‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 41 sur 154 · LETTRE XL · texte numérisé non relu

LETTRE XL

XC ROI

( Mai 1527.)

Monseigneur, l’honneur et bien que ce m’est de si souvent avoir de vos lectres tant estimées me fait redoubler l’aise que mon continuel mal jusques icy proumet '. Et quant aultre chose n’en viendrait que de vous en donner ung peu de contentement, si m’en tiens-je heureuse. Mais , Monseigneur , tout cecy tourne en ennuy, voyant la santé de madame qui ne peult porter ce qu’elle desire, qui est de vous aller voir. Car despuis mercredy elle s’est trouvée beaulcoup plus mal qu’elle n’avoit esté despuis qu’elle a coumencé à se lever; et pour s’estre esforcée de s’avancer plus qu’elle ne povoit, elle a retardé sa parfaite guérison, et encores à ce matin a eu grant vomissement et desgoustement , en sorte que les médecins doubtent qu’il y a quelque pierre, pour ce quelle n’a bougé de couchée despuis vostre partement, sinon ung jour ou deux, qu’elle alla jusques en la garderobe. Et quant tout est dist, je croy que le plus grant desplaisir que son mal luy fasse, c’est qu’il la garde d’estre auprès de vous. Mais voyant sa débilité et le temps qu’il fait, sans grant dangier il serait impossible qu’elle partist.

Elle commençait une grossesse.

Vous suppliant, Monseigneur, me perdonner île si long propous; mais la fiance que vous avez en moy méfait penser que je vous offènseroys trop de vous en celer la vérité. Si Dieu luy donne aultre chose, je le vous manderay sur l’heure, car jespère, si le temps s’adoulcist ou qu’elle fasse une pierre ‘ , que ce sera la guérison que, suivant vostre désir, desire

Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.

[Ms. n" 62. ]

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