LETTRE CXLIII
Aü ROI.
Monseigneur, si je prens la hardiesse de vous escripre pour le pays de Rouargue , je vous supplie très humblement croire que aultre chose ne m’y contraint que vostre service : car la congnoissance que j’ay de l’amour que vous avez à vostre peuple et la voulenté de leur distribuer esgale justice et supportacion , me fait considérer que la faulte que je vous ferois de vous celer la vérité, que je say certainement, seroit plus grande que la peine que je vous donne de lire ma mauvaise lectre. Et pour ce, Monseigneur, que le proupous est long , et que Monseigneur le légat l’a entendu jusques au bout, je vous supplie luy demander en sa consience ce qu’il y a trouvé *. Et si leurs parties veulent faire trouver leurs causes bonnes , soubs couleur du proufist qu’ils en ont proumis ! S’il vous plest, Monseigneur, me faire tant de grâce que vous remettez la conclusion jusques à ce que je soye devers vous, j’espère de vous dire si bonnes raisons, que, en faisant justice au pouvre pays , vous serez sactifait par eux, en sorte que vous connoistrez que la requeste que je vous en fois vient d’une personne qui a tousjours désiré vostre vie, salut, honneur et proufist plus
* Il s’agit probablement d’une affaire d’hérésie et d’une enquête dirigée par le légat.
sans comparaison que pour soy mesmes. Vous suppliant très humblement encores une fois estre seur que je n’ay affecsion à nul peuple, ayant regart à moy, ma faveur et mon prouGst. Et en ce cas icy, riens ne me fait parler que la vérité, que je say que vous aimez, et l’obligacion que j’ay plus que nulle aultreà la vous dire. Car en chose de ce monde n’a mis sa Gn ne son regart, sinon en vous,
Les lettres suivantes n’ont pu être classées. LETTRE CXLIV.
AU ROI
Monseigneur, le bien et l’aise que j’espere bientost par votre veue recouvrer m’oste la puissance de vous pouvoir assez très humblement mereyer de l’honneur qu’il vous a pieu me faire de me commander aller au lieu dont la longue absence me seroit importable. Vous asseurant. Monseigneur, que je ne saurays avoir meilleur restaurant de la lasseté que j’ay eue à venir ici , vous laissant, que de retourner vous voir. Et je suis seure, Monseigneur, que le mai;y dont il vous a pieu avoir souvenance ne fauldra au désir qu’il a de vous obéir; mais encore que les affaires le peussent retenir, je m’en iray devers vous, comme à celui en qui l’amour
et obéissance de père, frère et mari est tousjours demeurée entière ; n’aymant ce qui me peut toucher, soit mari ou enfans, sinon d’aultant que Dieu me fait la grâce qu’ils sont de mon esperist et vouloir pour mourir en vostre service. Ce que je suis seure et sens en moy si bien que vous l’entendez mieulx que ne se peut dire, que le contentement fait vivre contente plus que jamais, désirant vostre bonne grâce à laquelle très humblement se recommande , car plus en tient seur le don et plus en cherche la perpétuelle jouyssance où repose son repos
Vostre très humble et très obéissante servante
[Autogr.— Fonds Béthune, vol. 8546, fol. 58.]