LETTRE XVI
AU ROI, A MADRID
(Novembre 1525.)
Monseigneur, tout à cete heure j’ay receu de Madame ce qu’il vous plaira voir, en quoy vous entendrez la grâce que Nostre Seigneur luy fait de porter toutes chouses si pacientement et vertueusement, pour le désir quelle a de ne vous faillir en deffaillant; dont nous avons cause de louer celuy qui luy donne cete force.
Monseigneur, vous verrez le chiffre où elle me mande mon retour devers elle ne se faire ’, mais elle
1 Marguerite venait de quitter son frère , et reprenait la route de France. Selon Ferreras (t. IX, p. 5i), elle partit de Madrid le 28 novembre ; mais cet historien se trompe certainement, puisque Marguerite date du ao novembre une lettre à Montmorency, écrite d’Alcala, après la séparation du frère et de la sœur. (Voyez Rec. imp., lettre 5y, p. ig5.) On peut croire qu’elle partit le i5 ou le 18 du mois de novembre.
’ Il paraît manquer quelque chose à cette phrase obscure. Marguerite est sujette à passer des mots.
ne pensoit estre possible vostre apointement ; car, comme elle escript, si ils estoient délibérés de vous tenir en pratique sans conclusion, mon retour porteroit elfet pour contenter l’Anglois et l’Italie; mais si une fois vous estiez party pour aller en France, et qu’il fallust que Madame allast mener vos enfans en Guyenne , je serois aussy toust retournée devers vous que de la pouvoir atteindre sans retarder la diligence qui luy est necessaire. Par quoy, Monseigneur, attendant savoir si , selon les affaires que despuis mon parlement vous avés eus, vous connoissez ma diligence estre aussy bonne que Madame la treuve du cousté de France, je feray mes journées acoustumées , qui sont ce qui se peult ; car, en quelque lieu que je soye, vostre commandement et le sien me feront advancer ou retarder. Vostre saige et bonne voulenté soit par moy aussy bien accomplie que j’en ay le désir. Vous suppliant. Monseigneur, commander que ce porteur fort diligent me soit renvoyé, tant pour entendre ce qu’il vous plaist que je fasse, que pour en advertir Madame , qui trouvera toutes choses bonnes fondées sur la seureté de votre santé et l’espoir de bien toust vous revoir. Dont va supplier Dieu la rendre par vostre brefve deslivrance contente
Vostre très humble et très obéissante subjette et seur Marguerite.
[Ms. n° 1.]