‹ Nouvelles leçons sur la science du langage: cours professé à l'Institution royale de la Grande (volume 3)Chapitre 46 sur 51 · III. PH, grec cp; sanscrit bh; latin f · texte numérisé non relu

III. PH, grec cp; sanscrit bh; latin f

B, gothique b; latin b; celtique et slave b.

P, ancien haut-allemand p.

3° L'anglais am «suis» , se dit en anglo-saxon beom : et eom. Eom vient de la racine as, et il est mis pour eo(r)m, ancien norrois ë(r)m, gothique i(s)m, sanscrit . asmi. Beom est l'ancien haut-allemand pi-m, allemand : moderne Un, sanscrit bhavâmi, grec phûô, latin fu dans fui.

L'anglais beech « hêtre » est le gothique bôka, latin fagus, ancien haut-allemand puocha. Le grec . phêgôs, qui est identiquement le même mot, ne signifie ' pas « hêtre »* mais «chêne» . Le changement de signification a-t-il été accidentel, ou bien s'est-il trouvé

des circonstances qui peuvent l'expliquer? Ce phègés H-il été dans l'origine le nom du chêne, signifiant < l'arbre qui nourrit » , de phageîn « manger »? Et le 10m qui originairement appartenait au chêne (le querus esculus) a-t-il été transféré au hêtre, après que âge de pierre avec ses pins, et l'âge de bronze avec es chênes, eurent passé (1), et que l'âge de fer et des êtres eut commencé à poindre sur les rivages de l'Euope? J'hésite à avoir la hardiesse de répondre Oui; t pourtant nous rencontrerons d'autres mots et d'aures changements de signification qui suggèrent des iées du même ordre, et qui encouragent le linguiste . considérer ces mots comme des témoins qui attestent l'une manière plus frappante que les instruments en iiex ou que les « jets » de bronze, la présence en Europe de la vie humaine et du langage aryen, avant le commencement de l'histoire ou de la tradition.

Qu'est-ce que l'anglais brim (2)? Nous disons qu'un ferre est brim full, c'est-à-dire qu'il est « plein jusqu'au bord » . Nous parlons aussi du brim of a hat, 2'est-à-dire « le bord d'un chapeau » , l'allemand Brame. Or, dans le principe, brim ne signifiait pas toute espèce de bord, mais seulement la ligne qui sé- [>are la terre de la mer. Ce mot est dérivé de la racine \kram, qui, ainsi qu'elle le doit, se montre à. nous en sanscrit avec bh, et signifie « tourbillonner » ; nous trouvons cette racine appliquée au feu , comme dans bhrama « la flamme qui s'élance » , à l'eau, comme ians bhrama « tourbillon », et à l'air, comme dans

(4) Sir Charles Lyell, Aniiquity of Man, p. 9. <(2) Kuhn, Zeitschrift, VI, 152*

bhrimi « trombe » . Les Romains appelaient œstus la houle et le bouillonnement de la mer, et ce point où les vagues écumantes semblent être en ébullition'et fumer (d'où le mot estuaire), fut nommé par j les nations teutoniques le irim ou « tourbillon » . Après ■» avoir désigné la ligne qui marque la limite de la mer 3 et de la terre, brim en est venu à signifier toute espèce 3 de bord, mais dans l'expression fill yowr g lasses to the H brim «remplissez vos verres jusqu'au bord», nous , pouvons nous imaginer encore voir la conception ori- ? ginelle de la mer arrivant à grands flots pour baigner [ ses bords. En grec, nous avons un verbe dérivé phri- * mâssein (1) «s'agiter»; en latin, nous trouvons de 5 l'affinité entre la racine qui nous occupe et fremere, | surtout dans le sens de « être furieux, rugir » , et peut- ^ être aussi frendere « grincer des dents, frémir de A rage ». 11 y a dans les langues teutoniques d'autres mots d'un ordre entièrement différent, et qu'il faut faire remonter à la même conception originelle de bhram «tourbillonner, être confondu, enroulé, entrelacé» ; ce sont bramble « ronce» , broom «genêt» , etc. (2).

Nous arrivons maintenant à la seconde catégorie de fmots, c'est-à-dire à ceux qui en gothique et en anglosaxon sont prononcés avec k, t, p, et qui, par consé- c quent, dans toutes les autres langues indo-européennes, à l'exception de l'ancien haut-allemand, doivent se prononcer avec g, d, b.

(i) BpépuA etppopwç, qui sont rapprochés par Kuhn, violeraient la loi ; ils expriment principalement le son, par exemple dans Ppara, ^ tyigpeiABTKK, Curtius, Griechische Etymologie, II, 109. Grassmann, dans Kuhn's Zeitschrift, XII, 93.

(2) Brande, sorte de broussaille dans le Berry, bruyère à balai.

IV. G, sanscrit g; grec, latin et celtique g; slave j, z. K, gothique k.

KH, ancien haut-allemand ch.

4° L'anglais corn « grain» est le gothique kaurn, slave no, lithuanien zimis. En latin nous trouvons granum; sanscrit, nous pouvons rapprocher de notre mot jîrna noulu » , lequel, cependant , est surtout appliqué îtaphoriquement à ce qui est moulu ou détruit par vieillesse. L'ancien haut -allemand nous donne )rn.

L'anglais kin « race , famille , parenté » , est le goque knni, l'ancien haut-allemand chunni. Dans le îc génos, le latin genus, le sanscrit janas, nous avons même mot. L'anglais child « enfant » , en ancien son kindj répond au grec gonos, « progéniture » . anglais queen « reine » est le gothique qinô ou cens, ncien saxon quena, anglo-saxon cven. Ce mot signilit originairement «mère » , comme le grec gyne (1), icien slave zena, sanscrit jani etjanî; de même king roi » , allemand kônig, ancien haut-allemand chunc 9 signifiait originairement « père » , comme le sansit janaka.

L'anglais knot « nœud » est l'ancien norrois knûtr, tin nodus, pour gnodus.

V. D, sanscrit d; grec, latin, celtique, slave d. T, gothique t.

TH, ancien haut-allemand z.

5° L'anglais two « deux » est le gothique tvai, icien haut-allemand zuei. Dans toutes les autres lan-

(i) Curtius, Griechische Etymologie, II, 247.

gues nous voyons l'initiale molle d; grec duo, latin s duo, lithuanien du, slave dva , irlandaise. Diibius j « douteux » est dérivé de duo « deux » ; et la même i idée est exprimée par l'allemand Zweifel «doute», : ancien haut-allemand zwifal, gothique tveifls. ;

L'anglais tree «arbre» est le gothique triu; en : sanscrit nous trouvons dru « bois, arbre » (dâru « bûche »). En grec dry s signifie « arbre » , mais spécialement l'arbre par excellence, le «chêne» (l).Dans l'irlandais darach, et dans le gallois derw, la significa- : tion de « chêne » est, dit-on, prédominante, quoique ces deux mots aient signifié originairement « arbre » , en général. Dans le slave drjevo, nous avons encore le . même mot avec le sens de « arbre » . Le grec déry si- , gnifiait dans l'origine «bois, tige », et a pris plus tard le sens de « lance » .

L'anglais timber « bois de construction » est le . gothique timr ou timbr , d'où timrjan « bâtir » . Il faut donc rattacher timber aux mots grecs démein « construire » , et démos « maison » ; au latin domvs, au sanscrit dama « maison », allemand Zimmer «.chambre » .

VI. B, sanscrit bouv; grec, latin, celtique et slave b. P, gothique/? (rare).

PH, ancien haut-allemand jtrô ou f.

6° Il y a peu de vrais mots saxons qui commencent par p, et en gothique aucun mot ne commence par cette lettre, excepté des mots étrangers. En sanscrit

(i) Schol. ad Hom. //,, XI, 86. ApuTop.oç, ÇuXoTop.o;* Spuvfop ex&iuvei iraXatot àiro tgu àpxaioWpou irav âevfyov. j

aussi, la consonne qui devrait correspondre au p gothique, f 'est-à T dire b, est bien rarement, si tant est qu'elle le soit jamais, un son initial, sa place étant occupée par le souffle labial v.

Nous passons maintenant à la troisième classe de mots, c'est-à-dire à ceux qui commencent en anglais 3t en gothique par des aspirées , ou plus proprement parlant par des spirantes, lesquelles nécessitent dans toutes les autres langues aryennes, excepté dans l'ancien haut -allemand, des ténues correspondantes, k savoir k, /, p. En ancien haut-allemand la loi est rompue. Là nous trouvons h et f au lieu de g et de b, et ce n'est que dans la série des dentales qu'on a conservé la moyenne d, correspondant au t sanscrit et au th gothique.

VII. K, sanscrit k; grec x; latin c 9 qu; ancien irlandais c, ch; slave k.

KH, gothique h, g {f) ; sanscrit h.

G, ancien haut-allemand h (g, k).

7° L'anglais heart « cœur » est le gothique hairtô. Nous trouvons, par conséquent, en latin cor, cor dis, en grec kardia. En sanscrit, nous devrions nous attendre à krid, au lieu de quoi nous trouvons la forme irrégulière hrid. L'ancien haut -allemand donne herza.

L'anglais hart «cerf» est l'anglo-saxon heorot, ancien haut-allemand hiruz. Ce mot se rattache au grec keraés « cornu » , de kéras « corne » , et au latin wrws « cerf » . La même racine a produit le latin cornu «corne», gothique haurn, ancien haut-aile-

mand horn. En sanscrit, éiras signifie « tète » , êringa « corne » .

Les mots anglais who « qui » , et what « que, ce que, quel» , bien qu'étant écrits par wh, sont en anglosaxon hva et hvœl, en gothique hvas, hvô, hva. Transcrivant ceci en sanscrit, nous avons kas, kâ, kad; latin guis, guœ, quod; grec kos et pas.

VIII. T, sanscrit t; grec, latin, celtique, slave t. TH, gothique th et d.

D, ancien haut-allemand d.

8° L'anglais thaï « ce , celui-là » est le gothique thala, le neutre de sa, sô, thata, anglo-saxon se, seô, thœt, allemand der, m die, das; en sanscrit sa, sa, tad; en grec hos, Iw, to.

De même three « trois » , gothique thrais, est le sanscrit frayas, ancien haut-allemand drei, grec frets, latin 1res.

Thou « tu » est le sanscrit tvam, grec ty et si), latin tu, haut-allemand du.

Thin « mince » se dit en ancien norrois thunnr, sanscrit tanu-s, latin tenuis, haut-allemand diïnn.

IX. P, sanscrit/); grec, latin, celtique, slave^. PH, gothique f et b.

B, ancien haut-allemand fciv.

9° Le dernier cas qu'il nous reste à examiner est celui où nous trouvons dans des mots anglais ou gothiques une spirante labiale, à laquelle devra être substituée la ténue labiale en sanscrit et dans les autres dialectes aryens, à l'exception de l'ancien haut-allemand, où le / reparaît généralement.

L'anglais fare dans fare tkee well « porte-toi bien » , orrespond au grec poros « passage » . L'anglais welare « prospérité» , allemand wohlfahrt (même sens), erait en grec euporia « passage facile, prospérité » , pposé à aporia « difficulté de passer, gêne, pélurie, impuissance » . Nous retrouvons le même mot, aais légèrement changé, dans le sanscrit char « mar- :her » (1).

X' anglais feather « plume » correspondrait au inscrit patlra, qui signifie « aile d'oiseau » , c'est-àlire l'instrument du vol, de pat « voler » , avec le dérivatif tra. Quant au latin penna « plume » , il dérive de la même racine, mais il est formé à l'aide d'un autre suffixe. Ce serait patana en sanscrit, pesna et penna en latin.

L'anglais friend « ami » est un participe présent. Le verbe frijon en gothique signifie « aimer » , de là frijond. Nous trouvons en sanscrit prî « aimer ».

L'anglais few « peu » est le même mot que le français peu. Few, cependant, n'a pas été emprunté au franco-normand ; les deux mots sont des cousins éloignés. Peu remonte à paucus 9 few à l'anglo-saxon feawa, gothique fav-s, lequel est le véritable représentant gothique du latin paucus. L'ancien haut- allemand donne fôh (2).

(1) Voir Grimm, au mot fahren.

(2) Kuhn, Zeitscârift, I, 515. Pour des exceptions à la loi de Grimm, voir un savant article publié par le professeur Lottner dans Kuhris Zeitschrift, XI, 461 : et les observations de Grassmann dans e même journal, XII, 131.

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