‹ Nouvelles lecons sur la science du langage cours professe a l'institution royale de la Grande Bretagne en l'annee 1863Chapitre 13 sur 30 · hiranyahasta · texte numérisé non relu

hiranyahasta

donne la santé, la richesse et la sagesse. » Mais l’origine du proverbe allemand est mythologique. C’est la conception de l’aurore comme étant la lumière dorée (quelque ressemblance analogue à celle qui existe entre aurum et aurora), qui suggéra l’expression proverbiale ou mythologique « l’Aurore à la bouche d’or» , — car nombre de proverbes sont de la mythologie réduite en miettes. Mais revenons au soleil à la main dor. On n’en fit pas seulement un enseignement : on en tira aussi un mythe que consacra la piété. Soit qu’on ne vît réellement pas la signification naturelle du Soleil à la main dor, soit qu’on ne voulût pas la voir, toujours est-il que les anciens traités théologiques des Brahmanes (1) racontent que le Soleil s’était coupé la main pendant un sacrifice, et que les prêtres l’avaient remplacée par une main artificielle faite d’or. Plus tard même le Soleil , sous le nom de Savitar, devient prêtre lui-même, et une légende raconte qu’il se trancha la main pendant un sacrifice, et que les autres prêtres lui fabriquèrent une main d’or.

Toutes ces légendes, tous ces mythes que nous avons examinés jusqu’à présent sont assez clairs; ils ressemblent aux fossiles de l’époque la plus récente, et l’on ne saurait se méprendre sur les rapports de ressemblance qui les rattachent aux espèces existantes. Mais, si nous creusons un peu plus profondément, la ressemblance est moins facile à saisir, quoiqu’on puisse l’établir par des recherches soigneuses. Si le dieu allemand Tyr, que Grimm identifie avec le dieu-soleil du sanscrit (2) , est représenté comme

(1) KaMhUaki-bràhmana, loc. cit. et S&tjat^.

(2) Deutsche Mythologie, XLVII, p. 187.

Coogle

HUITIÈME LEÇON

n’ayant qu’une main, c’est que le surnom à la main dor avait fait concevoir le Soleil comme ayant une main artificielle , et plus tard , par une conclusion strictement logique , comme n’ayant qu’une seule main. Chaque nation inventa sa propre histoire concernant la manière dont Savitar et Tyr avaient perdu leur main ; et tandis que les prêtres de l’Inde imaginèrent que Savitar s’était blessé la main dans un sacrifice , les chasseurs du Nord racontèrent que Tyr avait placé sa main, comme gage, dans la gueule du loup, et que le loup l’avait emportée. Grimm compare cette légende de Tyr qui place sa main, comme gage, dans la gueule du loup, et qui la perd de cette manière, avec une légende indienne de Sûrya ou Savitar, le soleil, qui saisit un animal destiné au sacrifice et qui perd la main par sa morsure. Cette explication est possible, mais elle a besoin d’être confirmée, surtout une autre origine ayant été trouvée pour le dieu allemand Tyr à la main unique. Tyr est le dieu de la victoire, ainsi que Wackernagel le fait observer, et, la victoire ne pouvant être que d’un côté, on a bien pu se figurer et représenter dans le langage le dieu de la victoire comme n’ayant qu’une seule main (1).

Les Grecs ne faisaient qu’une simple métaphore poétique lorsqu’ils parlaient des étoiles comme étant les yeux de la nuit. Mais quand ils parlent dArgos «qui voit tout» {Panéptës), et qu’ils nous disent que son corps est tout couvert d’yeux, nous avons évidemment là de la mythologie (2).

{!) Schweitzer Muséum, I, t07.

(2) Rv. I, 19, 4; 38, 15j52, 15. Kuhn, ZeitschHft, 1, 521.

L’expression est aussi parfaitement intelligible quand les poëtes du Véda parlent des Maruts, les vents, les orages, comme étant des chanteurs. 11 n’y a là rien de plus que quand les poëtes parlent de la musique des vents; et en allemand l’expression der Wind singt O le vent chante » ne signifie rien autre chose que « le vent souffle » . Mais lorsque les Maruts sont appelés non-seulement des o chanteurs » , mais des « musiciens f) (et même, dans le Véda, de « sages poëtes »), alors le langage a dépassé ses limites, et nous lance dans la région des fables.

Quoique cette distinction entre la métaphore radi~ cale et la métaphore poétique soit tout à fait essentielle, et nous aide plus que toute autre chose à obtenir une perception claire de l’origine des idées, nous devons admettre qu’il y a des cas où cette distinction ne s’établit pas aisément. Si des poëtes modernes appellent les nuages des montagnes , c’est là évidemment une métaphore poétique, car le mot montagne, par lui-même, ne signifie jamais «nuage». Mais lorsque nous voyons que dans le Véda les nuages sont constamment appelés parvala, et que parvata signifie étymologiquement « noueux ou âpre», il est difficile de dire d’une manière positive si, dans l’Inde, les nuages étaient appelés des montagnes par une simple métaphore poétique, ou si, dès le commencement, les nuages et les montagnes avaient été conçus comme étant pleins de saillies et d’ondulations, et avaient, pour cette raison, été appelés parvata. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même, à savoir, de la mythologie; car s’il est dit dans le Véda que les Maruts ou les orages font trembler les montagnes (I. 39, 5), ou

HUITIÈIO: LEÇON.

qu’ils traversent les montagnes ([. 116, 20), bien que cette expression ait signifié originairement que les orages agitent les nuages, ou passent à travers les nuages, elle est venue à signifier, aux yeux des commentateurs plus modernes, que les Maruts secouaient réellement ou déchiraient les montagnes.

Page 1