‹ Nouvelles lettres de la reine de NavarreChapitre 46 sur 154 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

AO ROI

( Commencement de novembre 1 527 . )

Monseigneur, l’aise a esté si grande en cete compaignie des nouvelles que bien au long nous ont escript M. le prevost • et baillif Robertet de la prise de Pavie que je ne le vous puis escripre. Car quant je pense l’ennuy que Madame et tous ceux qui vous ament ont porté à cause de cete place, il me semble que maintenant Nostre Seigneur leur veult recompenser leurs larmes en consolacion , voyant que M. de Lautrec , en continuant son voyaige , rend l’Empereur plus aisé à nous fere le plesir que sans force il devroit chercher. Car sa nécessité est bien si grande que , si celle de nostre amour ne la passoit , il nous devroit demander ce que nous lui requérons. Mais celuy qui connoist que en toustes choses avez usé d’honnesteté et de raison plus que d’aultres moyens qui vous estoient assez possibles, vous donnera à connoistre que sa bonté est aussy grande à vous rendre l’ennuy passé en joye, que sa puissance a esté de le vous donner. Par quoy, Monseigneur, ne vous pouvant faire plus grant service que de le louer des grâces qu’il vous donne , et

' Le prévôt de Paris, Delabarre.

‘ Pavie fut prise par Lautrec, au mois d’octobre lôa?. I,a ville fut impitoyablement saccagée.

le supplier continuer, en fera faire continuelles prières, espérant que celuy qui est libéral sans nombre n’a point commencé à vous donner sa grâce que bientoust il ne vous donne le surplus , que vous et tout vostre réaulme desire; vous suppliant pour le plus grant bien que je vous demande, coumander quant il en viendra nouvelles de Messieurs , que nous en saichons, car oultre ma naturelle obligacion , la maison où vous m’avez mise 1 est si desdiée à vostre service et au leur, que je me tiens heureuse de connoistre combien vous y estes aimé et honoré; car c’est de tout leur cueur. Et de tout le sien se va à vostre bonne grâce très humblement recommander

Vostre très humble et très obéissante sujecte et mignonne Marguerite.

[ Ms. n° 50.]

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