LETTRE CXI
AU ROI
( MoDt-de-Marsan, — mare — ? 1541.)
Monseigneur, despuis la lectre que je vous escripvis, vous merciant des bons propous que Frotté m’avoit escript qu’il vous avoit pieu luy tenir de moy, j’ay entendu plus au long par luy ce qu’il vous a pieu luy coummander me dire; dont je me sens si heureuse et sactifaite, que, ne vous en pouvant assez mercier, je supplie celuy qui peult amender ma faulte yous donner pour recompense longue vie en parfait contentement. Et ne fauldray, Monseigneur, puis qu’il vous plest, d’estre plus songneuse de ma santé que je n’ay esté, et de mettre ordre à mes petis affaires, afin que plus
' Alors, — allora.
saine, vous puisse plus fere de service que je n’ay fait. Car vous savez que je ne desire aultre bien en ce monde. Aussy ne fait celuy que j’ay trouvé à ce Mont de Marsan ', qui a esté jusques à la frontière, où pour sa venue le visroy de Navarre * s’est cuidé esmouvoir ; mais ayant entendu que vous et vos servicteurs tenez la paix pour seure, ils se coummencent à rapaiser. Si monstrent ils bien qu’ils n’ont pas envie de la guerre, mais d’une plus estroite alliance entre vous et l’Empereur par le mariaige de Madame 3 , chose qu’ils ne celent point, estant par ce moyen là asseurés d’ung repos perpétuel.
Monseigneur, encores que l’air chault de ce pays devoit aider au roy de Navarre, il ne laisse de se ressentir bien fort de la cheute qu’il prist; et, par le conseil des médecins, à ce moys de may, s’en va mettre aux baings de Cotteretz, où il se fait tous les jours des choses mervilleuses. Je me deslibère, après m’estre repousée ce Caresme , d’aller avecques luy pour le garder d’ennuyer, et faire pour luy ses affaires ; car tant que l’on est aux baings, il fault vivre coume ung enfant, sans nul soulcy. J’espère, Monseigneur, avecques le bon régime qu’il tient, que Dieu luy redonnera la santé, qu’il desire plus pour voslre service que pour soy. Et le plus grant bien et millieure médecine que luy et moy puissions avoir, c’est d’estre souvent asseu-
* Son mari , le roi de Navarre.
* M. de Bnrie, qni suppléait Henri d’Albret dans les fonctions de lieutenant général en Guyenne.
3 Marguerite de France. (Voyez la lettre précédente.)
rés de vostre bonne santé et qu’il vous plest nous tenir en vostre bonne grâce , à laquelle tant et si très humblement qu’il luy est possible se recommande
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[Ms. n" 96. ]