LETTRE XL VI
AU ROI
( De la Guyenne , lin de 1627. ) Monseigneur, de peur de vous ennuyer de propous longs, j’ay escript à madame d’Estampes d’ung affaire pour deux de vos serviteurs. S’il vous plest leur fere ce bien, je pense que ce sera pour vostre service, à quoy le bon houme s’emploira totalement, et il a des
Marguerite était remariée depuis le mois de janvier.
moyens de vous en faire. Et vous plei n me pardonner si pour vos subjels affectionnés je vous escrips; mais le lieu où vous nous mettez me fait prendre hardiesse de vous parler de ceux que je voy untiles 1 à votre service; car croyez, Monseigneur, que depuis que je suis par dessa, j’ay bien congnu ceux qui pour eux seulement ou pour l’amour de vous vous servent ; et n’ay tendu h aultre fin que à pacifier toutes choses particulières, pour les apprendre à n’avoir en ce temps aultre guerre que à vos enuemys , ny aultre avarice que pour vostre proufist * ; ce que je pense avoir persuadé à la pluspart de la Guienne, que l’on avoit bien mis peine pour rien de la troubler et désespérer de vostre bonté, qui maintenant est si congnue, qu’ilz n’espargneront riens pour vostre service. Et si mon ventre 3 me permettoit d’aller coume je voudrois, je n’en ferois mains partout, car je ne puis ne penser ne vouloir que ce que je say que vous voulez , Dieu me doint tel efiect que vous soyez servi selon que le desire
Vostre très humble et très obéissante subjecte et mignonne Marguerite.
[ Ms. n° 1 14. ]
■ Utiles, Marguerite écrit de même unzer, pour user ; don Ungues, pour don Hugues, etc. C’était apparemment la belle prononciation du temps.
* 11 s’agit du refus du don volontaire que l’on exigeait delà noblesse pour acquitter la rançon du Roi. Marguerite agissait en Guyenne, et son mari dans le Berry et le Limousin. (Voyez t. I, lett. 64» P- 235.)
5 Elle était enceinte de Jeanne d’Albert.