LETTRE XXIV
AU ROI, A MADRID
( Médina Celi, — ? 3 décembre 1 525 4 .)
Monseigneur, je loue Nostre Seigneur qui vous donne tant de grâces que de prendre toutes choses de sa main en sorte que, à ce que j’ay seu, vostre santé se porte si bien que la créance m’en fait passer plus sainement mon long chemin ; et si Dieu me fait la grâce d’entendre quelque bonne fin et qu’il vous
' Bcrangier dans la lettre à Montmorency ( 1. 1, p. ao4, lett. 43). * C’est-à-dire, j’en ai pris lecture la première.
’ L’espoir d’être rappelée près du Roi.
4 Voyez Rc.c. imp., t. I, lettre 4a, p toa, à Montmorency.
plese me mander de retourner, vous savez bien de quel cueur, voulonté et diligence je vous obéirois; mais si leurs termes sont si haulx et difficiles qu’il ne se veulent accorder à vos raisonnables offres, je vous supplie, Monseigneur, unser 1 envers eux de la grâce qui à peu coume à vous est donnée; car en leur tenant doulce et ferme parole, coume assez le savés faire , ils seront contrains à venir à vostre intencion , veu la nécessité où Dieu les met. Je say bien. Monseigneur, que ce n’est à moy à vous conseiller; mais mon désir ne seroit content si je vous celois riens que je pense ; car j’ai veu tant d’estrangeté en eux et de dissimulacion, que je crains tousjours la continuer, et me semble que s’ils vous veulent contraindre à chose si desraisonnable *, que la pacience et retardement leur sera fort dommageable et à vous honorable; car vous savez coume va l’Italie et Angleterre, qui les contraignent de tous coustés à venir à vostre deslivrance. Mais, Monseigneur, quant tout est dist 3 , mon principal soucy est de vostre santé que je doy bien avoir davant les yeux; vous suppliant la garder pour conserver celle de la mère et de la seur , et me fere ce bien que de m’en fere souvent entendre la vérité, qui me mènera jusques au lieu où
' User.
’ Probablement la cession de la Bourgogne qui faisait la principale difficulté entre le Roi et l’Empereur. Quelques historiens ont avancé que la duchesse d’Alençon avait persuadé à son frère de céder sur cet article, avec la résolution, une fois en liberté, de manquer à sa parole. On ne voit dans ces lettres rien qui ressemble à ce conseil ni qui y fasse allusion .
1 Après tout.
par vous seray contremandée, ou du tout yray porter la créance qu’il vous a pieu me donner'. Par quoy jusques icy ay fait petites journées, et suis à cete heure pour partir de ce lieu de Médine, où je lesse le seigneur et la dame du tout affecsionnés pour vous % et suis contrainte à faire plus grans journées jusques à Saragosse. Mais si vous prenez quelque bonne conclusion , je vous supplie , Monseigneur, quant ce seroit à Barcelone, ne faillir d’envoyer quérir
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Ms. n° 106.]