‹ NouvellesChapitre 24 sur 38 · MON DERNIER MOT · texte numérisé non relu

MON DERNIER MOT

Au sîeur Polydore Amiel, d'Arles, ex-marchand d*huile d'olive, de saucissons et autres comestibles, ou leçon donnée par moi, sir James Crawford, esquire, i un âne en sanscrit, une buse en pracrit, une oie en hindoustani, un dromadaire en telinga, et un sot en trois lettres.

Demandons-nous, et la question est permise, le sort qui attendait cent mille populations qui avaient confié leur intérêt religieux aux mains des deux savants, payés trois mille francs par mois, pour savoir où était le Phalou, et de quelle manière il convenait d'adorer le feu, symbole du divin Kaltragan.

Demandons-nous plutôt ce qui se passa dans Pâme acide du Provençal à la lecture du dernier

mot de son redoutable adversaire. Il changea de couleur en prenant connaissance de ce pamphlet sorti de la plume acérée de l'homme qu'après tout il avait provoqué. La couleur de ses huiles lui monta au visage : il devint jaune, il devint vert, il rancit de rage. « Je l'empoisonnerai ! dit-il, je l'empoisonnerai dans son vin, dans son eau ; je le mangerai aux anchois. Je le ferai saumurer comme les thons de mon pays. Et dire que Napoléon n'a pas exterminé tous ces brigands-là! »

Mais le Mahrabarata achevait son voyage ; on débarquait à Lisbonne. Au moment où les deux savants foulaient le sol portugais, les quatre facultés, longtemps prévenues de leur arrivée, accouraient au rivage pour les haranguer. Que d'acclamations ne retentirent pas sur le chemin des deux illustres missionnaires de la science ! On les couronna de lauriers; on les harangua en latin, en français, en grec, en portugais, en anglais et en italien. Ce jour-là, les quatre facultés réunies tinrent une séance extraordinaire, et à la fin de cette cérémonie touchante on força Âmiel et Crawford à s'embrasser.

I^ réconciliation était si complète, que le lendemain même, en prenant son pot à eau pour se laver les mains, sir James Crawford, au lieu d'eau, vit sortir une brochure du vase de porcelaine. II put lire :

RéPONSB AU DERNIER MOT

De l'Anglais Crawford, ex-arracheur de dents et transfuge de Botany-Bay, et qui, trompant la bonne foi des Mos-

Page 1