‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 124 sur 154 · LETTRE CXXX · texte numérisé non relu

LETTRE CXXX

AU ROI

( ?Juin — 1543. )

Monseigneur, la suffisance de ce prince de Basque 1 me fera remettre sus luy l’estât où il m’a veue et touchée. Mais je ne veux faillir à vous dire que jamais homme ne se fistplus aimer au pais qu’il fait, nyn’eust moyen d’en tirer tant de gens qu’il a. Et si leur fait bien connoistre l’obéissance et revérence qu’ils vous doivent porter ; ce que je ne vous doy celer.

Mais, Monseigneur, ce qui me contraint vous escripre, n’est point pour vous mander des nouvelles d’icy, car je suis seure que vostre lieutenant n’oublie à

1 Le roi <le Navarre.

LETTRES INÉDITES souvent vous en advertir; mais c’est que, par une lectre qu’il vous a pieu luy escripre, j’ay veu ce que l’Empereur et l’Anglois deslibèrent de faire, que je ne crains tant, estant seure que Dieu est de voslrecosté, couine je fois; que vous allez en personne à vostre camp , combien que vous y servirez de vingt mille hommes. Mais le temps, le travail et les fascheries que vous avez me donnent tant d’ennuy , que je n’ay bien que quant je suis par leclres de vos servicteurs asseurée de vostre bonne santé , avecques laquelle Dieu vous a donné tel cueur et telle prudence, que je m’asseure que vous raporterez heureuse victoire, pour laquelle j’escrips partout ces pais, afin que les prières, tant publiques que secrettes, soient continuées sans cesser; ce que tout le peuple fait de bon cueur, en despit de ceux qui ont fait ce qu’ils ont peu pour leur ouster ce cueur; lesquels se coummencent si bien à fere connoislre pr plusieurs espies que nous avons , que l’on les gardera bien d’avoir le pouvoir qu’ils ont eu. Combien qu’il y en a qui sont bien soustenus 1 ; mais puisqu’il vous plest vous en fier en nous, nous n’aurons regard à riens particulier , mais seulement à vostre service.

Aussy, Monseigneur, snichant combien vous aimez ceux qui tousjours vous ont aimé, j’ay eu grant peur que la mort de M. l’admirai * vous ait donné de l’ennuy; vous suppliant. Monseigneur, ne de cela ny d’aultre chose qui puisse advenir ne vous fascher; car

' Allusion à l’évêque de Condom et à sa famille.

1 De Brion , mort au commencement de i 543. Il eut pour successeur le maréchal d’Annebault.

nous, les nostres et nos vies ne soutnes que pour servir la vostre et la conserver. Je ne vous recoumanderay point vostre chair et vostre sang, car vous congnoissez tant vostre bonne niepce, que je suis seure que vous ferez mieux pour elle que sa prière ne la mienne ne sauroit demander. Par quoy, Monseigneur, tout ce que je vous requiers et demande, c’est qu’il vous plese garder en toutes sortes vostre vie et santé; car vos ennemys sont si meschans, que, oultre la guerre apparente, ils ont mille invencions de nuire, et j’en say de tant estranges sortes, qu’il est incréable, coume vous saurez cy après. Et je supplie celuy qui est vivant en vous y desclairer tellement ses vertus, que tous vos ennemis soient mis où de bon cueur les desire

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

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