‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 16 sur 154 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

AU ROI, A MADRID

(Madrid, dans les premiers jours de novembre 1525. )

Monseigneur, je ne puis assez louer Noslre Seigneur de la grâce qu’il lui plest faire à vous et à tous ceux qui désirent vostre deslivrance, par ce qu’il vous a pieu par Langers 1 m’escripre; qui m’est tel plesir

' Langey ( Guillaume du Bellay sieur de ), compagnon de captivité du Roi.

que vous seul pouvés sentir. Parquoy, Monseigneur, si ainsin est que le Tout Puissant et non mains bon nous visite de sa miséricorde après la penitence , et vous mette en liberté, je vous supplie , Monseigneur, mais c’est du cœur que vous connoissez, me fere le bien de me rendre par un désiré contremandement l’aise que je perdis quant vous me commandastes, contre votre voulonté et la mienne, vous eslongner et partir. Car l’ennuy que la contrainte me fist prendre en pacience doit bien croistre au double, s’il ne vous plest , veu qu’il est si aisé révoquer mon dur arrest *. J’escrips à monsieur d’Embrun et baillif de Paris ' vous présenter ma lectre et vous monstrer la leur, où plus au long mets les raisons qui me semblent raisonnables ; vous suppliant. Monseigneur, la daigner voir, et si je dis vray, ne me refuser place de laquais auprès de vostre litière. Aussy, Monseigneur, si vous avez advisé aultre chose et que je puisse faire en France davantaige que le mareschal de Montmorency, je suis preste à obéir ; mais il me semble que après qu’il aura dist à Madame vostre intencion , qu’elle n’aura que tarder à partir pour vous trouver, avecques vos enfans et ostaiges; et si elle attent ma venue , ce sera une grande longueur. Toutesfois , Monseigneur, que pensant y servir pour vous de peu, et l’estresme chemin et peine que seule j’ay à porter, je vousdirays voulontiers : Si possibile est, transeat à

' La résolution de la renvoyer en France. On voit que Marguerite n’était guère disposée à partir.

‘ Georges d’Armagnac. — Jean Delabarre.

me calix; mais si vous voyez que je parle ingnorant vostre deslibération , et qu’il vous plese que autrement soit, remettant le tout à vostre bonne raison où j’ay tousjours veu vérité, va dire , pour n’en parler plus,^îaf vouluntas tua

Vostre très humble et très obéissante seur

Marguerite.

[ Ms. n° 86. ]

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