‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 24 sur 154 · LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII

AU KOI, A MADRID.

( Médina-Céli - 3 décembre 1525.)

Monseigneur, le bien, l’honneur et l’aise que voustre lectre m’a donnée me rent si pleine de consolacion, que , en lieu de vous en mercier, comme je voudrois, je confesse que je ne le puis fere. Mais, Monseigneur, puisque je voy espoir en ce que tout le monde desire, et qu’il vous plest que je m’avance de trouver Madame, bien que l’eslonguement de vous me soit tel que vous, Monseigneur, le sentez, si ne m’est maindre le désir de vous obéir, veu qu’il plest au Tout Puissant vous

' Il y a dans le Recueil imprimé, deux autres lettres datées du 3 décembre, l’une de Médiua-Celi, l’autre de Montréal. (Voyez t. 1, lettres 42 et 43.)Celle-ci est du même jour, comme l’indique une circonstance qui se retrouve dans la lettre 45 du Recueil imprimé. Marguerite ne faisait par jour que cinq et quelquefois que trois lieues; dans les différents endroits où elle s’arrêtait, elle s’occupait à écrire à son frère ou au maréchal de Montmorency, et souvent à tous deux.

avoir mis hors de la nécessité des litières. Et croyez, Monseigneur, que ce bon mot que vous me daignez escripre de bientoust pouvoir aller à cheval , m’a fait oublier la peine du fascheux chemin que j’ay fait; merciant le bon médecin ' qui au pis vous donne le mieux.

Monseigneur, oultreles bonnes nouvelles qu’il vous a pieu m’envoyer, j’ay trouvé Brion , que j’ai ramené pour ce soir; lequel vous porte chose accordant à ce bon coumencement Par quoy vous connoistrez avoir occasion de tenir bon , et que vos geôliers seront contraints à parler plus bas. Car Dieu , qui sans leur peine les a mis hault, avecques la vostre les abaissera , s’il luy plest , jusques à vous faire saillir à vostre honneur et proufist. Brion vous porte chose par laquelle voirez que vostre mere n’a pas dormy. Par quoy je voudrois qu’il vous pleust attendre sa venue 3 , dissimulant sans prendre conclusion. Car il vous dira ce que ne puis vous desclairer, qui vous sera fort agréable, et n’est possible de mieux demander de France, car il semble que Madame ait entendu ce que vous m’avez coumandé luy dire; ce que vous ne trouverez estrange, d’estre tous deux d’une opinion ; car vous ne fustes oncques aultrement.

■ Dieu.

* « Remettant le surplus à M. de Brion, lequel j’ay pour ce soir retenu, et désirerais fort qn’il ne se conclust aucune chose jusqu’à son arrivée par delà, pour raison que vous entendre* de luy. » (T. I, lettre 45, A Montmorency .)

1 La venue de Brion.

Monseigneur, j’envoie Belanger 1 devers Madame , luy porter vos bienvenues lectres, que, je suis seure, la rendra contente , et remettra hors de la peine que je ne doubte qu’elle a portée ; car j’ay fait l’essay et les ay trouvées si bonnes , que tout mon chemin s’en portera mieux, deslibérée de me diligenter de sorte que je feray Nouel à Narbonne , puisque l’espoir du retour 3 est converty si bien qu’il vous plest me coumander tirer avant pour vous fere service ; car vous savez si de tout son cœur desire jusques à la mort vous en faire

Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.

[Ms. n" 63. ]

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