II
que nous avons déjà expliquée, arkâh, avec exactement le même accent et le même genre, était aussi employé dans le sens d’ « hymne de louange » . Or nous avons ici un exemple évident d’une métaphore radicale en sanscrit. Ce n’est pas le mot arkâh, dans le sens de soleil, qui fut transporté, par un vol hardi de l’imagination, à un hymne de louange, ni vice versâ. Une même racine arch, sous une forme absolument identique, fut attribuée d’une manière indépendante à deux conceptions distinctes. Si l’on venait à oublier la raison de l’attribution indépendante d’une même racine à ces deux idées, soleil et hymne, il y avait danger de mythologie , et effectivement nous trouvons dans l’Inde qu’un mythe s’était formé à ce sujet, et la fable racontait que les hymnes de louanges étaient émanés du soleil ou avaient été originairement révélés par lui.
Notre racine «rcA nous fournit un autre exemple de la même espèce de métaphore, qui diffère cependant légèrement de celle que nous venons d’examiner. De rich, dans le sens de « brillant », il était possible de former un dérivé rikta, dans le sens de «éclairé, éclatant». Cette forme n’existe pas en sanscrit ; mais, comme kt, en sanscrit, est sujet à être changé en
(1), nous pouvons reconnaître dans riksha le même
(1) Kuhn, dans la Zeitschrift für die ff^issenschaft der Sprache, I, l3o, fut le premier à indiquer l’identité du sanscrit riksha et du grec àp»Ts; dans leur application mythologique. Il prouva qu’en sanscrit ksh représentait un kt primitif, dans takshan « charpentier, » grec «'xTOv; dans ksAi « habiter », dans vakshas, latin pectus. Curtius, dans ses Grundiiige, a ajouté à ces exemples kshan « tuer », grec xvav; Aufrccht (Kuhii's Zeitschrift, Vlll, 71), kshi «tuer», xTi; Léo Meyer (V. 31i), ksham «terre», grec ■/fiât. On
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dérivé de rich. Rikshu, dans le sens de brillant, est devenu le nom de l’Ours, soit à cause de ses yeu.x brillants, soit à cause de sa peau brune et brillante (1). Ce même nom, riksha, fut donné en sanscrit aux étoiles, les brillantes. 11 est usité comme masculin et comme neutre dans le sanscrit plus moderne; mais comme masculin seulement dans le Véda. Dans un passage du Rig-Véda, I, 24, 10, nous lisons ce qui suit : xLes étoiles fixées en haut, que l’on voit la nuit, où vontelles le jour? » Il est curieux de remarquer que le commentateur n’est pas satisfait de cette traduction à&riksha dans le sens d’étoiles en général, mais il invoque la tradition des Vâjasaneyins, afin de montrer que les étoiles ici désignées par le nom de rikshas sont bien la même constellation qui, dans le sanscrit plus moderne, est appelée « les sept Rishis » , ou « les sept Sages » . Ce sont les étoiles que l’on ne voit jamais se coucher pendant la nuit; en parlant d’elles, on pouvait donc demander avec un à-propos particulier où elles vont le jour? Quoi qu’il eu soit, la tradition est là, et il s’agit de savoir si on peut l’expliquer. Or rappelons-nous que la constellation ici appelée les
peut encore y ajouter kshi « posséder », xTâojMu; et peut-être kshu « éternuer », tttiIh, si ce mot est mis pourxT»u.
(1) Grimm (D. fV. aux mots .■4ugr. et Bar) compare riksha. Bar, non-seulement avec ifx-roç, ursus, lithuanien lokis (au lieu de olkis, orkis), irlandais art (au lieu de arct), mais aussi avec l’ancien hautallemand etah, lequel n’est pas l’ours, mais l’élan, l’aéces décrite par César, H. G., VI, 27. Cependant cette alces , l’ancien haut-allemand elah, se confondrait mieux avec risa ou risya, une sorte de chevreuil dont il est fait mention dans le Véda(/?r., Vlll, 4, 10), et dont Weher (A^. Z., VI, 320) a eu raison de rapprocher irewt, forme pri-> mitive de hircus. Çjuintil., I, 5, 20.
Ri/cshas, dans le sens de « les brillantes » , serait, en sanscrit, l’homonyme de les Ours. Rappelons-nous aussi que la même constellation, apparemment sans rime ni raison, est appelée par les Grecs et par les Romains YOurse, au singulier, ârktos et ursa. On peut trouver que cette constellation ressemble à un chariot, mais on n’y saurait découvrir l’ombre d’une ressemblance avec une ourse. Vous allez maintenant comprendre l’influence des mots sur la pensée, et assister à la naissance spontanée de la mythologie. Le nom de riksha était appliqué à l’ours, pour désigner l’animal à la robe brune et brillante, et, dans ce sens, il devint un nom très-vulgaire dans le sanscrit plus moderne, en grec et en latin. Le même nom, signifiant « les brillantes •, avait été appliqué par les poètes védiques aux étoiles en général, et plus particulièrement à celte constellation, qui, dans les régions septentrionales de l’Inde, était la plus marquante. La signification étymologique de riksha, comme simple appellatif des étoiles brillantes, était oubliée; l’acception populaire de riksha « ours » était connue de tout le monde. Et ainsi, il arriva que quand les Grecs eurent quitté leur patrie primitive et se furent établis en Europe, ils gardèrent le nom de Arktos pour ces étoiles qui continuaient toujours à occuper la même place et à briller du même éclat dans le firmament ; mais, ignorant la raison pour laquelle ces étoiles avaient originairement reçu ce nom, ils cessèrent d’en parler comme étant drktoi, ou plusieurs ourses, et les désignèrent sous le nom de l’Ourse, ou de la Grande-Ourse, y adjoignant un gardeur d’ourse, Arcturus {oûros, «gardien»), et même, par la suite, une Petite-Ourse. Ainsi le nom
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des régions arctiques repose sur une erreur qui s’est produite au sujet d’un mot qui fut créé, il y a des milliers d’années, dans l’Asie centrale ; et ce regard jeté sur les antiques annales du langage humain fait cesser l’étonnement avec lequel bien des observateurs réfléchis, en contemplant ces sept étoiles brillantes, se sont demandé ce qui avait jamais pu leur faire donner le nom de la Grande-Ourse.
De l’autre côté, les Hindous oublièrent aussi la signification originelle de riksha. Ce mot devint un simple appellatif, apparemment avec deux sens, «étoile» et «ours ». Toutefois ^ dans l’Inde, cette dernière acception l’emporta sur l’autre, et, à mesure que riksha se fixa de plus en plus comme nom de l’animal, il perdit, au même degré, sa connexion avèc les étoiles. Aussi lorsque, dans la suite des temps, leurs sept sages furent familièrement connus de tout le monde sous le nom des sept Rishis, les sept Rikshas, ne se rattachant plus à rien, flottèrent comme à la dérive vers les sept Rishis, et bien des fables surgirent touchant l’habitation des sept poètes dans les sept étoiles. Telle est l’origine d’un mythe.
Le seul point douteux de l’histoire de ce mythe de la Grande-Ourse est l’incertitude qui règne sur l’exacte signification mythologique de riksha « ours» . Nous ne voyons pas pourquoi d’entre tous les animaux l’ours aurait été appelé le « brillant» (f), 11 est vrai qu’il y a beaucoup de noms dont nous ne saurions découvrir la raison, et il nous faut souvent nous contenter du
(1) Voir cependant des remarques de Welcker sur le loup, dans sa Griechische Gôtterlehre, p. 64.
simple fait que tel nom est dérivé de telle racine, et que, par conséquent, il avait originairement telle signification. L’ours était le roi des animaux pour beaucoup de nations septentrionales qui ne connaissaient pas le lion ; et il serait difficile de dire pourquoi les anciens Germains l’appelaient Goldfusz, « aux pattes d’or » . Mais, quand il faudrait renoncer à dériver riksha de arch, les derniers chapitres de l’histoire de ce mot n’en resteraient pas moins les mêmes. Nous aurions riksha « étoile » dérivé de arch « briller » se confondant avec nksha « ours » , dérivé de quelque autre racine telle que, par exemple, arv ou ris « blesser » ; mais cela ne changerait rien à la raison pour laquelle certaines étoiles furent plus tard conçues comme étant des ourses. Il faut dire aussi que l’ours est peu connu dans le Véda. Dans les deux passages du Rig-Véda, où se rencontre riksha, Sâyana explique ce mot comme signifiant « nuisible » et « feu » , et non pas dans le sens d'ours. Mais dans la littérature plus moderne on trouve très-souvent « ours » .
Un autre nom de la Grande-Ourse (originairement les sept ourses, ou en réalité les sept étoiles brillantes) est septemtriones. Les deux mots qui forment ce nom sont quelquefois séparés; par exemple, dans ce vers
Ç)uas nostri septcm soliti vocitare triones (1).
Varron (L. L., VU, 73-75), dans un passage qui n’est pas très-clair, nous dit que trkmes était le nom que, même de son temps, les bouviers donnaient à leurs
(1) Vers traduit d’Aratus, dansCic., De Nat. Deor., H, 41, 103.
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bœufs occupés au labour (1). Si nous pouvions tenir pour certain le fait que les bœufs ont été appelés triones, nous pourrions accepter l’explication de Varron, et nous devrions admettre qu’à une certaine époque les sept étoiles furent conçues comme étant sept bœufs. Mais la vérité est que trio n’est jamais employé dans ce sens, excepté par Varron, pour les besoins d’une étymologie, et nulle part ailleurs les sept étoiles ne sont appelées les sept bœufs, mais seulement « les bœufs et le timon » , boves et temo, dénomination qui leur convient bien mieux. Boôtës « le bouvier», nom donné à cette même étoile que nous avons déjà vu appeler Arcturus, impliquerait seulement que la charrue (hdmaxa) était conçue comme tirée par deux ou trois bœufs, mais non pas qu’on parlât jamais des sept étoiles comme étant autant de bœufs. Quoiqu’il soit impossible, dans ces sortes de questions, d’être bien aflirmatif, il semble assez probable que ce nom de triones, qui ne peut certainement pas venir de teira, a pu être un vieux nom étoile en général. Nous avons vu que les étoiles étaient appelées en sanscrit star-as « celles <|ui répandent, qui sèment la lumière» ; etle latin Stella n’est qu’une contraction de sterula. L’anglais star, l’allemand Stern, sont issus de la même source. Mais, outre star, nous trouvons eu sanscrit un autre nom pour étoile, à savoir, tdrd, où le s initial de la racine est perdu. Une telle perte n’est nullement rare (2), et
(1) Triones cnim âoMf appcilanliir a buljulcisctiamnuiic tnaxume i|uom arant tcrram; e quis ut dirti valentes ÿ/«6arn’qui facile proscindunt glebas, sic omnis qui terram arabant a terra terriones, iinde triones ut dicerentur e detrito.
(2) Voir Kuhn, Zeitschrift, ÏS , * et suit.
«O LEÇONS SÜR LA SCIENCE Dü LANGAGE.
trw, en latin, pourrait alors représenter une forme originelle strio (I étoile » . Strio « étoile » étant devenu inusité, comme riksha, le nom de Septentriones serait resté purement traditionnel ; et si, comme Varron nous le dit, il y avait en latin un nom vulgaire pour bœuf savoir, trio (qu il faudrait alors dériver de tero « je broie»), les paysans, en parlant des septem triones « les sept étoiles » , se seraient naturellement imaginé qu’ils parlaient de sept bœufs.
Mais, SI je doute que les sept étoiles aient jamais suggéré à elles seules l’idée de sept animaux, soit ours, soit bœufs, j’ai également peine à croire qu’on ait ja-^ mais parlé des sept étoiles comme étant temo a le timon » . Varron dit qu’on les nommait boves et temo « les bœufs et le timon » , mais non pas qu’elles étaient appelées ou « les bœufs » , ou « le timon » . Nous pouvons bien imaginer que les quatre étoiles soient prises pour des bœufs, et les trois pour le timon; ou encore que l’on prenne les quatre étoiles pour le chariot, une étoile pour le timon, et les deux autres pour les bœufs; mais je ne pense pas qu’il ait jamais pu venir à l’idée de personne d’appeler les sept étoiles réunies « le timon » . Mais alors on pourrait objecter que temo, en latin, ne signifie pas seulement « timon » mais « voiture » , et qu’on devrait par conséquent le regarder comme un équivalent de hâmaxa. Cela serait possible, seulement on n a jamais prouvé que temo ait signifié «voiture» en latin. Sans doute Varron l’affirme, mais nous n’en avons d’autre preuve que son assertion (1). Car si Juvénal dit (sat. IV, 126) :
0) L. L., Vil, 7Ü. Temo diclus a tenendo, is enim continet juguni Et plaustrum appellatiim, a parte totum, ut multa.
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De femme Britanno excidet Arviragux,
/mo signifie réellement ici «timon», les Bretons ayant coutume de combattre en se tenant debout surletimon de leurs chars (1). Et dans les autres passages (2), où temo est supposé signifier char en général, il ne désigne que notre constellation, ce qui ne peut prouver en aucune façon que temo seul ait jamais eu le sens de char.
Temo est mis pour te;imo, et dérive de la racine Uiksh qui donne également l'ujnum « poutre » . En français timon ne signifie pas voiture, pas plus que Deichsel en allemand, et fixl ou ^is! (3) en anglo-
(1) Cæs., B. G., IV, 33; V, KJ.
(2) Slat., 7Ae6., I, 692 :
Sed jam temone supino Langue! hyperboreæ glacialis portitor Ursa;.
Stat., Theb., I, 370 :
Hyberno deprensus navita ponto,
Cui neque temo piger, neque amico sidéré monstrat Luna vias.
Cic., De nat. Deor., II, 42, 100 (traduisant Aratus) :
Arctopbylax, vulgo qui dicitur esse Bootes,
Quod quasi temone adjunctam præ se quatit Arcton.
Ovid., Met., X, 447 :
Interque triones
Flexerat obliquo plaustrum temone Booles.
Lucan., IV, 523 :
Flexoque Ursæ temone pavèrent.
Propert., III, 5, 35 :
Cur seras versare bove» et plaustra Bootes.
(3) En anglo-saxon, pl*/ est employé comme nom de la constellation du Chariot, comme temo.
Diüitized
saxon, lesquels mots dérivent aussi, en stricte conformité avec la loi de Grimm, delà même racine que temo^ c’est-à-dire de tvaksh, ou iaksh. Au contraire, l’anglais team « attelage » n’a aucune connexion avec temo ou timon, mais vient du verbe anglo-saxon teon « tirer», allemand ziehen, gothique tiu/ian, latin duco. Il signitie » tir » et l’expression a team of horses signifie littéralement un tir de chevaux, une file de chevaux, ei?i Zug Pferde. Cependant le verbe teon, comme l’allemand ziehen, avait aussi le sens de «élever»; et de même que nous trouvons en allemand ziehen, Zucht, et ziiehten, ainsi, en anglo-saxon, team a signifié «progéniture»; teamian (que, pour plus de clarté, nous écrivons to teem en anglais) prit le sens de « produire, propager » , et enfin de « abonder » .
D’après la nature même du langage, les méprises mythologiques telles que celle qui a donné naissance aux fables concernant la Grande-Ourse doivent être plus fréquentes dans les idiomes anciens que dans les langues modernes. Néanmoins les mêmes accidents mythologiques arrivent dans le français et dans l’anglais modernes. Quand les Hindous parlaient des sept étoiles brillantes, les Rikshas, comme étant l’Ours, leur erreur n’était pas plus grande que ne serait la nôtre si, en parlant de walnut « noix » , nous nous figurions que ce mot a quelque rapport avec ivall «mur». Walnut l’anglo-saxon en allemand Wdlsche Nuss. Wülsch signifie originairement en allemand « étranger, barbare » , et ce nom était spécialement appliqué par les Allemands aux Italiens. Et aujourd’hui encore l’Italie est appelée Wehchland en Allemagne. Les envahisseui’s sa.xons donnèrent le
Rl'lTIÈME LEÇON.
même nom aux Celtes qui habitaient les Iles Britanniques : ils les appelaient en anglo-saxon wealh, au pluriel wealas. Walnut a donc signifié originairement (( noisette étrangère » . En lithuanien la noix porte le nom de « noisette italienne » ; en russe on l’appelle «noisette grecque» (1). Quel est l’Anglais qui, en parlant de walnui, songe à la signification de ce mot, « noisette étrangère »? Si ce n’est qu’il se trouve que les noix ne sont pas des fruits d’espalier, il est fort présumable que les maîtres d’école auraient déjà insisté pour faire épeler le mot avec deux /, et que plus d’un jardinier aurait planté ses noyers contre le mur.
Il y a une soupe qu’on nomme soupe (le Palestine. Elle est faite, me dit-on, avec des topinambours, que nous appelons en anglais Jérusalem artichokes « artichauts de Jérusalem » , mais ce nom provient d’une simple erreur : le topinambour, appartenant à la famille des hélianthes, et ressemblant au tournesol, fut appelé en italien (jirasole, de gyrtis « cercle, tour » , et sol n soleil » . De là les Jérusalem artichokes et les Palestine soups \
Nous nous contenterons de rapporter ici un autre exemple, parce que nous aurons à revenir sur ce sujet de la mythologie moderne. Une des sept merveilles (2) du Dauphiné est la Tour sans venin, près de Grenoble. On raconte que les animaux venimeux meurent dès
(1) Pott, E. F., H, 127. Itôliskas rëssutyt; (Jréczkot orjech. L’allemand Lamberts-Nuts est nux Lombardica. Au lieu de JVatnut, nous trouvons JVelihnvt, Philos. Traïusact., XVHI, p. 819, et lyatshnul dans Gerarde's Herhal. llans la table de ce dernier ouvrafre, fValnut est écrit avec deux l, et vient après IFallfloicer.
(2) lie Brosses, Formation mécanique des langues, II, 133,
qu’ils en approchent. Quoiqu’on ait fait cette expérience et qu’elle ait invariablement manqué, cependant bien des gens du pays croient aussi fermement que jamais à la vertu miraculeuse de cette localité. Ils en appellent au nom même de la Tour sans venin, et si les plus éclairés d’entre eux consentent à admettre que la tour a pu perdre, de nos jours, ce caractère miraculeux, ils n’en maintiennent pas moins qu’elle le possédait certainement autrefois. Cependant le véritable nom de la tour et de la chapelle qui se trouvé tout près est San Verena ou Saint Vrain. Ce nom se changea d’abord en son veneno, et puis en sans venin.
Mais il faut revenir à la mythologie ancienne. Il y a en sanscrit une racine GHÂR, qui, comme ark, signifie « être brillant » et « rendre brillant » (1). Elle fut employée originairement en parlant du luisant de la graisse et de l’onguent. Ce sens primitif est conservé dans certains passages du Véda, où l’on dit que le prêtre ranime le feu en y éparpillant des parcelles de beurre. Cette racine ne signifie jamais saupoudrer ou éparpiller en général, mais toujours éparpiller une substance luisante et grasse {beglitzem) (2). Cette racine a donné ghrita, le ghee moderne, qui signifie beurre fondu, et en général toute matière onctueuse (Schmalz), la graisse de la terre et la grasse vapeur des nuées. Ghrita signifie aussi «luisant, brillant»; c’est pourquoi l’aurore est appelée «à la face
brillante » . On a encore formé avec le même mot une
(1) Cf. Kuhn’s Zeitschrift, I, tS4, 566; III, 346 (Schweizer), IV, 354 (Pictet).
(2) Rr. II, 10, 4. Jigharmy agnim hacishd gh/iténa « j’oins » ou « je fais briller le feu avec des oblations de graisse ».
HUITIÈME LEÇON
épithète pour le feu, ghritânirnij « aux vêtements brillants » , littéralement « aux vêtements dégouttants de graisse » . Les chevaux d’Agni (le feu) sont aussi appelés ghritdprishthâh , littéralement « au dos couvert de graisse » , mais, suivant le commentateur, « bien nourris, luisants ». Les mêmes chevaux sont appelés vîtaprishthâ « au beau dos » , ghritasndh « baignés de graisse, luisants, arrosés ». D’autres dérivés de cette racine sont ghrigd « chaleur du soleil », et dans le sanscrit plus moderne ghrind « chaleur du cœur » ou « pitié » , mais aussi « fougue » ou <1 mépris ». Ghrini aussi signifie « l’ardeur brûlante du soleil ». Gharmd désigne la chaleur en général, et peut se dire de tout ce qui est chaud, du soleil, du feu, du lait chaud, et meme de la chaudière et de la bouillotte. Ce mot est le même que le grec thermos^ et que le latin formus « chaud )> .
Au lieu de la racine ghar nous trouvons aussi la racine har, légère modification de la première et ayant la même signification. Cette racine a produit plusieurs dérivés. Deux dérivés fort connus sont hdri et harit, qui tous deux signifiaient originairement « brillant, resplendissant » Or rappelons-nous que, quoique le soleil et l’aurore soient conçus de temps en temps par les poètes védiques comme étant eux-mêmes des chevaux (1), c’est-à-dire des chevaux qui font une course, ce fut chez ces poètes une conception plus familière de représenter le soleil et l’aurore comme tirés par des chevaux. Ces chevaux sont très-naturelle-
(1) -Max Millier, f^ssay on comparative Mylkology, p. 82. Bôlitlingk-Roth, fVOrterbuch, au mot aéva.
ment appelés hàri ou haril « brillants, éclatants »; et beaucoup de noms semblables leur sont appliqués^ tels que amnâ, arm/id, rohit, etc. (1), lesquels expriment tous l’éclat de la couleur avec ses diverses nuances. Après quelque temps, ces adjectifs devinrent desj substantifs. De même que harinày après avoir signifié « d’un fauve éclatant » , est devenu le nom propre de l’antilope ; de même qu’en anglais nous disons a hay quand nous voulons parler de a bay hor.se « un cheval bai » , ainsi les poètes védiques parlèrent des Harits comme étant les chevaux du Soleil et de l’Aurore, des deux Haris, comme étant les chevaux d’Indra, des Rohits, comme étant les chevaux d’Agni (le feu). Après quelque temps, la signification étymologique de ces mots fut perdue de vue, et haii et harit devinrent les noms traditionnels des chevaux par lesquels on représentait l’Aurore et le Soleil, ou que l’on supposait être attelés à leurs chars. Quand le poète védique dit : « Le Soleil a attelé les Harits pour sa course, » que signifiait originairement ce langage? Rien de plus que ce qui frappe tous les yeux, à savoir, que ces brillants rayons que l’on voit le matin dans l’orient, avant le lever du soleil, s’élançant du point de l’horizon où ils sont réunis jusqu’au haut du ciel et jaillissant dans toutes les directions avec la rapidité de l’éclair, font monter après eux le globe lumineux du soleil , comme des coursiers traînent le char d’un guerrier. Mais quelle main est assez ferme pour tenir les rênes du langage? Les Harits « les brillants» s’échappent comme des chevaux emportés, et bientôt
(t) Cf. Max Müllci', kssaypn comparative Mythology, pp. 81-83.
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eux, qui étaient originairement l’Aurore ou les rayons de l'Aurore, reparaissent pour être attelés comme des chevaux au char de l’Aurore. Ainsi nous lisons {Rv., VII, 75, 6) : <1 On voit les chevaux éclatants qui nous amènent l’Aurore brillante.»
Si l’on demande comment il a pu se faire que des rayons de lumière fussent désignés sous le nom de chevaux, la réponse la plus naturelle serait que c’était là une de ces expressions poétiques dont tout le monde peut se servir. Mais, si nous observons le développement du langage et de la poésie, nous découvrons (jue beaucoup des expressions poétiques des temps plus modernes reposent sur le même principe métaphorique que nous avons vu remplir un rôle si important dans la formation primitive des noms, et nous trouvons que ces expressions furent suggérées aux poètes plus modernes par des poètes plus anciens, c’est-à-dire par les créateurs du langage même qu’ils parlaient, .\irisi, dans le cas actuel, nous pouvons voir que le même nom qui fut donné aux flammes du feu, savoir vahni, servait aussi de dénomination pour le cheval, vahni étant dérivé d’une racine vah «porter, transporter » . Il y a plusieurs autres noms communs à la fois aux rayons de lumière et aux chevaux, de sorte que l’idée de cheval devait naturellement traverser l’esprit quand on prononçait ces noms des rayons lumineux. Et nous voici encore une fois plongés dans la mythologie, car toutes les fables concernant Hélios « le soleil » et ses chevaux découlent irrésistiblement de cette source.
^Mais il y a plus encore. Rappelez-vous qu’un des noms donnés aux chevaux du Solejl était Harit ; rappelez-vous aussi que dans la pensée des créateurs dü
langage ces chevaux du Soleil étaient les rayons de l’Aurore, ou, si vous le voulez, l’Aurore elle-même. Dans quelques passages l’Aurore est simplement appelée aévâ « la jument » , originairement « la lumière qui court » . Cependant, même dans le Véda, les Harits ne sont pas toujours représentés comme étant de simples chevaux , mais ils prennent quelquefois , comme l’Aurore, un aspect plus humain. Ainsi {Bv., VII, 66, 15) on les appelle les Sept Sœurs, et, dans un autre passage (IX, 86, 37), on les représente avec de belles ailes. Voyons maintenant si nous pouvons apercevoir quelque trace de ces Harits ou « brillants » dans la mythologie grecque, laquelle, comme la mythologie sanscrite, n’est qu’un autre dialecte de la mythologie commune à toute la famille aryenne. Si tant est que leur nom se trouve en grec, ce ne peut être que sous la forme Charis, Charités. Ce nom, comme vous le savez, existe; mais quelle en est la signification? 11 ne veut jamais dire « un cheval » . Dans l’esprit des poètes grecs ce nom n’a jamais traversé la phase qui est si ordinaire dans la poésie des bardes de l’Inde. Il a conservé son sens étymologique de « éclat resplendissant » , et il est devenu ainsi le nom de la plus brillante clarté du ciel, l’aurore. Dans Homère, Charis est encore un des nombreux noms Aphrodite, et, comme Aphrodite , elle est appelée l’épouse A!Héphœstos (1). Aphrodite, celle qui est née de la mer,
(0 II; XVm, 382:
Sé lôc npo|i.oXoü<ia Xàpi; Xinapoxpifjôc|:ivo:,
Kaù.Tj, Triv umuiE ncptxXuto; '
Dans rodÿwée, latcnime d’Héphæstos est Aphrodite; et Nagclsbach, n’apercevant pas le caractère syuonyniique des deux nous.
HUITIÈME LEÇON
était originairement l’aurore, le plus beau de tous les spectacles de la nature; et c’est pourquoi il est tout naturel que, dans l’esprit des Grecs, elle ait été élevée au rang de la déesse de la beauté et de l’amour. De même que l’aurore est appelée dans le Véda Duhitâ Divah « la fille de Dyaus » , de même Charis « l’Aurore » est pour les Grecs la fille de Zeus. Un des noms d’Aphrodite, Aj'gynms, que les Grecs dérivaient du nom d’un lieu sacré sur les bords du Céphise, où était morte Argynnis la bien-aimée d’Agamemnon, a été identifié (1) avec le sanscrit arjunî « la brillante», nom de l’Aurore. Par la suite des temps les différents noms de l’aurore cessèrent d’être compris, et Eos [Ushas), comme étant le plus intelligible d’entre eux, devint en Grèce le principal représentant de la divinité du matin, dont le char était tiré, ainsi que dans le Véda, par ses chevaux brillants. Aphrodite , née de la mer, appelée aussi Enalia (2) et Pontia, devint la déesse de la beauté et de l’amour, et fut plus tard dégradée par un mélange de mythologie syrienne. Charis, au contraire, se confondit avec les Charités (3),
est allé jusqu’à attribuer à un autre poète le passage de l'Odyssée (VIII, 266 et suiv.), parce que, dit-il, le système des noms est trop fermement établi dans Homère, pour qu’une telle variation soit possible. 11 considère également le mariage d’Héphæstos comme une pure allégorie (Homerische Théologie, p. 114).
(1) Sonne, dans Kuhn’ s ZeiUchrift,\. 350. Ro. 1, 40, 3. Arjuna, nom d’Indra mentionné dans les Bràhtnanas, etc.
(2) Cf. Apyà yôshà, Rv. X, 10, 4; dpyd yôshanà, 11, 2.
(3) Kuhn, Zeitschrift, I, 518; X, 125. Ce même changement d’une divinité en plusieurs s’est produit dans le cas des Marx, les destins. Les passages d’Homère où il est fait mention de plus d’une Mœra, sont considérés comme apocryphes (fld. VII, 197 ; II. XXIV, 49) ; mais chez Hésiode et les poètes postérieurs, il est souvent question de
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lesquelles, au lieu d’être, comme dans l’Inde, les coursiers de l’Aurore, furent changées, par une transformation également naturelle, en des compagnes des divinités brillantes, et particulièrement d’Aphrodite O qu’elles baignent à Paphos et frottent d’huile » (t), comme en souvenir de leur descendance de la racine ghar^ laquelle, ainsi que nous l’avons vu, signifiait « oindre, rendre brillant avec de l’huile » .
On a cru élever contre l’histoire du mot charis, telle qu’elle est présentée ici, une objection qui ferait tomber notre explication, en disant qu’en grec il serait impossible de séparer charis d’autres mots d’un sens général. « Que ferons-nous, dit Curtius (2), de charis, charâ, chairO, charizomai , charieisl » Mais il serait extraordinaire que de tels mots n’existassent pas, si la racine ghar s’était desséchée, immédiatement après avoir produit ce seul nom, Charis. Ces mots que Curtius énumère ne sont que des rejetons collatéraux de la même racine qui a produit les Harits dans l’ïnde et Charis en Grèce. Un des dérivés de la racine har fut emporté par le courant de la mythologie; les autres restèrent sur leur sol natal. C’est ainsi que la racine dyu ou div donne naissance, entre autres mots, au nom de Zeus, en sanscrit Dyaus; est-ce à dire pour cela que le même mot n’ait pas pu être employé dans le sens originel de « ciel », et produire d’autres substantifs exprimant la lumière, le jour, et des notions semblables? Le mot même qui, dans la plupart des
plusieurs Mœræ. (Voir Nâgelbach, Nacfikomerische Théologie, p. 1 KO ; Welcker, Griechische GOtterlehre, p. 53.)
(1) Od. Vil, 364.
(2) Curtius, G. E. I, 97.
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langues slaves, signifîe « éclat » est devenu en illyrien, sous la forme zora, le nom de l’aurore (1). Devons-nous supposer qu’en grec Charis commença par avoir le sens de « grâce, beauté » , et que cette idée générale aurait ensuite été élevée au rang d’une divinité née de l’abstraction? 11 serait difficile de trouver dans Homère une autre divinité semblable, originairement simple conception abstraite (2), et pourtant faite de chair et d’os comme Charis, la femme d’Héphæstos. Ou bien faudra-t-il supposer que Charis fut d’abord, pour une raison ou pour* une autre, la femme d’Héphæstos, et que son nom se réduisit plus tard à signifier éclat (3) ou charme en général , de sorte qu’on put dire qu’une autre déesse, Athéné, répandait charis ou du charme sur toute la personne d’un héros? Ici encore je doute qu’on puisse trouver un exemple analogue dans Homère. Au contraire, tout devient clair et naturel, si nous admettons que de la racine ghar ou har « être gras, être luisant » , fut dérivé, outre harit « l’éclatant » cheval du Soleil en sanscrit, et Charis « la brillante « Aurore en grec, le substantif c/«am signifiant « éclat» et « graisse » , puis « contentement » et « agrément ou charme » en général, suivant une métaphore si ordinaire dans le langage ancien. 11 peut nous sembler étrange que la charis, cette grâce indescriptible de la poésie et de l’art grecs, soit issue d’une racine signifiant « être gras, être graisseux » . Cependant, comme
(1) Pictet, Originel, 1. 15a. Sonne, dans KuAn's Zeitschri/f, X, 334.
(2J Voir Kuhn, Ilerabhotung det Feuers, p. 1 7.
(3) Sonne, loco cil. X, 833-6.
des enfants gras et joufflus deviennent en grandissant ces « Lilians délicates et éthérées » dont nous parle le poète, ainsi arrive-t-il pou ries mots et pour les idées. Le Psalmiste (CXXXlll, 2) ne recule pas devant des'métaphores plus hardies encore : « Voyez combien il est bon et combien il est agréable pour des frères d’habiter ensemble dans l’union ! C’est comme cet onguent précieux versé sur la tête, lequel coulait sur la barbe d’Aaron, et tombait jusqu’aux bords de ses vêtements. » Quand le mot grec châris eut grandi, et pris le sens de « charme » , qu’il répondit à l’idée que représentait ce mot pour la plus finement cultivée de toutes les races, sans doute le mot réagit sur la Charis et les Charités de la mythologie, et en fit la personnification de tout ce que les Grecs avaient appris à appeler gracieux et charmant; aussi à la longue devient-il quelquefois difficile de dire si ce substantif charis est employé comme appellatif ou comme nom propre mythologique. Néanmoins, quoique les deux mots convergent ainsi l’un vers l’autre dans le grec plus moderne, leurs points de départ sont clairetnent distincts, au moins aussi distincts que ceux de arka « soleil » et arka « hymne de louange » , que nous avons examinés plus haut, ou que Dyaus, Zeus, nom masculin , et dyaus, nom féminin, signifiant « ciel » et «jour ». Lequel des deux mots est le plus ancien , l’appellatif ou le nom propre, Charis « l’Aurore brillante » , ou charis « la grâce » , c’est là une question à laquelle il est impossible de répondre, bien que Curtius se prononce en faveur de la priorité de l’appellatif. Cela est loin d’être aussi certain qu’il se l’imagine. Je suis pleinement d’accord avec lui quand il dit « qu’aucune éty-
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mologie de n’importe quel nom propre ne peut être satisfaisante si elle ne suffit pas à expliquer les noms appellatifs qui se rattachent à ce nom propre » ; mais notre étymologie de Charis n’est pas dans ce cas. Au contraire, elle met à nu les racines les plus profondes d’où nous pouvons suivre sans interruption aucune tous les rejetons congénères de ce mot, et dans leurs formes et dans leurs significations; et elle ne redoute pas l’examen le plus approfondi des savants qui étudient la philologie comparée et de ceux qui aiment la mythologie ancienne (1).
Dans les exemples que nous avons étudiés jusqu’à présent, un malentendu mythologique fut causé par le fait qu’une seule et même racine dut fournir les noms de conceptions différentes, en sorte que, après un certain laps de temps, les deux noms furent supposés être un seul et même nom, ce qui fît transporter à l’un la signification de l’autre. Il y avait un point de ressemblance entre l’ourse brillante et les étoiles brillantes, lequel autorisait les anciens créateurs du langage à dériver les deux noms d’une seule et même racine. Mais quand la ressemblance sous le rapport d’une qualité était prise pour une identité de substance, la mythologie devenait inévitable. J’appelle mythologie le fait que les sept étoiles brillantes étaient appelées Ârktos et étaient supposées signifier « l’ourse » ; et il est important d’observer que ce mythe n’a aucune connexion, quelle qu’elle soit, avec des idées religieuses ni avec les prétendus dieux de l’antiquité. La légende de Kallisto, la bien-aimée de Z eus, et la mère d’Ârkas, n’a rien à faire
(1) Voir f Appendice à la suite de cette leçon.
avec le choix primitif du nom de ces étoiles. Au contraire, Kallisto était supposée avoir été changée en l’Arou la Grande-Ourse, parce qu’elle était mère d’Arkas, c’est-à-dire de la race arcadienne ou des ours, et son nom, ou celui de sou dis, rappelait aux Grecs le terme qui, depuis une haute antiquité, avait désigné pour eux la constellation septentrionale. Ici donc nous avons de la mythologie indépendante de la religion, nous avons un malentendu mythologique dont le caractère ressemble beaucoup à celui de ces méprises que nous avons signalées dans Palestine soup et dans la Tour sans venin.
Considérons maintenant une autre classe d’expressions métaphoriques. La première classe comprenait les cas qui devaient leur origine à ce fait que deux conceptions substantiellement distinctes reçurent leur nom d’une même racine appliquée différemment. La métaphore était contemporaine de la formation des mots; la racine elle-même et sa signification avaient été modifiées en étant adaptées aux différentes conceptions qui attendaient une expression. C’est là la métaphore radicale. Si, au contraire, nous prenons un mot comme étoile et que nous l’appliquions à une fleur; si nous prenons le mot navire et que nous l’appliquions à un nuage, ou le mot aile pour l’appliquer à une voile; si nous appelons le soleil cheval, ou la lune vache; ou, pour parler de verbes, si nous prenons mourir et que nous l’employions pour le soleil couchant, ou si nous lisons « Le clair de lune embrasse la terre, et les rayons du soleil baisent la mer» (1),
(1) Cox, TcUet of the dodi andHeroet, p. S5.
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nous avons dans toutes ces expressions des métaphores poétiques. Cette classe de métaphores se rencontre aussi très-fréquemment dans l’histoire du langage et de la pensée antiques. C’était, par exemple, une idée très-naturelle pour des gens qui observaient les rayons dorés du soleil jouant, pour ainsi dire, avec le feuillage des arbres, de parler de ces rayons projetés comme s’ils étaient des mains ou des bras. Ainsi nous voyons que, dans le Véda (1), Savitar (un des noms du soleil) est surnommé « à la main d’or » . Qui aurait pensé qu’une métaphore aussi simple pût jamais causer une méprise mythologique? Pourtant nous trouvons que les commentateurs du Véda voient dans cette épithète appliquée au soleil, non point la splendeur dorée de ses rayons, mais l’or qu’il porte dans ses mains, et qu’il est prêt à répandre sur ses pieux adorateurs. On tire de cette antique épithète toute naturellç une sorte de morale, et les hommes sont encouragés à adorer le soleil parce qu’il a dans les mains de l’or à donner à ses prêtres. Nous avons en allemand ce proverbe Morgenstunde hat Gold im Munde, «l’heure du matin a de l’or dans la bouche » ; c’est le même enseignement que porte avec lui le proverbe anglais :
Earty to bed, and early ta rise,
Makes a mon healthy, and wealthy. and wise.
« Se coucher et se lever de bonne heure, c’est ce qui
(1) Rv. I, 22, 5, hiranyap&nim ûtaye Savitdram upa hvaye.
I. 35, 9, hiranyapànih Savitd vicharshanih ubhe dydcâprithivl antar tyale.