‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 151 sur 154 · ENVOYÉE AU ROY PAR FROTTÉ, AVEC UN SALOMON POUR SES ESTRENNES · texte numérisé non relu

ENVOYÉE AU ROY PAR FROTTÉ, AVEC UN SALOMON POUR SES ESTRENNES

Durant ce temps que la cruelle guerre Menassoit fort , Monseigneur, vostre terre ,

Voire et qu’enfin de tous costés et parts Fut assaillie * d’aigle et de lyepards ,

Ne vous povant en ces lieux là servir,

Je desiray David vous asservir *.

Il s’eu alla sans arquebuze ou dart Fors que sa fonde et nud , pour de soudart Si bien servir qu’il fust de vous loué ,

Et de son Dieu tout puissant advoué.

L’année après , plein de gloire prospère ,

Dieu vous donna l’heureux nom de grand père 1 * 3 En bénissant si fort vostTe semence ,

Qu’il dcsmonstra n’estre par sa clemence

1 Marguerite suit dans sa versification les règles de l’ancienne école qui ne comptait pas l’e muet à la fin du premier hémistiche , pas plus qu'on ne le compte encore aujourd'hui à la fia du second. Marot réforma cet usage.

* Aux étrennes de l'an i54a, la reine de Navarre avait envoyé à son frère une ligure de David en ivoire avec une épitre en vers. François I* r , à son tour, loi envoya une épitre en vers et une figure de sainte Catherine. Les deux épltres sont imprimées dans les Marguerites de la Marguerite des Princesses. (Voyez la lettre CXXV de ce Recueil, et la note page aoa.)

1 Par la naissauce de François, premier-né de Henri II, après dix ans de nrariage (19 janvier i 543). (Voyez la lettre CXXXI , p. aa 6 .)

Moins bon amy de vous , son Christ et Roy, Que d’Abraham , le père de la foy,

En vous faisant de tel heur triumphant Par une foy et par nouvel enfant.

Dont Abraham , auquel le fis savoir *,

Courut à vous , désirant de vous voir ;

Car amour est union si louable ,

Qu’elle ne peut chercher que son semblable.

Or, maintenant que par heureuse paix ’ Vous est de Dieu ce tant monstrueux faix Ouste du tout , de vos subjetz aussy,

Que guerre fit longtemps vivre en soulcy (Non soulcy seul , car quasi pis que morts Ils ont languy durant ces durs efforts ) , Salomon , roy rempli de sapience ,

Qui n’ignora jamais nulle science ,

S’en va vers vous. Car de bon cueur s’applique A vous servir; son siège pacifique,

Dont l’Escripture nous a tant dit de bien ,

Va vous donner et n’y prétend plus rien , Disant : « Le Roy en sera possesseur ;

» Je recongnoy qu’il est mon successeur :

u Sapience ay sus tant biens desirée,

« Mais le Roy l’a toute en luy attirée.

« J’ay entendu ce qu’homme peult entendre ; u Le Roy aussy ; nul ne luy peult apprendre, u J’aymay la paix, tousjours l’av poursuivie ;

« Et pour l’avoir, le Roy sa propre vie « N’a espargné ny tout ce qui est sien ,

« Sans refuser nul honneste moyen.

1 Au commencement île |543 , François I er reçut de sa sœur une figure d'Abraliain avec douze étoiles et une épître en vers. (Voyez la lettre CXXXF, et la note pages 228 et 229 . )

* La paix de Crépy, signée le iS septembre i544> aver Chwles-Qniut.

« Or a la paix , aiusy que moy, certaine,

« Mais plus que moy l’a acquise à grant pciuc ,

« Dont plus beaucoup il mérite avoir gloire.

« Or je confesse , et la chose est notoire ,

« Que mieux qu’à moy luy appartient le lieu ,

« Siège de paix, fait de la main de Dieu.

« Il se serra 1 au siège non pareil,

« Et je m’en voy le servir de conseil :

«En mes escripts, qu’il luy plaist approuver,

« Il pourra bien ce qu’il aime trouver. »

Ainsy s’en va , mais amour m’a induite De luy servir jusqu’à vous de conduite.

Il vous dira la grant joye qu’a faite Ce pouvre peuple , voyant la paix parfaite D’entre les deux plus forts piliers du monde ,

Et que le lys avec la pomme rotule 1

Est tant uny «pie ce n’est plus qu’ung cueur.

Dieu n’a voulu permettre que vainqueur L’ung fusl de l’aultre , afin de les contraindre Après la guerre à cette paix attaindre ;

Car par eulx veult que la foy confirmée Soit , et aussy l’Église reformée ,

Et d’une part oustées les hérésies ,

De l’aultre aussy les vaines fantaisies ,

Et que la foy nous face en toute guise En triumphant triompher sainte Église 3 .

O vous heureux , Monseigneur, qui veillé Avez pour nous , et sy bien travaillé

' Siéra , du verbe seoir. Apparemment on prononçait serra.

* Le globe que portait l'Empereur daua ses portraits.

3 Ce passage peut servir de profession de foi à la reine de Navarre : elle voulait également la suppression des hérésies et la suppressiou des abus dans l’Eglise catholique. La réforme pour elle et pour beaucoup d'adhérents aux nouvelles idées , u'avait point d’autre but ni d'autre sens.

Que nous pourrons soubz vous en seur repos Tenir de vous très louables propos ,

Et louer Dieu , qui vostre entendement A converty à tel appoinctement ,

Par la bonté duquel nous voyons mis Frères en ung , qui furent ennemys.

A ! disoit-il , il fait bon veoir ensemble Frères unis ; et de moy, il me semble Tout aultre bien au prix de cettuy ci Estre imparfaict. Car amour n’a nul sy,

Et crov pour vray que si meilleure chose Il y avoit dessoubz le ciel enclose ,

Le filz de Dieu devant que de partir De ses amys , l’eust bien sceu départir ;

Mais ne voyant chose tant désirable Que ceste paix à tous tant proufitable ,

Par trois foys l’a laissée et ordonnée A ses esleus et pour trésor donnée.

Ce grand trésor par sa puissance ouvert Nous est donné et par vous recouvert.

Cette paix est de Dieu , très sur en sommes (sic) , Car moings estoit espérée des hommes ,

Voyant des deux croistre l’inimitié.

Mieulx du grant Dieu se monstre l’amitié ,

Qui a voulu par ses prudents accords Unyr vos cueurs ainsi comme vos corps Avoit unys par sang et par lignaiges ,

Puis réunis parheureulx mariaiges*.

Ce fort lyen est difficile à rompre A qui ne veult jamais sa foy corrompre.

Dure à jamais ce lyen bien cordé ,

Et tousjours soit l’Empereur accordé

1 Le mariage d’Éléonore, sœur de Charles V, avec François I e * ( i53o).

Avecqucs vous , et tous deux mis en ung ,

Soit fait par vous ung bien à tous commung :

C’est qu’unyssant la chrestienté toute En seure paix et que nully n’ait doubte D’avoir du mal si ne l’a mérité ,

Et que la foy ouvrant par charité Règne si fort entre les Chrestiens ,

Qu’à leur exemple accourent les payens La recepvoir, chantants par les provinces :

Voici le fruict de la paix des deux princes.

Et si ma voix selon l’aifection Pouvoit crier son exclamacion ,

Feroit mouvoir tous les divins esprits De louer Dieu , et , par amour espris ,

Donner à vous , mon Roy et mon seigneur.

Sus tous vivants la palme de l’honneur.

[Ms. Soppl, fr., 2286, fol. 116.]

Là ROYNE ESTANT MALADE ENYOTE CE DIXAIN A FROTTÉ.

Seroit ce bien à bon escient , mon Dieu ,

En ensuivant ta bonté charitable ,

Que tout le mal que je souffre en ce lieu Fust le dernier messagier véritable Pour me pousser au lieu tant désirable Qu’à ses eslus par ton Fils as promis?

S’il est ainsy, messagier agréable Je tiens mon mal , à la chair importable ,

Puisqu’il me poulse au rang de tes arnis.

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