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scrits hindous, sanscrits, pracrits et telingas, et un surtout, un particulièrement, celui qui devait les payer des peines sans nombre de leurs doctes et jusquMci trop ingrates investigations.
Une pâleur générale blanchit le visage de nos deux archéologues après qu'ils eurent lu cette lettre. On eût dit pour eux la trompette du jugement dernier.
Pourtant ils ne se communiquèrent pas la cause de leur chagrin.
Ils passèrent une nuit fort agitée.
Fidèles à leurs engagements de la veille, le lendemain matin les deux brames vinrent partager le déjeuner des deux confrères.
« A propos? leur dit sir James Crawford, toujours plus hardi qu'Âmiel dans les circonstances difficiles, vous n'avez rien oublié, je suppose, de votre vaste érudition depuis que vous êtes en France?
— Rien, dirent les brames en découpant quelque chose qui n'avait pas vécu.
— C'est qu'on se rouille parfois un peu, quand on est loin du foyer des connaissances acquises. »
Les brames ne comprirent pas distinctement la pensée un peu trop parée de sir James Crawford^ qui ajouta :
a Et le phalou, par exemple ?
— Oh ! le phalou ! le phalou ! s'écrièrent les brames.
— Le phalou! répéta M. Amiel.
— Très bien, dit sir James Crawford ; je vois, sans nous expliquer davantage, que, comme nous^
VOUS êtes toujours ferrés sur le phalou. Vous allez donc nous accompagner à la Bibliothèque du roi, n'est-ce pas?
— Certainement^ dirent les brames.
— Eh bien, sans perdre plus de temps, partons, mes amis, dit sir James Crawford, qui, comme un homme mal disposé au moment de partir pour un duel, but coup sur coup deux grands verres de vin de Bourgogne; partons, n
Ils entrèrent dans la Bibliothèque du roi.
M. Amiel toussait, quoiqu'il ne fût nullement enrhumé.
Les oreilles sifflaient à sir James Crawford.
Les deux brames montaient courageusement les marches.
Tous les quatre furent enfin introduits dans la longue galerie des manuscrits. Ils étaient attendus par tous les conservateurs vêtus de noir. Après les politesses établies entre savants, un des bibliothécaires dit aux quatre visiteurs :
« Messieurs, réjouissez-vous et reconnaissez avant tout que Paris est la première ville savante du monde; vous allez en avoir la plus admirable preuve. Oui, réjouissez-vous, car ce livre miraculeux, volé aux Indes depuis trois siècles, au fond d'une province, dans le sanctuaire d'une pagode, ce livre que vous avez si péniblement et si inutilement cherché sur toute la surface du globe, messieurs, le voici! voici le Phalou, écrit en phalou par le célèbre Phalou. Les diamants de la reliure ont été volés par les Portugais. Remarquez les creux faits par les pierres précieuses quand elles
y étaient. Du reste^ lisez le livre, votre conviction sera complète. »
M. Amiel eut la chair de poule, il fit machinalement deux pas en arrière.
M. James Crav^ford se mordit les lèvres pour ne pas s'évanouir.
Il dit pourtant aux deux brames (mais que sa voix était émue) :
« Messieurs^ à vous l'honneur ! lisez les premiers ce livre qui est votre religion tout entière. »
Les deux brames se penchèrent sur le livre, et ensuite ils relevèrent lentem'ent la tête en disant :
<( Nous avons oublié le phalou.
— Les brigands ! murmura sir James Crawford.
— Alors à nous ! dit M. Amiel, qui, à son tour, s'inclina courageusement sur le livre.
Après quelques minutes d'une inspection soutenue, il s'écria :
— Messieurs, ce phalou n'est pas pur, c'est du vieux phalou !
— Comment ! dit le conservateur indigné, lui qui avait cru causer avec raison une admirable surprise aux quatre savants, comment! vous dites que ce phalou n'est pas pur ! qu'il est vieux ! mais il n'y a qu'un livre écrit dans cette langue et c'est celui-ci. »
M. Amiel confessa alors avec une demi-humilité qu'il avait un peu perdu son phalou.
O honte! aucun des quatre savants, cela fut démontré, ne savait le phalou. Voilà où aboutissait cette fameuse expédition scientifique pour laquelle ils allaient recevoir à eux quatre, pour trois ans de mission, trois cent quatre-vingt-douze mille francs.
Monté sur la confusion des quatre savants, le conservateur lut d'abord en phalou les premières pages du livre célèbre, puis il traduisit en français le passage où il est question de l'adoration du feu. Ce passage disait :
« Vous n'adorerez le feu ni couchés ni accroupis, mais le dos tourné vers lui, indignes que vous êtes de le voir en face. »
Et ceci termina, quand ce fut connu, les collisions fanatiques des Indes. Ainsi, c*est Paris qui a mis fin à des meurtres abominables commis continuellement en deçà et au delà du Gange en arrêtant ce point formidable de la religion hindoue : Paris, la papauté de Punivers.
Rien n'est plus vrai que cette histoire, qu'on trouvera tout au long tracée, moins quelques pauvres détails de style qui nous appartiennent, dans les Annales asiatiques de Calcutta,
Quant aux quatre savants, voici la fin de leur histoire.
Sir James Crawford mourut d'une attaque d'apoplexie en rentrant chez lui. M. Âmiel partit un mois après pour Calcutta avec les deux brames et le Phalou, dont le mlhistère de l'instruction publique fit hommage à la Compagnie des Indes. En route, Âmiel apprit le phalou. Arrivé aux Indes, il alla à Bénarès, où il fit aux cinq cents brames réunis, selon la promesse donnée par eux au gouverneur, le récit de son voyage, moins l'épisode de la Bibliothèque du roi. On le nomma brame de première classe. Le gouverneur ajouta, aux sommes qu'il lui avait déjà données pour les trois
anaées d'expédition, une gratification de cent mille francs. M. Âmiel n'en revenait pas.
Il nous reste à dire à qui fut donné le prix fondé par l'Académie de Moscou : Dire et déter' miner d'une manière précise à quelle espèce de poisson, dont la race est, assure-Uon, perdue, ap' partient le petit poisson bleu clair que presse quelque/ois dans sa main le dieu Vichnou, L'Académie de Moscou remit le concours à l'année suivante, comme font toutes les Académies quand une question est parfaitement résolue.