LETTRE XXXVI
AU ROI, A MADRID
( Montpellier, fin de février 1 526. )
Monseigneur, attendant la venue du mareschal de Montmorency, Madame ne vous envoyé nuluy, coume elle m’a mandé, et a retenu Langes ' jusques à ce que elle ait parlé à luy ; toutesfoys, Monseigneur, de peur que la longueur du temps vous soit aussy ennuyeuse qu’elle m’est importaible , j’ay bien voulu mettre cete lectre à l’adventure, pour vous advenir que hier j’eus nouvelles que Madame fait fort bonne chère, et toutes choses vont selon vostre désir, tant de messieurs vos enfans que tous vos amys. Quant à moy, j’ay trouvé à Montpellier le légat d’Avignon et avecques luy le cardinal de Lorraine. Je les ramène à Madame, et pense que ledist légat vous y servira. Je m’en voys anuist à Nysmes, et bientoust trouveray M. de Vendosme et sa femme que Madame envoyé au
• Ijngev ( Guillaume Du Bellay, sieur de).
davant ', et puisj’espère le trouver par dessa Tour non. Mais le grant seneschal luy doit donner à l’entour de Vienne quelques chasses qui le pourront retarder. Croyez, Monseigneur, que plus j’entre en vostre pays, et plus je connoys que vous estes à Madrid; car sans doubte, nonobstant que tout vostre royaulme soit en aussy bon estât, force et bon vouloir qu’il se peut désirer, sy est il comme un corps sans chef, vivant pour vous recouvrer, et mourant pour vous sentir loing. Et de moy, le travail des grans journées d’Espagne m’estoit plus portable que le repous de France, où la fantaisie me tourmente plus que la peine. Vous suppliant, Monseigneur, mais c’est de toute l’extremité de mon cueur, qu’il vous plese que souvent Madame ait de vos nouvelles ; car sy toust que je l’auray veue, qui sera dimanche qui vient, je solliciteray selon son vouloir que bien souvent en aurez nouvelles. Suppliant celuy qui nous peult donner la grâce de les vous envoyer bonnes, vous garder en santé, et bientoust mettre en la liberté en laquelle coume son salut vous desire voir
et seur Marguerite.
[ Ms. lettre 45. ]
■ Le Roi était donc à la veille de rentrer en France, puisque sa mère envoyait déjà au-devant de lui.