AD KOI, PRISONNIER DANS LE FORT DE PIZZIGDITONB
(Lyon, fin de mars ou commencement d’avril 1536.)
Monseigneur, vostre lectre a porté tel effet à la santé de madame et de tous ceux qui vous aiment, que ce nous a esté après la douleur de la pacion ung saint Esprist, voyant la grâce que Nostre Seigneur vous fet que la prison n’est que preuve de vostre vertu, dont il vous a tant remply, que jusques à réconforter et fortiûer les vies qui de la vostre despendent. Vous asseurant , Monseigneur , que despuis ce porteur arrivé, madame a senty si grant redoublement de force, que tant que le jour et soir dure, il n’y a minute perdue pour vos affaires; en sorte que de vostre réaulme et enfans ne devez avoir peine ou soucy. Et l’ocasion qui plus luy donne de repous, c’est de savoir qu’il a pieu à Dieu vous mettre en main d’ung si honneste et bon personnaige 3 , où vous êtes si bien
■ Cette pièce ne se trouve ni dans Les Marguerites de ta Marguerite des Princesses, ni dans aucun des recueils manuscrits de la Reine de Navarre.
’ La signature manque, ayant été coupée par le relieur.
’ Le vice-roi de Naples, Charles de Lannoy. Marguerite loue scs
traicté. Car sans la seurelé qu’elle en a, sa peine eust esté importable. Mais, Monseigneur, si vous avez voulonté qu’elle vive en santé, je vous supplie regarder à la vostre, car elle a entendu que voulez entreprendre de fere ce caresme sans manger chair ny œufs, et quelquefois jeusner pour l’honneur de Dieu. Monseigneur, aultant que très humble sœur vous peult supplier, je vous supplie ne le fere et considérer combien le poisson vous est contraire ; et croyez que si vous le fectes, elle a juré qu’elle le fera ‘ ; et s’il est ainsin, je vous voy tous deux défaillir, qui me fait encore une fois vous supplier et davant Dieu conjurer, pour saulver sa vie et vostre santé, qu’il vous plese ne le fere; car si vous estes sain, vos amis le seront; et au contraire, vous pouvez penser que ce seroit! Ayez donques, Monseigneur, pitié de vous en nous regardant. Qui sera pour fin , après vous avoir supplié recevoir les très humbles recommandacions de monseigneur d’Alençon , qui estime si maleureuse sa prisonnière liberté, que, jusques à vous revoir, tient sa vie morte, qui avecques tout ce que Dieu lui a donné, mettra pour vostre service, sans oublier les siennes à la bonne grâce que plus que jamais désire voir
Vostre très humble et très obéissante subjecte et seur Marguerite.
[Me. n» 1 16 . }
bons procédés envers François l", dans une lettre à M. de Montmorency. (Rec. imp., lettre i5, p. 177 .;
* On lit dans une lettre de Delabarre, à Louise de Savoie • « 11 (le