‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 28 sur 154 · LETTRE XXVII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVII

AU ROI, A MADRID

(Vers la fin de décembre 1525. )

Monseigneur, c’est trop pour moy d’honneur et de bien de voir qu’il vous plaise pour me mettre en repous prendre tant de peine que de m’escripre de vostre grant main, me donnant à connoistre qu’elle est du tout hors de la foiblesse où il vous plaisoit vous servir de la petite et indigne de si agréable office; qui me donne bien occasion d’en rendre à Dieu les très humbles louanges, et à vous merci; le suppliant que cete force qu’il vous a par sa bonté redonnée, soit employée bientoust pour la veue de vos amis, coume il vous plest m’en donner espérance, attendant ainsin que vous le sentez les nouvelles de la conclusion. Non que j’en double, voyant leur avantaige; car je croy que après avoir entendu les chouses d’Italie despuis la mort du marquis ', il leur tardera bien d’avoir seureté de vostre amitié, qui les fera advancer à vostre deslivrance. Car

‘ De Pescaire ( Ferdinand François d’Avalos ) , un des meilleurs capitaines de Charles V, mort à Milan, le 29 novembre i 525.

ils entendent bien que, sans * avoir paix à vous, ils sont si mal que plus ne peuvent. Et plus je vois avant en leurs pays, et plus en ay connoissance. Mais celuy qui vous a retiré de la mort, s’il luy plest, vous amènera à ceux qui vous désirent plus qu’il ne se peult estimer, et où le gain de votre presence est si grant , le marché ne peult estre que bon, car il vous fault avoir, coume vous voirez par les lectres de Madame qu’elle vous desire. Et aussitoust que je suis arrivée icy , après avoir trouvé mon houme avecques vos lectres sus les champs, ay receu celles de Madame, qui semble suivre sans le savoir vostre intencion ; car elle me mande qu’elle viendra à Tournon; mais je luy supplieray que pour l’amour de vous elle passe plus avant , espérant avant que elle et moy soyons au Pont Saint Esperist, que par vostre mareschal ’, nous aurons nouvelles pour tirer à Toulouze, et pour n’y faillyr, espère estre samedy 3 h Narbonne, qui sont journées coume jeusnes, plus par commandement que par devocion et bien doubles; mais il fault se contraindre, oultre ce que vous m’avez mandé , pour des raisons que j’ai trouvées icy, assez rudes, coume plus au long j’escrips au haillif 4 pour le vous dire. Vous suppliant, Monseigneur, croire que , mais qu’il vous plese sou-

■ Sans, pour à moins de, revient très-souvent dans le style de Marguerite.

’ De Montmorency.

’ Le ui décembre, le jour de Noël fut un mercredi.

‘ Au bailly de Paris, Jean Delabarre, compagnon de captivité du Roi.

vent commander que je sache coume vous vous portez, il n’y a peine ny travail qui ne soit si aisé à porter que le temps et le chemin passé pour l’amour de vous n’estimera qu’un bien aisé proumenouer

V ostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite. ..

f Ms. n° 109. ]

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