‹ Nouvelles lettres a MM. les membres du Conseil municipal de Paris sur le centenaire de VoltaireChapitre 9 sur 9 · RELIGION ET LE REPOS DES DOMMES · texte numérisé non relu

RELIGION ET LE REPOS DES DOMMES

Ainsi parle de la Pucelle ce grand comedien ! Fediteur fut done jete en prison ; et Voltaire, couronnant son hypocrisie, donnait effrontement cette incarcera-

(1) Aout 1755. Voltaire a soixante et un ans.

(2) Au Procureur syndic de Geneve, 2 aout 1755.

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tion comme une preuve de plus de son innocence : Je n ai jamais rien vu, ecrivait-il, de plus plat et de plus horrible. Cela est fait par le laquuis d un at/iee. Mon indignation ne m a pas permis de differer un ot moment a envoyer la feuille au magistratde Geneve. On a mis sur le champ Grasset en prison.

Et pourtant ce poe me, plat et horrible, fait par le

laquais d un athee, qui insulte avec autant dimolence

que de platitude a tout ce quil y a de plus sacre, etc., il

1 a elabore pendant plus de trente ans, et cela, dit-il

lui-meme, pour corrompre no$ derniers neveux...

Et il y comptait si bien,qu iirecrivait en 1761, age de

soixante-sept ans, a Dalembert. Comparez, Messieurs,

ce langage cynique avec safeinte indignation, et vous

me direz peut-etre apres quel homme etait Voltaire :

Le sujet de Jeanne etant cher a la nation, et Fauteur

u inspire de Dieu ayant acheve avec un zele pur cet

ouvrage, il se flatte que nos derniers neveux si ffleront

i( Fre ron, et tous les fripons ennernis des freres et de

sa confrerie ,

C est done a son egoisme et a ses vengeances personnelles, comme a sa lubricite, qu ilimmolait Jeanne d Arc ; outrageant ainsi, et souillant, par calcul, a plaisir, avec son rire de demon, la vierge liberatrice. Et vous voulez, Messieurs, rendre a cet homme et a son tfuvre un hommage soleunel, un hommage natio nal, Mais il y a sur une de vos places, a deux pas du lieu ou 1 heroioe fut blessee envoulant arracher Paris aux Anglais, il y a une statue de Jeanne d Arc que le peuple a chargee de couronnes; et vous voulez, vous, au pied de la statue de son insulteur, trainer la

France et TEurope ! Mais, auparavant, faites comme les Anglais, Messieurs ; ils ont bruie Jeanne d Arc ; vous, brisez sa statue, ou du moins, par pudeur, voilez-la !

J ecris ees lignes aujourd bui, 8 mai, fete de Jeanne d Arc, anniversaire de notre delivrance; je vois ce peuple orleanais, paisible et brave, respirer tous les parfums de patriotisms et d honneur, epandus pour ainsi dire dans notre cite" par le souvenir de la vierge martyre : et quaud je songe qu en meme temps, des mains cacbees portent ici dans Tombre des listes de souscription au Centenaire de Miomme qui a ete plus le bourreau de Jeanne d Arc que les Anglais, je me dis : Mais c est done une conjuration organised pour teindre ce qui reste encore cbez nous au peuple de Tame chr&ienne et franchise !

Et,par une ironic cruelle, vous choisissezle funeste anniversaire de la mort de Jeanne d Arc, le 30 mai, le jour ou les Anglais To ntbruiee vive,pour feterceluiquj a voulu fletriren elle ce quilui e"taitmillefois plus cher que la vie. Mais c est lui infliger un double supplice (1)1

Avez-vous done oublie que vous etes Fran^ais ? Voulez-vous nous dishonorer a la face du monde ? Vous proposez-vous par votre fetedereleverlesmceurs publiques ou d acbever de les corrompre? Voulez-vou$ fonder la RSpublique sur les moeurs ou sur Timmora. 1H6?

Et avez-vous oubli^ que vous etes peres ? Si vos fils et vos filles voulaient lire, je ne dis pas la Puce lie,

(!) Voltaire xnourait a Paris le meme jour qu avait it U Rouen celle dont il a voulu deshonorer la memoire.

maistant d autres livres infames, c est M.Victor Hugo qui a dit le mot, sortis de la plume de ce malheureux ecrivain, d autant plus dangereux qu i) joue plus spirituellement avec les mceurs, vous leur arracheriez ces livres des mains ! Oui, Messieurs, car enfin, vous ne voulez pas, de gaite de coeur, corrompre vos fils et vos filles : et vous preparez, sous leurs yeux^ apotheose de cet homme et de son ceuvre; de i homme le plus licencieux, et d une ceuvre d ignommie!

S il en etait ainsi reellement, nous serions tombes au rang de ces peuples degrades, dont le sens moral s est perdu, qui flechissent sous le poids de leur propre corruption, avant de succomber, sans force et sans gloire. sous le sabre de 1 etranger.

Et Ton eoinprendra qu apres une telle fete, il n j y a plus rien a ajouter a la triste serie de nos humi liations et de nos ruines.

Et devant la statue couronnee de Voltaire, 1 etran ger se demandera ce qu est devenue cette grande et noble nation qui fut la France.

Veuillez agreer, etc.

PARIS. IM^RIMERIE JULES LE CLERE ET C e , RUE CASSETTE, 17.

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