LA LOI DE GRIMM
Substitution des consonnes dans les langues aryennes. Cause secrète de ce phénomène. — Racines triples. — La loi de Grimm. Exemples de tons les cas où cette loi influe sur le système des consonnes des langues indoeuropéennes. — Tableau général de la loi de Grimm — Hypothèse pour expliquer le changement de sens survenu dans les mots qui, en grec, en latin et dans les langues germaniques, signifient « pin », « chêne », et « hêtre ». Ces changements ont peut-être correspondu aux époques différentes de la végétation de ces arbres sur le sol européen. — Changements analogues dans les noms des métaux chez les peuples aryens. — Objections.
Je me propose de consacrer notre leçon d'aujourï'hui à l'examen d'une loi phonétique, communément appelée la loi de Grimm, loi qui est d'une grande importance et d'une application très-étendue, puis- (u'elle influe sur presque tout le système des consonnes des langues aryennes. Cette loi peut être exposée ùnsi :
Il y a dans la prononciation des langues aryennes rois points principaux où le contact des organes de a parole donne naissance, aux consonnes, c'est à savoir,
le point guttural, le point dental, et le point labial, où sont produits les sons k, t y et p.
A chacun de ces trois points il y a deux modes de prononciation, la prononciation dure et la prononciation molle, chacune desquelles est à son tour susceptible d'une aspiration, mais dans certaines langues seulement.
En sanscrit le système est complet; nous avons les consonnes dures (ou les ténues), £, t, p; les consonnes molles (ou les moyennes), g, d, #;les aspirées rudes, kh, th, ph; et les aspirées molles, gh, dh, bh. Toutefois les aspirées molles sont, en sanscrit, beaucoup plus importantes et d'un usage bien plus fréquent que les aspirées rudes.
En grec nous trouvons, outre les consonnes rudes et molles ordinaires, une seule série d'aspirées, x> &> <p, lesquelles sont rudes; ces aspirées sont devenues, dans le grec plus moderne, de simples spirantes (1).
En latin il n'y a pas d'aspirées véritables, leur place ayant été prise par les spirantes correspondantes. Cependant la spirante dentale, s, ne se rencontre jamais en latin comme représentant une aspirée dentale primitive (th ou dh) .
En gothique, les aspirées véritables manquent également, à moins qu'on ne prononçât comme une aspirée le th. Dans la série des gutturales et des dentales nous
(1) C'est-à-dire que le double son renfermé dans chaque aspirée s'est réduit à un son simple. Ainsi le 6 grec équivalait à t -h h; mais, en grec moderne, le 6 se prononce comme le th anglais, c'est-à-dire qu'il a pris un son nouveau où il est impossible de distinguer un t et un h. La même observation s'applique au <p (anciennement p + h) et au x (k + h). [Tr.]
n'avons que les spirantes h et /. Cette observation semble s'appliquer également à l'ancien haut-allemand.
Dans les dialectes slaves, y compris le lithuanien, les aspirées manquaient originairement.
Nous voyons donc que les aspirées existent seulement en sanscrit et en grec, et que dans la première de ces langues elles sont surtout molles, dans la dernière toujours rudes.
Examinons maintenant la loi de Grimm. La voici : « Si les mêmes racines ou les mêmes mots existent en sanscrit, en grec, en latin, en celtique, en slave, en lithuanien, en gothique et en haut-allemand, alors partout où les Hindous et les Grecs prononcent une aspirée, les Goths et les bas- Allemands en général, les Saxons, les Anglo-Saxons, les Frisons, etc., prononcent la consonne molle (ou la moyenne) correspondante, les anciens haut-Allemands prononcent la consonne rude (ou la ténue) correspondante. Dans ce premier changement les races lithuanienne , slave et celtique s'accordent pour la prononciation avec la race gothique. Nous arrivons ainsi à la première formule :