâ et mnâ d'une racine plus simple, laquelle est mal ou mar signifiant « se consumer, dépérir » . Comme jan est devenu jnâ, ainsi mar est devenu mrâ. Cette racine mar, sur laquelle nous aurons à revenir plus tard, est une racine très-féconde, et fut employée principalement dans le sens de « dépérir ou mourir » , comme dans môrior, dans â[/.(ê)pocÉa, dans l'ancien slave mrëti « mourir », et dans le lithuanien mirli « mourir » .

Nous nous contenterons de ces exemples pour montrer qu'en sanscrit aussi, et dans les langues aryennes en général, les doubles consonnes initiales doivent leur existence à la même tendance qui plus tard amène

(i) Cf. Léo, Zeitschrift fur vergl. Sp., II, 252. Grimm (Wbrterbuchy à ce mot) rattacherai* hflâuen, et ce dernier a une forme supposée du moyen haut-allemand, flou onflouwe.

leur destruction. Ce fut une économie phonétique qui réduisit marâ à mrâ; ce fut encore une économie phonétique qui réduisit mrâ à râ et à là.

Une fois qu'une syllabe commence par une double consonne, et qu'on désire en faciliter la prononciation, le plus simple semblerait être de laisser tomber Tune des deux consonnes, et c'est ce que ion fait souvent , mais il s'en faut bien qu'on le fasse toujours. Nous avons vu cette chute d'une des deux consonnes dans les mots anglais knight « chevalier » , (h) ring « cercle » , etc. ; ncfus la voyons également dans les mots latins natus « né » pour gnatus, nodus « nœud » pour gnodw, l'anglais knot. Nous savons que la forme archaïque du latin locus « lieu » était stlocus (1), ce qui nous reporte à la racine stâ 9 d'où vient l'allemand Stelle « place , lieu » ; nous savons qu'au lieu de lis, litis « querelle, procès » , les anciens Romains prononçaient stlis dont nous pouvons rapprocher l'allemand Streit « combat, contestation » . Dans tous ces cas on a laissé simplement tomber la première ou les deux premières des consonnes initiales. Mais il arrive aussi que la double consonne, après avoir été tolérée d'abord uniquement parce qu'elle épargnait une syllabe, finit par être allongée de nouveau et par se partager en deux syllabes, dont la prononciation semble exiger un moindre effort que celle de la consonne double. Les langues sémitiques ne contiennent aucun mot qui commence par deux consonnes non séparées par une voyelle ou shewa. C'est même lace qu'Ewald considère comme un des caractères les plus marquants de la fa-

(i) Quintil.,I, 4, i6.

mille sémitique (1); et quand il s'agit de naturaliser en arabe des mots étrangers, comme Platon, par exemple , il faut changer le p en / (car l'arabe, ainsi que nous l'avons vu, n'a pas de jo), et ajouter au mot une syllabe initiale, ce qui donne Iflatûn pour Platon. Nous avons vu que les Hawaïens , en adoptant un mot comme l'anglais steel « acier » , sont obligés de renoncer à prononcer l'initiale s devant t, et disent tila ou kila. Les langues de l'Afrique occidentale surmontent cette même difficulté en faisant deux syllabes à la place d'une seule , et en disant , par exemple , suku pour school « école » . Pour prononcer le nom du Christ, il faut que les Chinois le changent en ki-li-sse-tu (2), remplaçant une seule syllabe par quatre. Nous trouvons des cas analogues plus près de nous. Beaucoup de mots latins commencent par se, st, sp. Quelquesuns de ces mots se rencontrent dans des inscriptions latines du quatrième siècle après J.-C. écrits avec un i initial : par exemple, in istatuam (3) (Orelii, 1,120, A. D. 375); Ispiritus (Mai, Coll. Vat., t. V, p. 446, 8) (4). Il semble que les nations celtiques n'aient pas pu prononcer un s initial, ou du moins, qu'elles l'aient évité (5). Les Espagnols au Pérou, même en li-

(i) Ewald, Gramm. Arabica,!, p. 23; Pott, Etym. Forsch., II, 66.

(2) Endlicher, Chinesische Grammatih, p. 22.

(3) Aujourd'hui encore les paysans du centre de la France ne disent jamais une statue, une station, mais une estatue, une estation. [Tr.]

(4) Voir Crecelius, dans Hœfer's Zeitschrift,l\, 166.

(5) Richards, Antiques linguœ brilannicas thésaurus (Bristol, i 753), cité par Pott, Etym. Forsch., II, 67, dit, après la lettre S : « Aucun mot breton ne commence par s, suivi d'une consonne ou d'un w, sans que le s soit précédé d'un y ; car nous ne disons pas Sgubor, snoden, etc., mais Ysgubar, ysnoden. Et quand nous empruntons à

sant du latin, disent estudium pour studium, eschola pour schola (1). De là l'addition constante de la voyelle initiale dans la branche occidentale de la famille romane, cette branche se composant principalement de la race celtique : ainsi nous trouvons en français escabeau, au lieu du latin scabellum; estante vieux français pour étaim, au lieu de stamen; espérer au lieu de sperare (2) . Puis, comme pour se venger du surcroît de peine que lui avait occasionné la double consonne initiale, le français rejette le s, qui avait été cause de l'addition de Ye initial, mais conserve la voyelle, laquelle, après la suppression du s, devient inutile. Ainsi le mot spada s'est changé en espée, puis en épée; scala en eschelle, puis en échelle; stabilire en establir* puis en établir, etc.

11 doit maintenant paraître clairement que tous ces changements doivent reposer sur des principes entièrement différents de ceux qui ont fait que les Romains prononçaient quatuor le même mot qui est prononcé four par les Anglais. La transition du gothique fidvor à l'anglais four peut être avec raison attribuée à une corruption phonétique , mais la différence entre quatuor

une autre langue des mots commençant par s, suivi immédiatement d'une consonne, nous plaçons un y au commencement de ces mots, comme lorsque nous disons ysgol pour le latin schola, yspryd pour tpiritus, ysgwyd pour scutum. »

(1) Tschudi, Peru, 1, 176, Caldwell, Dravidian Comparative Grammar, p. 170 : « Qu'un fait parfaitement identique se produit en tamoul, est une chose bien connue de tous les Européens qui ont résidé dans l'Inde méridionale, et qui ont entendu les indigènes parler d'établir une Ukool (iskoule) anglaise. Cet iskool vaut bien notre mot establish pour stabilire, ou les expressions italiennes con istudio, peristrada, etc.»

(2) Uiez, Grammatik, I, p. 224.

et fidvor ne saurait être expliquée que comme étant le résultat d'une variation dialectale. Si nous comparons quatuor, téssares, pisyres et fidvor, nous trouvons dans un seul et même mot la substitution d'une gutturale, d'une dentale et d'une labiale. Il n'y a rien qui montre que les Grecs aient changé la gutturale en dentale, ou que les nations teuto niques aient réputé la labiale moins difficile à prononcer que la gutturale ou que la dentale. Nous ne pouvons pas prouver qu'en grec la gutturale se réduise à une dentale, ou qu'en allemand la labiale soit plus récente , dans l'ordre chronologique, que la gutturale. Il nous faut considérer la gutturale , la dentale et la labiale , comme trois expressions phonétiques différentes d'une même conception générale, non pas comme des altérations d'un seul type originel déterminé. La ténue gutturale, une fois fixée dans une langue ou un dialecte quelconque, ne se réduit pas insensiblement dans ce dialecte à une ténue dentale; une ténue dentale, une fois qu'elle a été articulée nettement comme dentale, ne passe pas dans la même bouche au son d'une ténue labiale. Ce qui n'est pas encore individualisé peut se développer et revêtir maintes formes différentes ; ce qui est devenu individuel et déterminé n'est plus susceptible de ce développement illimité, et les changements. éprouvés tendent dès lôrs à la dégénérescence, et doivent être regardés comme un dépérissement. Dire où le développement finit et où commence le dépérissement, n'est pas moins difficile dans les langues vivantes que dans les corps vivants; mais dans la science du langage nous avons un critérium : c'est que les changements produits par l'altération phonétique doivent pouvoir souf-

frir une simple explication physiologique; il faut que dous les puissions rapporter à un relâchement de l'énergie musculaire dans les organes de la parole. Il n'en est pas de même des variations dialectales. Leurs causes, quand il est possible de les découvrir, sont spéciales, non pas générales, et dans beaucoup de cas elles échappent à tous nos efforts pour les expliquer physiologiquement.

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