LETTRE XL
AU ROI, A MADRID
(Aigues-Mortes, le 21 août 1525.)
Monseigneur, ce porteur vous dira coument le ciel, la mer et l’opinion des houmes ont retardé mon partement '. Mais celuy seul à qui toutes choses rendent obéissance a donné temps si bon qu’il a rompu toutes diffigulté; et ceux qui faisoient les doubtes arsoir, ce matin m’ont conseillé partir, ce que je fois * avecques tel désir de vous voir que vous, Monseigneur, le pouvez penser. Et si j’ay retardé, ayant
1 Voyez Rec. imp., t. I, lettre 29, p. 182.
* Elle s’embarqua à la fin d’août; le 27, elle date encore d’Aigues- Mortes une lettre 5 Montmorency, mais elle paraît, comme dans celleci, écrire au dernier momcntde son séjour.
entendu quel temps nous avons eu, m’escuzerez de la longueur qui plus que nulle chose me desplaist ; car il me tarde tant que je ne vous voy, et tant et tant je le desire, que, remettant à le vous pouvoir dire, m’en tairay. Vous suppliant. Monseigneur, regarder que mon a if conduist est fort mesgre; et si vous voyez qu’il soit bon de l’avoir plus ample, le me faire tenir à Barcelonne. Mais je ne lesseray, ne pour la seureté ne pour la mer doubteuse en ce temps, d’aller avant jusques au lieu où je vous pouray voir ; car peur de mort, prison ou quelque mal que ce soit me sont maintenant si acoustumés , que je les tiens à liberté, vie, santé, gloire et honneur, pensant par ce moyen participer de vostre fortune que bien voudroil toute seule porter
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[ Ms. n° 127.]