‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 18 sur 154 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

AO ROI, A MADRID

(Alcala, 19 novembre I5S5'.)

Monseigneur, ayant tousjours devant les yeux l’estât où je vous ay lessé, il vous plera me pardonner si le désir que j’ay de savoir comme se porte votre santé ne me laisse passer ce lieu sans vous escripre; car vous savez que loing de vous ne puis mieux avoir; vous suppliant, croire , Monseigneur, que si vous estes bien , que tous vos amis le seront. Par quoy il vous plera prendre peine à vous divertir de penser autant de choses ennuyeuses comme l’on vous en donne d’occasion ; car je vous proumets, Monseigneur, que je tiens votre deslivrance plus brefve que je ne fis onques, vu la raison , (voire et desraison) , là où vous vous mettez pour acheter le bien de la paix. Mais celuy qui en est le Dieu la vous donnera, mais qu’il vous plese en bonne foy et espoir de luy ne vous ennuyer; et ce qu’il en viendra, soit pis ou apparence de bien, pour l’honneur de Dieu , Monseigneur, que incontinent je l’entende, pour advancer ou retarder mon chemin ; car vous savez et sentez qui je suis et que je desire. Qui m’en fera taire , vous recommandant ce porteur, qui , j’estime, vous sera bon serviteur, par lequel j’escrips comme, s’il vousplest, voirez. Il vous dira de cette

‘ Voyez Rec. imp., 1. 1, lettre 3 y.

LETTRES INÉDITES première journée, où j’ai trouvé l’homme du duc de l’Infantade qui m’a dist que demain la sœur, le fils et les filles m’attendent au Godelajarre * : mais le duc n’y sera point, et ne say si j’ouserai passer par luy, pour des raisons que jespère vous escripre demain 3 . Vous requérant, Monseigneur, fere la millieure chère que vous pourrez , car Dieu est pour vous , vu que sa parole est véritable, qui proumet estre avecques ceux qui sont en tribulacion , où je vous voy de tous couslés environné. Doncquesvous tient-il compaignie, et, j’en suis seure , qui est si bonne, que à la fin il deslivre son compaiguon ; de quoy très humblement le supplie, baillant de bon cueur son ame en ostaige

Vostre très humble et très obéissante subjecte etseur Marguerite.

[ Ms. n° 2. ]

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