‹ NouvellesChapitre 25 sur 38 · FEU · texte numérisé non relu

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covites, leur rapporte d'infUmes goujons qu'il veut leur donner pour le petit poisson bleu clair pressé quelquefois par le dieu Vichnou.

Et dans les vingt pages de la brochure, développemeçt perfide da titre, il était dit que :

Les Anglais ont brûlé Jeanne d'Arc déloyalement; qu'ils ont toujours été les ennemis de la France; qu'ils ont fait périr Charles P' sur un échafaud; qu'ils ont trahi les émigrés à Quiberon; qu'ils auront éternellement sur la conscience le martyre de Napoléon.

Amiel et Crawford partirent ensuite pour l'Espagne, après avoir fait semblant^ pendant six mois, de visiter les bibliothèques du Portugal, où l'on supposait que le Phalou était peut-être enfoui.

L'Espagne se montra pour eux aussi muette que le Portugal sur l'existence du Phalou,

Il ne leur restait guère que huit ou dix mois pour se livrer à leur utile exploration dans les autres pays indiqués sur leur itinéraire ; car ensuite il ne leur fallait pas moins d'un an s'ils voulaient se préparer à retourner aux Indes et y arriver au terme convenu.

Paris étant la dernière ville où ils se rendraient, ils résolurent de visiter auparavant l'Italie, si riche en dépôts de livres rares ; n'omettons pas de dire qu'un événement marqua leur résidence à Madrid. Ce fut l'apparition d'une autre brochure qu'insinua sir James Crawford sous l'oreiller même de M. Amiel, et comme pour lui dire : « Je te poursuivrai jusque dans ton sommeil ! n

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RéPONSB A LA IlÉpONSB

Faite & mon dernier mot par Amiel, d'Arles, ou l'Angleterre vengée ! ! ! après quoi je ne répondrai plus, moi, sir James Crawford.

Cet audacieux écrit se terminait par ces mots foudroyants : Français! nous vous avons vaincus partout et écrasés à Waterloo/!!

Tout compte fait, Amiel et Crawford, en arrivant à Paris, et cela sans rapporter le plus léger indice, la moindre lumière sur le Phalou, avaient touché en beaux écus deux ans d'appointements, ou soit pour chacun d^eux soixante-douze mille francs. Si Ton ajoute à cette somme assez ronde les deux années de traitement affecté aux deux brames, qui pouvaient aussi en avoir joui, s'ils étaient encore vivants, on arrive au total de cent quarante-quatre mille francs versés par la Compagnie des Indes dans le but de faire préciser par la science comment les populations du Gange se permettaient d'adorer le feu. On a vu de quelle utile manière ces cent quarante-quatre mille francs avaient été employés.

Nous avons parlé des deux brames : qu'étaientils devenus depuis leur disparition restée inexpliquée? Étaient-ils morts de fatigue ou de quelque accident funeste en cherchant le Phalou? Fallait-il encore ajouter deux victimes au martyrologe de la science?

Quoi qu'il en soit, leur absence allait se faire

cruellement sentir à leurs d«ux estimables confrères^ sir James Crawford et M. Amiel.

Arrivés à Paris, nos deux illustres voyageurs écrivirent aussitôt à la Bibliothèque du roi, section des manuscrits, pour obtenir de MM. les conservateurs la faveur de se livrer, dans les cabinets spéciaux, à leurs dernières recherches sur le Phalou,

Le jour même de leur demande, ils reçurent une' réponse chaleureuse des conservateurs; ils étaient attendus! ardemment désirés depuis un an ! on brûlait de les connaître ! on mettait à leur disposition tout ce que la Bibliothèque du roi, la première du monde, renferme de curieux, de vierge, de rare! Et de plus, ajoutait celui des savants qui répondait au nom de ses confrères, on leur ménageait une surprise au-dessus de toute imagination, digne d'eux, bien faite pour les récompenser de leur dévouement sans pareil, de leurs peines, de leurs souffrances!

Ces avances, cette promesse formulée en si boas termes, devaient les pousser à se rendre immédiatement à la Bibliothèque du roi, où on leur laissait entrevoir qu'on mettrait sous leurs yeux éblouis, sinon le merveilleux Phalou, de pareilles choses ne s'espèrent pas, du moins un livre de haute antiquité qui les consolerait de cette perte désormais démontrée pour eux. Cependant Amiel et Crawford ne remuèrent pas de leur hôtel, se disant pris, l'un d'une douleur aux articulations des genoux, l'autre d'une grande faiblesse de reins.

Sir James Crawford demandait chaque matin à

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son domestique : « M. A miel est-il sorti ?» Le domestique répondait : « Non, monsieur; » et sir James Crawford s'étendait encore dans son fauteuil. De son côté, M. Amiel prenait les mêmes informations et ne sortait pas davantage de son lit. Ils avaient Tair d'être malades l'un par l'autre; il semblait que celui-ci ne voulût pas être guéri avant que celui-là le fût.

Enfin sir James Crawford écrivit un jour à M. Amiel :

u Monsieur,

(( Toutes nos querelles doivent, si je ne me trompe, cesser un instant devant Pintérêt de notre mission : elle réclame de nous une prompte solution, puisque le terme de notre itinéraire est Paris, et que nous devons retourner à Calcutta avant un mois. Dans l'état très maladif où je suis, il m'est impossible, vous le savez, monsieur, de me transporter à la Bibliothèque du roi. Cependant l'on nous y promet de grands éclaircissements sur la question. Je sais d'autre part que vous n'êtes pas moins souffrant que moi.

Eh bien, monsieur, si vous êtes de mon avis, au lieu d'aller à la Bibliothèque, nous supplierons MM. les conservateurs de nous envoyer les pièces qu'ils supposent se rattacher à notre belle mission. Comme vous êtes Français, professeur de sanscrit et de pracrit, c'est vous, monsieur, qui feriez la demande à laquelle on aurait égard, je n'en doute pas. Quand nous aurions les livres, les manu-

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scrits spéciaux en notre possession, nous nous les communiquerions sans dérangement, sans déplacément fatal à nos santés. Chacun de nous les lirait, et, par ce moyen aussi facile qu'indispensable, notre malheureux état de maladie ne porterait aucun préjudice à notre sainte mission, qui, je le répète, et vous le savez comme moi, monsieur, expire bientôt.

« J'ai bien l'honneur de vous saluer,

« J. Crawford, esq. »

Âmiel sauta sur cette proposition comme un lion affamé sur un mouton. Ce que Crawford désirait, il le voulait, lui, Amiel, de toute son âme. Mais que voulaient-ils tous les deux ? Ce qu'ils voulaient? ne pas aller à la Bibliothèque du roi... Mais on leur avait promis... C'est parce qu'on leur avait trop promis qu'ils embrassaient ce moyen, cette ancre de salut.

Amiel répondit immédiatement qu'il acceptait ce projet, et il écrivit dans le sens indiqué par sir James Crawford à la Bibliothèque du roi. Quand cela fut fait, il n'eut plus la moindre douleur aux articulations du genou. Le lendemain, il se promenait dans Paris.

La Porte-Saint-Martin offrait alors à la curiosité des Parisiens les merveilleux, les prodigieux exercices de deux jongleurs fameux parmi les fameux. Du reste, l'afiSche disait :

« Ils avalent du feu ;

« On leur tire à balle dans la bouche;

« Ils font une vis avec un boulet de quarantehuit;

« Ils coupent un enfant en quatre morceaux et le rajustent ensuite devant tout le monde;

« On leur passe un sabre à travers le corps, et on les soulève ensuite sur ce point d'appui, etc., etc. »

Amiel, curieux comme tous les Provençaux, suivit le monde et entra dans la salle. Que voitil dans la baignoire d'avant-scène où il entre ? Sir James Crawford, sir James Crawford lui-même, qui n'avait plus de maux de reins depuis qu'Amiel était guéri. Ils se saluèrent et attendirent le lever du rideau en causant amicalement de leur maladie, de même que Charles XII et le roi de Pologne, en guerre acharnée depuis dix ans, ne se parlèrent que de leurs bottes la première et unique fois qu'ils se virent.

Le rideau se lève, et les jongleurs paraissent. M. Amiel et sir James Crawford poussent en même temps deux cris dont toute la salle fut scandalisée.

Les jongleurs qui avalaient du feu et se faisaient passer un sabre à travers le corps, c'étaient les deux illustres brames, leurs deux compagnons, les deux plus fameux savants de l'Inde, Mindana et Palombo.

Voilà donc comment eux aussi cherchaient le Phalou!

Profitant d'un moment où Palombo, couché sur le ventre près de la baignoire d'avant-scène, imitait un reptile attendant sa proie, sir James Crawford lui dit :

« Ce que vous faites là est indigne d'un savant. Au lieu d'étudier comment on doit adorer le feu^ vous l'avalez !

— Quoi! c'est vous, sir James Crawford ?

— Nous-mêmes, répondit Âmiel. Oui, c'est indigne d'un savant.

— Pourquoi cela? répliqua le brame, toujours couché sur son ventre. Dans notre pays, tous les savants sont des jongleurs ; et dans le vôtre?

— Dans le mien, dit James Crawford, ils gagnent honorablement l'argent que leur donne l'État pour faire des recherches.

— Vous avez donc trouvé le Phalou ? demanda le brame avec la plus naïve ironie du monde.

— Non ; mais nous sommes sur la voie. Tenez, ajouta-t-il, vous et votre compagnon, qui dans ce moment-ci fait semblant de manger un lapin vivant, vous pouvez encore vous laver de la souillure que vous venez d'imprimer à votre caractère de savant, en vous ralliant à nous par quelque semblant d'utilité. Nous aurons pitié de votre caractère d'archéologue, si gravement compromis. Venez nous voir demain.

— Où êtes-vons logés ? demanda le brame.

— Rue Saint-Lazare, hôtel du Nord.

— Demain, à dix heures, nous serons chez vous*

— Venez ; nous vous attendrons pour déjeuner.

— C'est accepté. Mais cette fois ne nous faites rien manger de ce qui a vécu. Nous nous souvenons du Mahrabarata.

— Soyez tranquille ; vous mangerez du thon.

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