LETTRE XXXIII
AU B01, A MADRID
( ? Paris, — 1636, avant le mois de mars. )
Monseigneur, si je vous disois que l’importable ennuy que nous avions eu de vos passées fortunes nous ait si fort mortifié les cueurs qu’ils ne puissent recevoir la joye que par vostre lectre donnez aux vostres’, lesentement que vous avez du contraire me desmentiroit, car la grandeur des tribulacions n’a jamais vaincu l’esperance que nous avons en celuy seul qui , comme père, a toursjours conduite vostre affaire. Mais voyant nostre espoir approcher la fin de son travail , pensez. Monseigneur, que si par luy avons vescu , (quasi contre nature) coume maintenant sera fortifiée la force de la vie où vous la desirez, le voyant avoir
' L’espoir de sa très-prochaine délivrance.
DE LA REINE DE NAVARRE, vaincu l’opinion de tous les desespérés et doubteux. Par cela voyez que il fait bon espérer en ferme foy en celuy qui ne deslaisse ceux qui présument de sa bonté; dont l’espérience est en vostre endroit si congnue , que nul ne peult ingnorer que Dieu ne vous ayme , dont plus que jamais soit loué ! ce qui sera : car jamais Réaulme ne recongnust mieux quelle perte leur est vostre absence et n’a tant désiré vous ravoir. Et n’eusse pas pensé d’avoir veu en tel temps tant de desmonstracion d’amour et d’obéissance et si continuelles et dévotes prières, qui donnent seureté que celuy qui les fait prier les veult exaulcer. Or, soyez seur. Monseigneur, que en cete desirée attente, la santé de Madame est si bonne que tous ses maux passés sont convertis en tous les biens que luy souhaitez , bien desliberée de s’approcher de son souieil \ Quant à moy, Monseigneur, je vous supplie que vous ne mettez en obly qui je suis envers vous , et quel honneur et bien ce me sera si Dieu me fait la grâce de vous fere service ; car c’est la fin , à quelque prix que ce soit, qui seule rendra en ce monde heureuse
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[ Ms. lettre 108.]
1 D’aller au-devant du Roi à son retour d’Espagne. « Madame me demande , laquelle , Dieu mercy, se commence à amender Toute-
fois j’espère, mais que il soit question d’aller voir le Roy, que sa santé redoublera et qu’elle pourra faire le voyage, car vous entendez bien que c’est son souieil qui la fait revivre. » ( T. I, lettre 5 g, p. 229.)