LETTRE XV11I
AU ROI, A MADRID
( Fin de novembre 1625. )
Monseigneur, à ce soir ay receu des lectres de Madame, comme il vous plera voir, et n’ay craint de
' Don Inigo, Lopez, Hurtado de Mendoza.
* A Guadalaxara. (Voyez liée, imp., t. I, lettre 38.)
1 Probablement elle craignait de compromettre le duc : « Au regart a des hommes, ils ne sont pas icy.... Le duc a esté adverty de la cour a que , sas tout ce qu’il desire complaire à l’Empereur, il ne parle à « moy, ny son fils. Mais les dames ne me sont défendues, à qui je parii leray au double. »(A Mohtmomucï. Premier Recueil , t. I, lettre 38.)
•voir les vostres pour participer à ce que vous en sentirez; car il vous a plu, oultre l’heur d’estre vostre seur, me donner seureté d’estre vous mesme. Vous voirez , Monseigneur, par ce que Madame mande, deux choses qui vous doivent fort consoler : l’une sa bonne santé, comme vous voirez que chascun escript; etl’aultre, l’espoir qu’elle a à vostre deslivrance. Par quoy. Monseigneur, je vous supplie pour l’honneur de Dieu vous fortifier et resjouir, et croire que celuy qui vous a ressuscité contre l’opinion des médecins, vous deslivrera quand tout secours vous semblera failly. Car la grâce seule que Dieu vous a donnée est suffisante pour vous tirer du purgatoire d’Espaigne. Croyez, Monseigneur, que je languis pour le désir que j’ay d’entendre sy vous aurez riens de bien du eousté de celuy qui doit venir devers vous ’. Et la crainte de non n’est maindre que l’espoir d’ouy, pour leur accoustumée dissimulacion. Et voyant que je n’ay peu, et encores mains puis vous y servir, ne say que dire, sinon, attendant à petites journées la miséricorde du Tout Puissant, luy supplier regarder la pacience qu’il vous a donnée en vostre estresme tribulacion. Et si vous y voyez quelque bonne apparence, pensez, je vous supplie , Monseigneur, que je ne suis que à vingt heures de vous, si preste à vous ramener une litière bien bonne, comme vous escript le grant escuyer, que en dormant vous pourrois ramener à vos amis. Et me semble, Monseigneur, que vous n’aurez mains
’ Les vostres, c’est-à-dire celles qui vous sont adressées.
* Charles Quint.