LETTRE X
AU ROI, A MADRID
(Lyon , août 1 626. ]
Monseigneur, où va ce porteur, ma lectre ne sera que pour vous supplier croire qu’il a veu et entendu , tant de la bonne tante, de Madame que de vos enfans et de tout ce qui se peult escripre, la vérité ; en sorte que donnant lieu à sa créance, me tairay, espérant que celui qui me fait partir pour aller devers vous me fera la grâce de pouvoir parfaire le voyage, jusques à l’effet d’estre au lieu où je vous puisse bien au long conter toute la charge que Madame me baille; qui, pour plus m’advancer de partir, prent la peine de me mener cinq ou six jours sur le Rosne. Et s’il luy estoit possible de lesser aller son corps à sa voulenté , la mer l’auroit bientoust portée où je voys ; mais l’amour quelle vous porte la contraint de demeurer contre le coumandement qu’elle 1 luy fait de desirer vous voir;
' Elle, cette amour.
qui n’est sans la peine que vous seul, Monseigneur, pouvés penser. Toutesfoys, le seur espoir qu’elle a de vostre brefve deslivrance luy fait trouver toute chose impossible bien aisée , avecques une telle attente et désir , que je suis seure que Nostre Seigneur ne luy retardera plus sa continuelle demande. En quoy se tient si heureuse d’estre moyen, que, après ung tel bien , viengne la mort quant il luy plera ; pour telle occasion la tiendra à vie et désiré repous
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Ms. n° 126. ]