LETTRE CXII
AU ROI
( ? Octobre 1541.)
Monseigneur, je loue Dieu et vous mercie très humblement de ce qu’il vous plest me fere ce bien de m’advertir de vos bonnes nouvelles, tant de vostre desirée santé que de la prospérité de vos affaires de tous coustés; quy me donne tant de consolacion, que je ne saurois sentir nul mal ; espérant fermement en celuy que vous adorez et aymez qu’il vous continuera et augmentera sa faveur, car l’imaige de sa bonté qu’il a peinte en vostre cueur, le contraint à se reconnoistre soymesmes, et, pour sa gloire, parachever en vous son chef d’euvre à vostre honneur et contentement; ce que vous voyez par le bon coumencement que M. de Cleves a mys en son affaire ', que je tiens pour relevé
■ Guillaume III, duc de Clèves et de Julicrs, gendre de la reine de Navarre. Charles Y, irrité de cette alliance d’un de ses sujets avec la France, « se vantoit de ruiner le duc et rendre le plus pauvre homme
de tous ses maulx , veu l’ayde qu’il vous plest luy fere ; qui a prévenu la reeommaridacion que je vous en doy fere, et l’a convertie en très humbles mercis. Espérant que le bien que vous luy faites tournera à vostre proufist; aquerant tous ses amys de pardela pour esclaves; voyant l’heur que c’est d’estre du tout à vous. Vous suppliant, Monseigneur, ne luy lascher point la main de vostre heureux secours.
Et quant à vos affaires de Piémont, vous connoissez que le jugement qu’il vous a pieu tousjours faire de Monseigneur le niareschal 1 est véritable, et qu’il est tel que vous l’estimez. Dont je le tiens heureux, et vous encore plus : car, mais que vous ayez de bons servicteurs , veu la grâce que Dieu vous a donnée de bien coumander, vos affaires ne peuvent mal aller. Et ne me puis tenir de vous dire qu’il ne me desplcst sinon que ma léaulté, amour et fidélité envers vous ne treuve moyen d’esercice selon mon désir. Si est ce que, si en choses grandes ma fortune contrevient à ma naclure, au mains en petites choses je desire employer mon désir de vous faire service, coume j’ay prié Ysernay de vous dire, lequel jay instruit bien au long de vos affaires de pardessa; lesquelz ,
de la chrestienté, disant haut et clair qu'il quitterait plustost sa couronne que de lui laisser un poulce de terre. » (Du Bellay, ann. i54i, in-fol., p. 288.) François I", pour soutenir son parent contre la guerre que lui déclarait l’Empereur, envoya le duc d’Orléans et le duc de Guise dans les Pays-Bas , avec des troupes dont du Bellay donne le détail. Le duc d’Orléans prit et rasa Danviller, se lit rendre Ivoy et Arlon, et alla attaquer Luxembourg. (Du Bellay, ibid . )
1 D’Annebault, que le Roi avait envoyé contre le marquis du Gast.
LETTRES INÉDITES combien qu’ilz soient petiz, si ne sont ilz à négliger. Et je say que si ceux quy vous aiment n’y pensent, ceux qui font semblant de vous craindre préféreront leur proufist au vostre; à quoy il y a bon remède. Et soyez seur, Monseigneur, que vous avez icy de bons serviteurs, qui léalement y feront leur devoir.
Et quant à l’estât où je suis, il vous en dira ce qu’il a veu ; mais si je n’avois que vingt ans , j’ouserois dire ce que cinquante me font taire % jusques à ce que aultre que moy soit juge en ma cause. Mais il en a veu ce quy s’en peult escripre, et pour l’avoir congnu tousjours vostre léal et vray serviteur, je vous supplie, Monseigneur, l’avoir en vostre bonne grâce et souvenance, et le croire de plusieurs chouses quy vous touchent, desquelles craint vous ennuyer de longue lectre, mais non, s’il vous plest, de ramentevoir en vostre bonne grâce ses très humbles recoumandacions
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[ Ms. n° 47.]
' Un commencement de grossesse. ( Voyez 1 . 1 , lettre 1 49, à Yseruay.)