LETTRE XXXIX
AU ROI
( Saint-Germain-en-Laye, 2 avril 1527.)
Monseigneur, l’ambassadeur de ma seur la marquise 1 est venu à moy pour l’affaire que, s’il vous plest, monsieur le grant maistre vous dira *. Vous suppliant, Monseigneur, avoir pitié d’une mère et des enfans, que, je croy, n’ont aultre voulenté que de vous fere service; et jamais n’ay congnu quelle ayt eu aultre intencion. Monsieur de Lautrec et ceux qui ont
■ Aune d’Alençon, sœur du premier mari de Marguerite , veuve de Guillaume Paléologue VIII, marquis de Montferrat.
* Cette affaire est une contestation entre la marquise de Montferrat et le marquis de Saluces, lequel réclamait le marquisat de Montferrat comme lui revenant faute d’hoirs mâles du marquis défunt. La reine de Navarre, en même temps qu’elle en écrivait au Roi, priait Montmoreucy de prendre en main la cause de la marquise. (Voyez t. I, lettre 5 g, p. 228.)
fait espérience de sa fidélité, vous ont tousjours dist que, pour une veufve estrangière au pays, elle a fait plus que son possible; qui sont choses que, je suis seure, n’oublierez. Et veu, Monseigneur, que à vos ennemys vous pardonnez, à ceux qui ont l’honneur d’estre de vostre sang et qui vous ont servy de leur pouvoir, est impossible que vous ne leur soyez père, couine la pouvre femme a du tout son esperance ; et vous plera voir que celuy qui vous en a parlé est de longtemps cherchant donner peine à leur maison'. Vous asseurant, Monseigneur, que madame se coumence à amender ; mais despuis que je vous escripvis , elle s’est tant et tant Irouvée mal, que je ne vous en ay riens ousé mander. Encores a elle estreume foiblesse.
Monseigneur, quant à ce qu’il vous a pieu me fere le bien de m’escripre , entendant vostre intencion , tout a esté fait si bien que vous aurez cause de vous en contenter; car je ne puis avoir plus grant bien que de penser fere chose qui me ramentoive à vostre bonne grâce , de laquelle n’a maindre seureté que très humblement s’y recoumande
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Ma. n" 5Î.]
1 « S’il plaisoit au Roi entendre M. de Lantrec, sans du tout croire ceulx qui de longtemps ont désiré ruyner la maison de Montferrat , il feroit grant honneur et bien à ceste pouvre femme. Je luy en escrips ung mot » (T. I, p. aa8.) On voit par là que les deux lettres furent écrites le même jour.