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Nouvelles lettres a MM. les membres du Conseil municipal de Paris sur le centenaire de Voltaire

Marat, dans I Ami du Peuple, a ele jusqu a dire de lui, vous Tavez vu, qu il n a eu d originalite que dans la finesse de ses flagorneries.

Noblemenl severe ici, M. Louis Blanc a ecrit sur Vollaire ces paroles, que j aime a vous rappeler :

cc On sail jusqu ou il fil descendre a 1 egard des grands, Fhumilite de ses hommages, daos quelles pueriles jouissances la faveur des cours relinl sa vanile captive, et combien il aimait a se parer du tit re dt gentilhomme de la ckambre. On sait qu il fit de Louis XV un pane" gyri que ou Vexces de la flatterie louchail au scandale; qu un jour s adressanl a ce roi, il osa

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1 appeler Trajan ; qu il se mil aux pieds des favorites, meme de celle qu une maison de debauche eleva pour les plaisirs du maitre; qu eofin il e"crivait a Frederic, roi de Prusse: Vous etes fait pour etre mon roi... delices du genre humain. Je reoe a vous, prince, comme on reve a sa maitresse! Mon adorable maitre, Votre Majeste qui s est fait homme I Bref, conclut M. Louis Blanc, forme de bonne heure a Tart du courtisan, Voltaire perdit tout ce qui constitue les fiers caracteres et les ames viriles...

M. de Lamartine n a pas fletri avec moins de vigueur cette courtisanerie : a Voltaire, dit-il, poussa le respect des rois jusqu a V adoration de leurs faiblesses. II excusa les mosurs infdmes de Frederic. II agenouilla la philosophie devant les maitresses de Louis XV. Voltaire ne rougit D AUCUNE PROSTITUTION DE SON GENIE.

Marat, Louis Blanc, Lamartine, ont-il ete injustes envers Voltaire ? Non, certes, Messieurs; mais aiors, vous, qui voulez agenouiller avec vous le peuple devant ce vil courtisan, quels democrates etes-vous done?

Voyons, du reste, a quel point Marat, Louis Blanc et Lamartine avaient raison :

Voltaire n etait pas un homme du peuple; il etait ce que vous appelez encore et ce qui s appelait alors un bourgeois. Mais cela ne lui suffit pas : ce bour geois voulut etre gentilhomme. Petit-fils d un marchand drapier de la rue Saint-Denis, fils d un pere ancien notaire au Chatelet, pour se mieux faire venir dans les societes aristocratiques ou il se poussait, et

a la cour, reniant son origine el le nom de son pere, il en prit un autre, s affubla d une particule qui ne lui appartenait pas, et se fit appeler M. de Voltaire. Plus tard, il signera gentilhomme ordinaire du Roi. Plus tard encore comte de Tournay. Toujours, avec les grands seigneurs, allant, eternel parasite, c est luimeme qui le dit, de roi en roi (1), de prince en prince, de chateaux en chateaux, obtenant enfin, et au prix de quelles intrigues, grand Dieu 1 tout a 1 heure je vous en dirai quelque chose, cette charge de gentil homme ordinaire, ou, comme il dit, de domestique du Roi, et toute sa vie se pavanant de ce titre; chambellan pendant plusieurs annees d un autre roi, le roi de Prusse, avec le cordon au cou, la clef doree et la pension; epuisant toutes les hyperboles de la flatterie pour Catherine de Russie...

Le due de Richelieu, le heros des roue s et des libertins, comme Tappelle M. Louis Blanc, Voltaire, des sa jeunesse, en fait son heros : c est le nom qu il lui donne, et il lui dit : Je vous adore. Votre vieil adorateur est une des expressions qu on retrouve sans cesse dans ses lettres aux grands seigneurs, aux princes, aux rois. II se nomine, ecrivant au ministre d Argenson, le plus ancien de vos courtisans. Fleury, Maupeou, Choiseul, Dubois, le -virent tous a leurs pieds: c est le mot et la posture qui lui plaisaient. Ge dernier, Voltaire i appelait le sage Dubois (2). Ce que sa place de gentilhomme de la chambre du roi lui a coute de bassesses ne peut se dire : adula-

(1) Voltaire, Afemoires.

(2) Epitre en vers au cardinal Dubois.

lions repetees aux ministres, mauvais operas pour les fetes de la cour : la Princesse de Navarre, le Temple de la Gloire,... ainsi, le voila poete de la cour! genu flexions surtout devant la maitresse royale, M me de Pompadour : SINCERE ET TENDRE POMPADOUB, dit-il,

Car je puis vous donner d avance, Ce nom qui rime avec Famour,

El QUI SERA BIENT6T LE PLUS BEAU NOM DE FRANCE (1).

II avait soupeonne & son aurore la honteuse faveur de celte femme; et il y avail vivement applaudi; et cela, lui disail-il a elle-meme, parce que je suis un bon ciloyen (2).

II signail ainsi les lellres qu il lui ecrivait: Je suis avec respecl, M adame, de vos yeux, de votre figure el de volre esprit, le tres-humble (3), etc.

Ailleurs, il celebre ses Vertus.

Voila quelque chose des moyens par lesquels Vol taire obtint cette charge de gentilhomme, a qui retint si puerilement sa vanite captive, selon le mot de M. Louis Blanc, et cette charge aussi d historiographe officiel de Louis XV.

Mais ce qu il n heskait pas ^ avoner, c est qu il adulait ainsi la miserable creature, pour faire for tune. Oui, Messieurs, c est lui-meme quile declare : Pbur faire la plus petite fortune, il vaut mieux 6crire quatre mots a la maitresse d un roi que d ecrire cent volumes (4) ...

(1) Lettre daUe de 1745, t. LV, p. 15.

(2) 3 avril 1747.

(3) Ibid.

(4) Memoires, t. XL, p., 81.

G est a elle qu il 4crivait de vouloir l/,o n rappeler a Louis XV qu il avail employe plusieurs nnees de sa vie a 6crire 1 histoire de son predecesseur ex C elle de ses glorieuses campagnes ; que, seul des acadeiaiciens, n il avail fail son panegyrique Iraduit en cinq langues (1).

Ainsi voila volre idole, Messieurs, un courtisan qui, pour faire forlune, flatte une vile crealure, jusqu a jouer agreablemenl avec ce qui 6tail une publique ignominie.

Lisez encore ceci, Messieurs, que Vollaire e*crivail au heros des roues, n au due de Richelieu, sur la meme M me de Pompadour :

J*aimerais que M me de Pompadour sul par vous combien ses bonles me penelrenl de reconnaissance, et a quel point je vous fais son eloge ; car fe vous parle d elle comme je lui parle de vous; et, en verite, je lui suis trh-tendrement attache^ el je crois devoir compler sur sa bienveillance aulanl que personne. Quand mes sentiments pour elle lui seraienl revenus par vous, y aurait-il eu si grand mat? Ignorez-vous le prix de ce que vous difes el de ce que vous ecrivez ! Adieu, MOQseigneur, mon cozur est a vous pour jamais (2) !

Esl-il dans cetle lettre un seul mol qui ne soil une flallerie el une bassesse ? Mais, pour oblenir la proleclion de M me de Pompadour, rien ne lui coutail. Que de vers rimes par lui pour celle courlisane : quel impur encens il aimail a bruler devanl elle 1

(1) Lettre datee de Golmar, 1753, t. LVI, p. 383.

(2) Lettre au due de Richelieu, 20 jum 1745.

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